dimanche 10 décembre 2017

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La Commission européenne prône une remise à plat de Galileo

Philippe Ricard, le Monde

mercredi 16 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Jacques Barrot devait recommander, mercredi 16 mai, à Bruxelles, une large refonte des modalités de déploiement du système européen de radionavigation par satellite Galileo.

Le commissaire européen chargé des transports propose de distinguer la phase de lancement de celle de l’exploitation des trente satellites de la constellation rivale du GPS américain. La première devrait, d’après lui, être financée, à hauteur de 3,4 milliards d’euros, sur les seuls fonds publics, et non plus en partenariat avec les huit entreprises du consortium pressenti dans un premier temps. La seconde ferait l’objet d’un contrat de concession avec de nouveaux partenaires privés pour la période 2010-2030.

La Commission européenne suggère de lancer, via l’Agence spatiale européenne, des "appels d’offres concurrentiels" pour chacun des éléments du programme. Afin de rentabiliser le projet, M. Barrot ne veut pas le cantonner à des utilisations civiles. "Il faut admettre que des recettes substantielles peuvent être générées par les utilisateurs militaires", indique la communication adoptée par Bruxelles, à son initiative, mercredi 16 mai. Une orientation qui risque d’irriter certains pays comme le Royaume-Uni, très attachés au caractère civil du système.

M. Barrot dresse un bilan sans concessions de la façon dont ce projet, emblématique des ambitions et des faiblesses de la conquête spatiale européenne, a été mené jusqu’à présent. D’après lui, il est temps de prendre acte de "l’échec" des négociations engagées avec le consortium retenu en 2005 pour mettre en oeuvre un partenariat public-privé qu’il s’agit aujourd’hui de "reprofiler".

CINQ ANS DE RETARD

Si le commissaire reconnaît les problèmes de gouvernance "tant du côté public que du côté privé", il met lourdement en cause les huit entreprises présentes dans le consortium - la maison mère d’Airbus EADS, les français Thales et Alcatel, le britannique Inmarsat, les espagnols Aena et Hispasat, l’italien Finmeccanica, et l’allemand TeleOp. "L’organisation mise en place par les industriels n’est ni efficace ni propice à la prise de décision, notamment en raison des différends relatifs à la répartition des rôles, des responsabilités et des activités liés au programme", est-il indiqué.

Du fait de sa composition, le consortium oriente ses activités vers la construction des satellites et non vers le développement des applications, regrette la Commission européenne. "La complexité technique du projet a été probablement sous-estimée", est-il de surcroît écrit, alors que le programme frise les cinq ans de retard sur le calendrier initial.

Pour sortir de l’impasse, sans renoncer à Galileo, les services de M. Barrot ont examiné trois scénarios alternatifs : les pouvoirs publics pourraient passer commande de huit, dix-huit ou trente satellites. Cette dernière solution "est la plus avantageuse", selon la communication adoptée mercredi à Bruxelles. Elle permettrait de commencer l’exploitation complète du système fin 2012, c’est-à-dire un ou deux ans plus tôt qu’avec les deux autres pistes à l’étude. Elle nécessite un engagement public un peu plus modeste, compris entre 9 et 10 milliards d’euros au total d’ici à 2030. Soit 3,4 milliards d’ici à 2013, dans la phase jugée cruciale de déploiement, alors que les autorités européennes n’ont budgété à ce stade qu’un peu moins d’un milliard d’euros (Le Monde daté du 28 avril 2007).

La Commission précise que "les budgets prévus dans le cadre financier actuel ne sont suffisants pour aucun des scénarios examinés". Deux options sont donc envisagées pour tenter de sauver le rival du GPS : augmenter le budget communautaire ou mobiliser des fonds en provenance directe des Etats membres, en dehors du cadre financier pluriannuel.

Les recommandations de l’exécutif européen devraient être débattues lors d’une prochaine réunion des ministres des transports, les 7 et 8 juin, à Bruxelles. "Le profil du nouveau partenariat public-privé et son mode de financement vont sans doute susciter de vifs débats", indique un haut diplomate, "sans parler du recours aux utilisateurs militaires".

Image de synthèse de trois satellites du réseau européen de navigation Galileo. La phase de lancement du système pourrait être financée uniquement par des fonds publics. - AFP/J.HUART


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