mardi 17 octobre 2017

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La réorganisation d’EADS est lancée

Dominique Gallois, le Monde

jeudi 17 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Les grandes manoeuvres ont commencé autour d’EADS où Français et Allemand se préparent à une réorganisation du groupe d’aéronautique et de défense. Présenté comme l’une de ses priorités par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle, ce dossier a été évoqué dès mercredi 16 mai par le nouveau chef de l’Etat lors de sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel. Selon David Martinon, nouveau porte-parole de l’Elysée, ce fut, avec l’avenir institutionnel de l’Europe, l’un des deux principaux sujets de discussion. Les deux dirigeants se "sont entendus sur le fait de travailler ensemble et de réfléchir ensemble à l’avenir d’EADS". Lors d’une conférence de presse conjointe avec la chancelière, le nouveau président a affirmé qu’il ne fallait pas perdre une minute dans ce dossier.

L’enjeu est de taille : il s’agit de relancer ce groupe présenté lors de sa création en octobre 1999 comme le symbole de l’Europe, mais qui a été très rapidement miné par des tiraillements franco-allemand. L’évolution passe par une révision du pacte d’actionnaires, une réorganisation du capital, et par une réforme de la gouvernance avec une simplification des structures dirigeantes et l’abandon d’une direction bicéphale.

Côté français, l’Etat devrait être l’un des acteurs de la réforme associé à Lagardère, alors que côté allemand, les pouvoirs publics n’étant pas dans le pacte d’actionnaire, ils ne pourront intervenir directement, le seul représentant étant Daimler.

Les négociations s’annoncent serrées. Le ton a été donné dès mardi 15 mai. Dans un entretien accordé au Frankfurter Allgemeine Zeitung, Thomas Enders, le coprésident exécutif d’EADS, est revenu sur les indemnités de 8,5 millions d’euros accordées à Noël Forgeard à l’été 2006, pour dénoncer la pression du gouvernement français afin d’obtenir ce montant.

"L’histoire de M. Forgeard chez EADS a été du début à la fin, l’histoire d’une très forte montée d’influence de l’Etat français chez EADS", estime M. Enders. "Si nous avions encore eu besoin d’une (...) preuve que les Etats n’ont rien à faire dans la direction d’une entreprise, les événements des deux ans et demi écoulés chez EADS ont apporté cette preuve", a-t-il affirmé.

Un démenti immédiat a été apporté par les Français rappelant que les indemnités de départ sont contractuelles et qu’elles n’ont pas été discutées depuis. Cet entretien a été accueilli avec stupeur et colère à Paris qui s’emploie depuis plusieurs mois à apaiser les dissensions. L’assemblée générale du 4 mai à Amsterdam avait été l’occasion d’afficher une unité retrouvée entre dirigeants et actionnaires. Une unité de façade...

Mercredi, l’entourage de M. Enders tentait d’atténuer ses propos affirmant qu’ils n’avaient pas pour but de peser sur une évolution du capital, ni d’influer sur le terrain politique français et sur une participation ou non de l’Etat.

Outre la réforme des structures chez EADS, l’autre chantier concerne sa filiale Airbus, avec la mise en place du plan de réorganisation "Power 8" prévoyant la suppression d’ici 2010 de 10 000 emplois, dont la moitié chez l’avionneur, et la cession de sites. Là encore M. Sarkozy suivra de près ce dossier, ayant souligné pendant la campagne qu’il ne se sentait pas "tenu" par ce plan.

NÉGOCIATION SALARIALE CHEZ AIRBUS

Sur les sites français d’Airbus, le climat reste très tendu, les salariés ayant été échaudés par les indemnités versées à leur ancien patron M. Forgeard comparé aux 2 à 5 euros de primes proposés par la direction. Les rumeurs récurrentes d’un parachute doré de 12 millions d’euros versés au directeur international d’EADS, Jean-Paul Gut, en cas de départ auraient à nouveau mis le feu aux poudres si elles n’avaient pas été démenties. Les négociations salariales qui avaient débuté le 3 mai et avaient été suspendues pendant les grèves à Nantes et Saint-Nazaire ont repris mercredi 16 mai. La direction a amélioré sa proposition initiale passant d’une augmentation annuelle des salaires de 2,5 % à 2,8 % et d’une prime de 500 à 600 euros. Les organisations syndicales veulent s’aligner sur ce qu’ont obtenu les Allemands au début du mois.

Le syndicat IG Metall et le patronat de l’industrie de la métallurgie ont conclu un accord prévoyant une hausse de 4,1 % sur dix-huit mois et l’attribution d’une prime de 800 euros sur la même période versée en deux fois. Il s’appliquera aux salariés d’Airbus en Allemagne. Les syndicats d’Airbus France ont demandé à rencontrer le patron du groupe Louis Gallois, lundi 21 mai.

Evolution du capital

Octobre 1999. Création d’EADS, issu de la fusion d’Aérospatiale-Matra avec l’Allemand Dasa puis avec l’espagnol Casa. Le groupe est détenu à parité par les Français (Etat et Lagardère) et l’allemand DaimlerChrysler réunis dans un pacte d’actionnaires.

Janvier 2007. Daimler réduit sa part à 15 % (cession de 7,5 % du capital à des investisseurs allemands privés et publics, dont 5 Länder), mais conserve 22,5 % des droits de vote. Côté français, si l’Etat conserve 15 %, Lagardère diminuera sa part progressivement de 15 % à 7,5 %, en trois temps, de juin 2007 à juin 2009. Les autres actionnaires sont Sepi, représentant l’Etat espagnol (5,44 %) et, depuis août 2006, la banque publique russe VTB (5,02 %).

Le chef de l’Etat attendu vendredi à Toulouse

Nicolas Sarkozy est attendu vendredi en fin de matinée à Toulouse au siège d’Airbus pour "rendre compte de ses entretiens" avec la chancelière allemande Angela Merkel sur le dossier EADS/Airbus, selon le vice-président FO du comité européen du groupe, Jean-François Knepper. Sa venue est "plutôt une bonne chose. J’espère que cela nous permettra d’avancer dans le bon sens", a souligné le responsable syndical. (Avec AFP)


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