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Bouclier antimissile : Mme Rice cherche à apaiser Moscou

Marie Jégo, le Monde

mercredi 16 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Arrivée à Moscou pour une visite de deux jours, lundi 14 mai, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, s’est livrée à un exercice de "diplomatie intensive", afin d’arrondir les angles de la relation américano-russe, secouée par le projet américain d’installation d’un bouclier antimissile en Europe centrale. Il s’agissait aussi de préparer le terrain en vue de la future rencontre entre les présidents russe et américain au sommet du G8 qui se tiendra en juin à Berlin.

A l’issue des entretiens de mardi avec Vladimir Poutine, aucune avancée n’a été constatée sur les deux sujets en litige : le bouclier antimissile et le futur statut du Kosovo. Le 10 février à Munich, M. Poutine avait accusé les Etats-Unis de chercher à imposer leur hégémonie sur la scène globale.

A Moscou, les deux parties se sont entendues pour mettre un terme à l’escalade verbale constatée ces derniers temps dans leurs relations. M. Poutine et Mme Rice sont tombés d’accord "sur la nécessité de baisser le ton dans les polémiques publiques", a indiqué le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, depuis la résidence présidentielle de Novo Ogarevo, près de Moscou, où l’entrevue avait lieu.

"Par moments, des sujets comme la défense antimissile suscitent quelque irritation, mais la relation doit être libre de toute rhétorique exagérée", a ajouté Mme Rice. En fin de soirée, M. Lavrov, avec lequel elle dînait, a démenti la moindre "hostilité" entre deux partenaires engagés dans un "dialogue franc".

Le constat de bonnes intentions s’est arrêté là. A la fin de sa visite, Mme Rice a défendu le projet de bouclier antimissile : "Je ne pense pas que quiconque attende des Etats-Unis qu’ils permettent de mettre un veto aux intérêts de la sécurité américaine". Sur le Kosovo, aucune avancée n’a eu lieu. La Russie envisage de mettre son veto au projet de résolution du Conseil de sécurité, soutenu par Washington et favorable à l’indépendance de la province, selon l’ambassadeur russe aux Nations unies, Vitali Tchourkine.

"BONNES MANIÈRES"

Le déroulé des rencontres mardi, décrit par le quotidien Kommersant, comme "la journée des bonnes manières", tranchait avec les propos tenus de part et d’autre ces derniers temps. Lors de la célébration de la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie, le 9 mai, M. Poutine avait heurté les Américains en évoquant "des Etats aux prétentions à l’hégémonie mondiale" comme à "l’époque du troisième Reich".

"On m’a assuré que nous avions mal compris ce commentaire", a souligné Mme Rice. Prompte à évoquer devant le Sénat américain "la grande concentration des pouvoirs du Kremlin", elle s’est bien gardée de froisser la susceptibilité de ses hôtes, se contentant d’une entrevue avec cinq représentants de la société civile (dont Irina Iassina, la responsable du fonds caritatif Russie ouverte, créé par l’oligarque emprisonné Mikhaïl Khodorkovski), à laquelle aucun leader de l’opposition au Kremlin n’avait été convié.

A cette occasion, Mme Rice a tenu à souligner que Washington n’entendait pas s’immiscer dans les affaires intérieures russes. Selon Irina Iassina, Mme Rice leur a demandé quelle serait la réaction russe si le Kosovo obtenait l’indépendance. A l’unisson, ils ont répondu que cela susciterait un regain d’"hystérie anti-américaine" en Russie et que les aspirations à l’indépendance des républiques prorusses de Transnistrie (Moldavie), d’Abkhazie et Ossétie du Sud (Géorgie) ne pourraient être stoppées, a rapporté Mme Iassina à l’agence Interfax.


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