mercredi 18 octobre 2017

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Le « Département 9000 » secret de Téhéran

Ncr-iran.org

mercredi 30 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Le président Bush a déclaré la semaine dernière qu’il s’attendait à un été « sanglant » en Irak. Ce qu’il n’a pas dit en revanche, c’est que la guerre indirecte qui prend de l’ampleur entre les États-Unis et l’Iran peut bien être une explication à l’aggravation de ce conflit. Le renseignement américain a identifié une unité iranienne chargée de former des cellules d’insurgés chiites en Irak.

Il s’agit d’un groupe top secret baptisé Département 9000, qui fait partie de l’élite du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran, la Force Qods, selon trois hauts responsables américains tenus au fait des rapports et analyses d’espionnage sur l’insurrection irakienne et qui ont demandé à rester anonymes en raison du caractère sensible du sujet. Le Département 9000 joue un rôle de liaison entre les insurgés et le CGRI, principal organisme interne de sécurité du régime iranien, en lui fournissant conseils et assistance. Plus récemment, selon un de ces hauts responsables, ces paramilitaires iraniens secrets ont même commencé à aider des groupes insurgés sunnites dans le but d’enliser un peu plus les Américains. « Le comportement récent des groupes sunnites est plus actif de nature et plus direct en termes de participation dans des attaques contre la Coalition », a-t-il expliqué.

Bush, pendant ce temps, fait lui-même monter les enchères dans cette guerre indirecte. Le président a récemment approuvé un ordre secret, ou « finding », autorisant la CIA à user de méthodes secrètes pour harceler, et non renverser, le régime théocratique iranien, selon des sources du gouvernement connaissant bien cette question et désireuses de conserver l’anonymat en raison du caractère délicat du sujet. L’opération de la CIA, ayant reçu le feu vert du président, est censée être la réponse de l’administration à ce qu’elle identifie comme une politique d’armement d’insurgés chiites avec pour intention de tuer des soldats américains et initiée par le gouvernement iranien.

Les détails des méthodes que la CIA a été autorisée à appliquer pour faire pression sur l’Iran sont inconnus et top secrets (le porte-parole de la CIA a déclaré que l’agence ne faisait jamais de commentaires sur des allégations d’opération secrète). Un ancien agent secret américain (anonyme en raison du caractère secret de ces informations) qui s’est entretenu avec des membres de l’agence à propos de la nouvelle démarche de la CIA, a affirmé que parmi les différents points dont ils avaient discuté, l’agence envisageait plusieurs méthodes dont celle d’étendre la portée de l’Internet non censuré vers l’intérieur des frontières iraniennes. Selon l’unité d’investigation d’ABC News, qui a été la première à divulguer l’opération de la CIA la semaine dernière, ce plan « inclurait une campagne coordonnée de propagande, de désinformation et de manipulation des transactions financières internationales et de change de l’Iran ».

Si les méthodes de la CIA demeurent encore floues, les objectifs de ce plan le sont tout autant. Les ayatollahs ne se laisseront pas chasser aussi facilement. Les hauts responsables tenus au fait des rapports de renseignement des agences américaines ont déclaré à NEWSWEEK que les experts de la CIA et des autres agences n’étaient pas persuadés que l’Iran était dans une « phase prérévolutionnaire ». L’année dernière, lors de sa déposition publique devant le Sénat, John Negroponte, directeur du Renseignement national américain d’alors, a affirmé qu’il existait un consensus chez les agences de renseignement américaines, selon lequel « une instabilité menaçant le régime était peu probable » en Iran. « Ce n’est pas ce type de mesures qui va renverser un régime », a déclaré Bruce Riedel, spécialiste du Moyen-Orient qui a quitté la CIA l’année dernière. Riedel a affirmé que ce n’était pas la première fois qu’un gouvernement américain tentait de fomenter des troubles en Iran, mais que de tels efforts s’étaient toujours révélés « infructueux » dans le passé.

Il est impossible de mesurer quel est l’effet de l’intervention du Département 9000 du côté iranien dans cette guerre indirecte. « Il est difficile de dire si l’Iran est tout simplement un catalyseur dans ces violences sectaires ou s’il les attise, ou s’il est à l’origine de certaines d’entre-elles », affirme un haut responsable américain proche du renseignement. « Nous n’en savons tout simplement pas assez pour affirmer quoi que ce soit. » À la fin de l’année dernière, Bush a donné son aval aux forces américaines en Irak pour qu’elles sévissent contre le groupe CGRI-Force Qods et contre les agents dudit Département 9000. À ce jour, affirme le haut responsable chargé de surveiller les résultats de cette offensive en Irak, l’action des USA contre les agents et partisans suspectés du CGRI-FQ est parvenue à réduire le nombre d’attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés attribuables à des armes de conception ou d’origine vraisemblablement iranienne. Toutefois, le nombre d’attaques de ce type ne fait qu’augmenter puis descendre et les progrès réalisés par les États-Unis ont été estimés « inégaux », selon ce haut responsable. La seule chose dont on peut être sûr, c’est que l’été va être long et chaud.


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