mardi 24 octobre 2017

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Russie-Estonie : la guerre électronique

Laurent Suply , le Figaro

jeudi 17 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Le conflit larvé qui oppose Moscou et Tallinn s’entend sur internet, à tel point que cette cyber-guerre sera au menu du sommet UE-Russie.

Deux banques, des journaux, de nombreux sites gouvernementaux ou de partis politiques : les dégâts sont lourds en Estonie depuis le début de la cyber-guerre que se livrent Tallin et Moscou. Internet et les infrastructures informatiques sont en effet devenus des champs de bataille où se reflète la crise diplomatique entre les deux pays. Explications.

Le 27 avril dernier, l’Estonie décide de déboulonner un monument à la gloire de l’armée rouge. Plusieurs attaques informatiques, menées grâce à la tactique du déni de service (qui consiste à surcharger un serveur informatique), sont aussitôt signalées contre les sites officiels estoniens. En représailles, plusieurs sites russes semblent avoir été visés, dont le quotidien Kommersant et la radio des Echos de Moscou. Et l’affrontement continue depuis, avec un pic atteint le 9 mai, date anniversaire de la victoire russe sur l’Allemagne nazie.

Qui sont ces combattants de l’ombre qui s’affrontent à distance ? Pour l’heure, un seul pirate a été arrêté. Ce jeune estonien de 19 ans postait sur des forums les adresses des sites gouvernementaux estoniens à attaquer. D’autres attaques sont menées par des pirates grâce à des bataillons d’ordinateurs privés infectés au préalable par des virus. En Russie, un membre des Nachis, les jeunes militants pro-Poutine, a déclaré avoir participé à certaines attaques.

La main du Kremlin ?

Simples affrontements entre communautés de pirates russes et estoniens ? Certains en doutent, croyant voir la main du Kremlin derrière l’offensive, particulièrement dangereuse pour un pays aussi dépendant de l’informatique que l’Estonie. Le 30 avril, le ministre de la Justice estonien déclare, sans accuser directement le Kremlin, que la source de certaines attaques remonte directement à des ordinateurs d’institutions officielles russes. Quelques jours plus tard, c’est au tour du ministre des Affaires étrangères de demander à Moscou des « excuses » après les cyber-attaques. Même le président estonien, Toomas Hendrik Ilves, laisse deviner qui est coupable à ses yeux : « en Europe, on n’a pas l’habitude d’organiser des cyber-attaques contre les sites des administrations d’autres pays », déclare-t-il. D’autres officiels estoniens déclarent au Guardian que le « général » de cette cyber-guerre a été identifié, en la personne d’un Russe « lié aux services de sécurité fédéraux ».

Et l’Estonie d’en appeler à l’Otan pour se défendre. Le secrétaire général de l’OTAN s’est dit « préoccupé » par les attaques et l’organisation a dépêché trois spécialistes à Tallin. Le dossier devrait être prudemment abordé lors du sommet UE-Russie de Samara, qui commence jeudi soir sur les bords de la Volga.

La dernière cyber-guerre de cette ampleur remonte à la guerre du Liban. Israël attaquait les sites liés au Hezbollah, tandis que des pirates anti-guerre s’en prenaient, eux, à des sites officiels israéliens ou américains. Si la preuve de l’implication de l’Etat russe est apportée, cette offensive deviendra le premier assaut électronique d’un pays contre un autre.


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