jeudi 19 octobre 2017

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Clearstream : le général Rondot devant les juges

Eric Decouty, le Figaro

mardi 22 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Son audition en tant que témoin assisté a débuté vers 10 heures au pôle financier du TGI de Paris.

LA DEUXIÈME saison de l’affaire Clearstream s’est ouverte ce matin. Pour la première fois depuis sa seule et unique audition du 28 mars 2006, le général Philippe Rondot est convoqué au pôle financier par les juges Jean-Marie d’Huy et Henri Pons. Le militaire, qui depuis un an refusait de répondre aux questions des deux magistrats, a accepté ­cette fois d’être entendu avec l’assistance de son avocat Me Éric Morain. Si celui-ci n’a pas souhaité réagir. De source proche du dossier, on indique que son client devrait être placé sous le statut de « témoin assisté ».

Le général Rondot, qui fut conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales de Mi­chèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, va donc s’expliquer sur son rôle dans l’affaire des listings falsifiés de Clearstream. Surtout, il va, pour la première fois, commenter ses fameuses notes prises au jour le jour, entre 2003 et 2005, sur le déroulement de l’affaire et sur ses différents protagonistes.

Lors de son audition de mars dernier, le général Rondot avait ainsi expliqué avoir été convoqué le 9 janvier 2004 par Dominique de Villepin, à l’époque ministre des Affaires étrangères. « Il m’a alors fait part des instructions qu’il avait reçues au sujet de cette affaire des listings de comptes Clearstream de la part de M. Chirac, président de la République, déclarait-il sur procès-verbal (...) Il s’agissait de vérifier la validité de cette liste pour savoir si oui ou non les personnalités qui étaient citées possédaient un compte. » Rappelons que des dizaines de personnes avaient été faussement dénoncées parmi lesquelles Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement ou Alain Madelin.

Mais, le 14 mai, dans un entretien au Journal du dimanche, le général revenait sur ses déclarations, dédouanait Dominique de Villepin et Jacques Chirac de ­toute implication dans la manipulation, affirmait qu’il n’avait « ja­mais été question d’enquêter sur Nicolas Sarkozy ou sur les autres hommes politiques » et annonçait son intention de ne plus répondre aux juges.

Dossiers exhumés

Un an plus tard, ce sont toutes les coulisses de l’enquête parallèle menées par l’ancien espion que les deux juges espèrent enfin recueillir.

L’interrogatoire du général Rondot, qui promet d’être long, pourrait toutefois donner lieu à d’autres rebondissements en ­mar­ge de l’enquête initiale.

Le premier concerne une note du 9 septembre 2002, à l’attention du ministre de la Défense, et qui n’a jamais fait l’objet d’investigations. Philippe Rondot y écrit qu’il existe de « très graves dysfonctionnements dans la gestion des fonds spéciaux » de la DGSE, les services secrets. « La perte sèche enregistrée se situe autour de 180 millions de francs (27 millions d’euros), poursuit-il. S’il est normal que la DGSE dispose d’un trésor de guerre encore convient-il que celui-ci soit disponible en cas de crise et ne serve pas à entretenir (...) des danseuses. »

Les services secrets ont-ils couvert l’usage d’une caisse noire à d’autres fins que celles de la protection de l’État ? Une question à laquelle devra répondre Philippe Rondot.

Un autre rebondissement at­tendu porte sur des documents ­saisis par les juges et restés sous scellés depuis un an sans avoir été exploités. Depuis quelques jours, Jean-Marie d’Huy et Henri Pons ont choisi de verser ces pièces au dossier Clearstream. « Deux à trois tomes », selon une source proche de l’enquête, constitués des archives du général. Plusieurs dossiers pourraient être ainsi exhumés, à commencer par un mystérieux compte japonais attribué à Jacques Chirac, sur lequel Philippe Rondot avait été chargé d’une enquête en 2000 et dont il n’a jamais confirmé l’existence.

L’audition du général Rondot risque d’ouvrir très vite une nouvelle période d’intenses activités judiciaires au-delà de l’affaire Clearstream.


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