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Dans ces temps difficiles, le commerce d’armes israélien fleurit

Neal Sandler, BusinessWeek

vendredi 25 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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La demande croissante de drones et d’équipements d’électronique militaire contribue aux records de recettes.

Dans cette ère de tensions géopolitiques, les budgets de défense dans le monde ont atteint, l’année dernière, le nouveau seuil impressionnant de 853 milliards d’euros, dont presque la moitié pour les Etats-Unis. Israël en tire aussi profit, et devient le quatrième plus grand fournisseur d’armes du monde après les Etats-Unis, la Russie et la France. Les exportations militaires de la petite nation du Moyen-Orient ont augmenté de 20 % l’année dernière, à 3,3 milliards d’euros, et les fournisseurs d’armes israéliens ont signé de nouveaux contrats en 2006 pour la somme record de 3,9 milliards d’euros.

En Israël, l’industrie de défense profite de la demande pour ses drones (UAV) et d’équipements de guerre électronique sophistiquée utilisés dans le conflit palestinien en cours et durant la guerre de l’été dernier au Liban. "Nous envisageons d’augmenter les exportations militaires d’au moins 20 % en glissement annuel jusqu’à 2010", prédit Joshua Yeres, analyste militaire chez Giza Singer Even, une société d’investissement et cabinet-conseil à Ramat Gan, près de Tel-Aviv.

L’INDE DEVANT LES ETATS-UNIS

L’activité économique de l’industrie israélienne de l’armement dépend aux deux tiers de l’étranger. Les ventes aux Forces de défense d’Israël (IDF) représentent le reste. Environ 90 % de toutes les ventes à l’exportation sont effectuées par quatre géants : Elbit Systems, coté en Bourse, et trois entreprises d’État, Israel Aerospace Industries (IAI), RAFAEL Armament Development Authority et Israel Military Industries (IMI).

Le gouvernement n’informe pas sur les ventes effectuées par pays, mais d’autres sources dévoilent quelques tendances intéressantes. Pendant des décennies, le premier client en armements d’Israël était les Etats-Unis. Mais récemment, le gouvernement indien a publié des données qui montrent qu’en 2006, il a acheté des armes à Israël pour 1,16 milliard d’euros. Cela a fait de New Delhi le plus gros client d’Israël, devant les Etats-Unis, en 2006.

Parmi les contrats, l’Inde doit recevoir, en novembre, le premier des trois avions de reconnaissance aérienne du type AWACS, des Phalcons, qu’elle a commandés à l’IAI dans le cadre d’un contrat de 853 millions d’euros. L’Inde a aussi acheté le système de défense antimissile Barak, des drones et le radar de pistage et de détection de missiles Green Pine.

EN RETRAIT SUR LE MARCHE CHINOIS

Les autres acheteurs importants d’armes israéliennes incluent la Turquie, Singapour, l’Espagne, la Roumanie et la Pologne. Les ventes à la Chine, autrefois client important, ont été une source de tensions entre Jérusalem et Washington. En 2000, Israël a été forcé d’annuler une lucrative vente d’avions Airborne Warning and Control System (AWACS) à la suite des objections du Pentagone, et a payé 271,6 millions d’euros de dommages à Pékin pour résilier le contrat.

Plus récemment, Israël a muté des hauts fonctionnaires du ministère de la Défense, et a accepté de durcir les règlements d’exportation d’armes, après que le Pentagone s’est plaint du travail de maintenance des drones qu’Israël avait vendus aux Chinois une décennie plus tôt. Les ventes à la Chine ont maintenant repris, bien qu’à des niveaux plus bas que ceux du passé. On ne dispose pas de chiffres précis.

Ailleurs, la demande a plus que compensé le déclin du marché chinois. "Nous sommes témoins d’une augmentation sans précédent de la demande d’électronique militaire avancée, et Israël est un leader reconnu dans ce domaine", indique Joseph Ackerman, le directeur général d’Elbit, la plus grande compagnie privée de défense du pays. Cela a été très rentable pour Elbit. En 2005, l’entreprise a gagné un contrat de 700 millions de livres (1,09 milliard d’euros) de Thales UK pour fournir son drone Hermes à la Grande-Bretagne.

CROISSANCE IMPORTANTE POUR LES GRANDS FOURNISSEURS

La croissance de la demande globale pour ses drones et pour les équipements informatiques sophistiqués de contrôle à distance a conduit au doublement du bénéfice net d’Elbit en 2006, à 56 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 1,1 milliard d’euros, en hausse de 42 %. Il y a quelques jours, la banque d’investissement UBS a prédit que le chiffre d’affaires de l’entreprise atteindrait 1,5 milliard d’euros en 2007, avec une amélioration continue du bénéfice net. Le prix des actions de l’entreprise a presque doublé l’année dernière.

La plus grande compagnie de défense d’Israël, IAI, a aussi enregistré une croissance importante. Les experts de l’industrie de défense attribuent ces résultats au nouveau directeur général, Yitzhak Nissan, entré en fonction en février 2006. Il a lancé une campagne de réduction drastique des coûts et a relancé le marketing. La société, qui pendant des années n’avait que très légèrement rentable, a affiché un bénéfice net record de 89,2 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros pour les neuf premiers mois de 2006, et a signé pour plus de 3,1 milliards d’euros de contrats nouveaux.

L’amélioration est due en grande partie à la demande soutenue pour le plus grand drone d’IAI, appelé Heron, qui a été un grand succès aux Etats-Unis et en Inde, et a été utilisé dans la guerre d’Irak. L’entreprise a aussi signé des contrats pour des ventes de missiles, d’équipements de guerre électronique sophistiquée, et pour des travaux de remise à niveau d’avions militaires de divers clients dans le monde. Début mai, Northrop Grumman a annoncé qu’elle faisait équipe avec IAI pour construire et lancer de petits satellites de reconnaissance, issus de la technologie de l’entreprise israélienne. Le prix de chaque satellite est estimé à 150 millions d’euros. "Aux Etats-Unis et sur d’autres marchés, cela représente un énorme développement potentiel", indique un fonctionnaire confirmé d’IAI.

Une autre compagnie étatique, Rafael Armament Development Authority, a enregistré une forte augmentation de son chiffre d’affaires. L’agence de développement d’armes, autrefois secrète, a été convertie en entreprise indépendante, il y a plusieurs années, pour qu’elle puisse mieux entrer en compétition sur les marchés mondiaux. Le développeur de missiles air-air, mer-mer et terre-terre, et de systèmes militaires, a affiché un bénéfice net de 20 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de plus de 776 millions d’euros.

IMI PERDANT SUR LE PETIT ARMEMENT

La seule entreprise israélienne qui n’ait pas pris part au boom est IMI, un producteur de petits armements, dont la mitraillette Uzi, de grenades et de munitions de mortier et d’artillerie. Selon des sources gouvernementales, la société honorait des ventes d’environ 318 millions d’euros en 2006, la plupart à l’exportation, mais connaît de tels problèmes qu’elle n’a pas publié de résultats financiers depuis deux ans. La nature des problèmes ? Beaucoup de pays produisent maintenant leurs propres munitions, ce qui menace la survie de compagnies comme IMI.

L’année dernière, le gouvernement israélien a décidé de vendre IMI dans une tentative pour sauver l’entreprise, mais pour l’instant le processus de privatisation n’a pas beaucoup de succès. Pour sauver IMI, l’ancien haut fonctionnaire de l’industrie de défense, Avner Raz, a été nommé PDG de la société le 16 mai.

On s’attend à ce que l’augmentation de la demande des Forces de défense israéliennes après la guerre de l’été dernier au Liban aide un peu IMI. Mais à moins que l’entreprise, en difficulté financière, ne se transforme en acteur de haute technologie, comme les autres géants locaux, ses chances de profiter de l’actuel boom des exportations semblent bien minces.


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