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Défense : M. Morin devra tenir compte du "domaine réservé" du chef de l’Etat

Laurent Zecchini, le Monde

samedi 19 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Hervé Morin, qui prend en charge un ministère de la défense dont la situation budgétaire a été redressée depuis cinq ans, va être confronté à plusieurs inconnues : quel sera le rôle du futur Conseil national de sécurité en matière de défense, et le président Nicolas Sarkozy, chef constitutionnel des armées, sera-t-il aussi présent que son prédécesseur dans l’orientation de la politique militaire ? M. Sarkozy ayant estimé pendant la campagne électorale qu’il ne devait pas y avoir de "domaine réservé" du président de la République, il reste à voir si ce souhait va se concrétiser.

Proche de M. Chirac, appartenant à la même famille politique que lui, Michèle Alliot-Marie avait la confiance du chef de l’Etat, qui lui déléguait beaucoup, tout en surveillant étroitement la conduite des armées, notamment via son chef d’état-major particulier, le général Jean-Louis Georgelin, devenu chef d’état-major des armées en août 2006. M. Sarkozy hérite d’un chef d’état-major particulier - le vice-amiral d’escadre Edouard Guillaud - qu’il n’a pas choisi, et son ministre de la défense, Hervé Morin, est UDF.

Il fut un temps envisagé que Mme Alliot-Marie reste à l’hôtel de Brienne une année supplémentaire, ce qui aurait donné au nouveau chef de l’Etat plus de temps pour prendre la mesure des dossiers stratégiques, tout en se reposant sur un ministre au fait des dossiers, et ce au moment où des décisions importantes pour la défense vont devoir être prises. Les discussions internes qui se poursuivent dans les état-majors depuis plusieurs mois à propos de la prochaine loi de programmation militaire 2009-2013 vont devoir déboucher sur des arbitrages dès la rentrée de septembre.

AFGHANISTAN

Ceux-ci devront tenir compte de plusieurs facteurs, à commencer par l’enveloppe globale du budget de la défense. M. Sarkozy s’est engagé à porter les crédits militaires à 2 % du PIB (normes OTAN), ce qui représenterait une augmentation de quelque 820 millions d’euros, puisque le budget 2007 est inférieur à 1,7 % du PIB (hors pensions). Lorsqu’on sait qu’il manquerait de 40 à 70 milliards d’euros pour réaliser le "modèle d’armée 2015" conçu en 2003, on mesure à quel point celui-ci est dépassé : le prochain exercice devra tenir compte d’une réévaluation budgétaire drastique.

Le "modèle" actuel résulte d’un Livre blanc établi en 1994, et l’une des tâches du ministre de la défense sera de s’atteler à la rédaction d’un nouveau Livre blanc. Encore faudra-t-il déterminer si l’armée française doit continuer à assumer toutes les postures stratégiques et toutes ses missions actuelles. Notamment pour les opérations extérieures : la France déploie 1 450 soldats en Afghanistan, 3 000 en Côte d’Ivoire, 1 650 au Liban, et M. Sarkozy s’est interrogé pendant la campagne électorale sur la nécessité de maintenir à long terme un contingent français en Afghanistan.

La décision devra être mûrement réfléchie, dans la mesure où un retrait risquerait de faire des émules parmi nos partenaires européens, et serait mal compris à Washington.

M. Sarkozy sera également attendu sur deux dossiers d’inégale importance : procéder à une "remise à plat" de la doctrine d’emploi de la dissuasion nucléaire - exercice a priori délicat -, et rattacher la gendarmerie (dont le statut est militaire) plus directement au ministère de l’intérieur. Un arbitrage devra être rendu sur ce point entre Hervé Morin et le nouveau ministre de l’intérieur... Michèle Alliot-Marie.

S’agissant des équipements, le chef de l’Etat et son ministre de la défense vont devoir se prononcer définitivement sur la question du deuxième porte-avions français. M. Sarkozy s’est engagé à faire construire cet équipement dont le coût se situe entre 2,5 et 3 milliards d’euros, ce qui signifie que des sacrifices devront être consentis sur d’autres programmes.

Enfin, la mise sur pied d’un "service civique obligatoire", qui serait encadré par d’anciens militaires, tient de la gageure financière : s’il doit être universel, cela signifie qu’une classe d’âge de plus de 700 000 garçons et filles seraient concernée, pour un coût que Mme Alliot-Marie avait chiffré à 5 milliards d’euros par an. A cette somme, il faudrait ajouter quelque 4,5 milliards d’euros pour financer la construction des infrastructures nécessaires.

Hervé Morin, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale, a rallié Nicolas Sarkozy entre les deux tours de l’élection présidentielle. - AFP/STEPHANE DE SAKUTIN


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