dimanche 17 décembre 2017

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Mme Alliot-Marie en "résidence surveillée" à l’intérieur

Piotr Smolar, le Monde

vendredi 18 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Voici un joli paradoxe de l’histoire politique. En tant que ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy a maintes fois affronté son homologue de la défense, Michèle Alliot-Marie, au sujet de la gendarmerie. Dans le sillage de Jacques Chirac, elle s’était opposée au rattachement budgétaire de ce corps à l’intérieur. Aujourd’hui président de la République, M. Sarkozy lui cède les clés de Beauvau ; mais il lui impose une feuille de route déjà largement écrite par ses collaborateurs. "Elle sera en résidence surveillée", sourit un haut responsable policier.

La marge de manoeuvre de Mme Alliot-Marie, première femme à ce poste, s’annonce d’autant plus étroite que le périmètre du ministère sera modifié. Une partie de la police aux frontières pourrait être rattachée au nouveau ministère de l’immigration et de l’identité. En outre, la création éventuelle d’un Conseil national de sécurité - à une échéance inconnue - donnerait, pour la première fois, une autorité directe au président sur ces questions, au-delà d’un simple rôle de coordination.

Du côté des syndicats de policiers, l’arrivée de Mme Alliot-Marie est accueillie de façon polie, en attendant d’entrer dans le vif du sujet : les discussions sur la nouvelle loi d’orientation, annoncée pour cet été. "Je vois sa nomination de façon favorable, à partir du moment où elle accepte d’appliquer le programme de Sarkozy, explique Dominique Achispon, secrétaire général du Syndicat national des officiers de police (SNOP). Par ailleurs, cela confirme la féminisation du ministère. Il ne reste plus que de rares chefs de service rétrogrades pensant qu’une grossesse est une maladie."

Les organisations syndicales ont déjà intégré la présidentialisation du régime. "A l’Elysée, Claude Guéant sera le gardien de l’orthodoxie, de la pensée présidentielle, dit Olivier Damien, patron du Syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale (SCHFPN). C’est lui qui supervisera les réformes, à commencer par celles de l’intérieur."

INQUIÉTUDES

Mme Alliot-Marie aura pour objectif de rapprocher davantage les deux forces de l’ordre, police et gendarmerie ; en somme, réaliser ce qu’elle avait refusé entre 2002 et 2007. L’ancienne ministre de la défense, qui avait envisagé un temps de se présenter à l’investiture au sein de l’UMP contre M. Sarkozy, s’appuiera sur sa bonne image auprès de la gendarmerie. Autre atout : la préservation du statut militaire de ce corps, indispensable pour répondre aux inquiétudes qui gagnent les rangs, depuis quelques mois. En revanche, les nominations et le budget devraient être rattachés au ministère de l’intérieur. Les patrons de la police et de la gendarmerie pourraient être placés sous l’autorité d’un directeur ou d’un secrétaire général de la sécurité intérieure. Un nom circule avec insistance : celui de Michel Delpuech, préfet de Corse depuis 2006, et surtout ancien préfet des Hauts-de-Seine.

L’architecture du ministère subirait d’autres changements. Au lieu de la douzaine de directions centrales et services émergeraient cinq missions, plus en adéquation avec la loi d’orientation pour les lois de finance (LOLF) : l’ordre public, la sécurité du quotidien, l’investigation, le renseignement et enfin l’administration, à laquelle serait rattachée la formation.

Francois Baroin et Michele Alliot-Marie - AP/CHRISTOPHE ENA


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