lundi 18 décembre 2017

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Les aveux du "cerveau" du 11-Septembre

Corine Lesnes, le Monde

jeudi 31 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Avec une rapidité exceptionnelle, le Pentagone a publié, mercredi 14 mars, les extraits de la déposition faite par Khaled Cheikh Mohammed, le présumé maître d’oeuvre des attentats du 11 septembre 2001 d’Al-Qaida à New York et Washington, lors de sa première audition, le 10 mars, à Guantanamo. Selon les documents, dont des passages ont été rendus illisibles par la censure militaire, Khaled Cheikh Mohammed revendique 31 attaques et attentats, dont une partie n’ont pas été mis en oeuvre. L’un des 31 aveux, le no 3, est censuré.

En plus de "l’opération du 11-Septembre, de A à Z", il revendique entre autres "l’opération du World Trade Center en 1993", "l’opération à la chaussure piégée pour faire exploser deux avions américains (dont la tentative du britannique Richard Reid)", "l’attentat à la bombe contre une boîte de nuit à Bali (Indonésie)", "l’attentat d’un hôtel à Mombasa (Kenya) fréquenté par des voyageurs juifs"...

Il avoue également la préparation et le financement de projets d’attentats qui n’ont pas été réalisés, contre des villes américaines, des ambassades américaines et israéliennes, des bases militaires, des aéroports et des pétroliers à travers le monde, et des assassinats de deux anciens présidents américains, Jimmy Carter et Bill Clinton, ainsi que du président pakistanais Pervez Musharraf et du pape défunt Jean Paul II.

Khaled Cheikh Mohammed a été arrêté en 2003. Il est l’un des quatorze prisonniers de "haute valeur", selon la terminologie officielle américaine, qui ont été maintenus en détention dans les prisons secrètes de la CIA avant d’être envoyés à Guantanamo en septembre 2006.

Lors de son audition, le Pakistanais de 41 ans, qui après avoir grandi au Koweït a étudié à l’université de Caroline du Nord puis combattu en Bosnie, parle en anglais et se fait de temps en temps assister par son "représentant personnel", c’est-à-dire le militaire qui fait office d’"avocat". "Quand je dis que je suis responsable de ceci ou cela, ce n’est pas pour me faire passer pour un héros, explique Khaled Cheikh Mohammed. C’est le langage de la guerre. C’est sûr, je suis l’ennemi des Américains."

Le président de séance l’interroge sur les accusations qu’il a portées contre la CIA. L’officier emploie le mot de "torture". La réponse a été censurée.

Khaled Cheikh Mohammed tente d’expliquer sa cause avec des références historiques familières aux Américains. "Ennemi combattant, c’est un mot flexible, dit-il. Quand je dis que je ne suis pas content que 3 000 personnes aient été tuées en Amérique, je suis désolé, même. Je n’aime pas tuer les enfants. L’islam ne m’a jamais donné le feu vert pour tuer des gens. Pour les juifs, les chrétiens, les musulmans, tuer c’est interdit. Mais il y a des exceptions à la règle. Quand vous tuez des gens en Irak, vous dites : "C’est ce que nous devons faire. Nous n’aimons pas Saddam.’’ C’est le même langage que j’utilise. L’autre côté vous appelle des oppresseurs. Si nous étions pendant la guerre d’Indépendance et que George Washington avait été fait prisonnier par les Anglais, c’est sûr, ils l’auraient considéré comme un "ennemi combattant’’. Pour les Américains, Washington est un héros. Pour beaucoup de musulmans, c’est Oussama Ben Laden. Il fait la même chose. Il se bat. Il a besoin de son indépendance."

La déposition a été enregistrée lors d’une procédure administrative dans laquelle n’interviennent ni avocats ni civils : l’examen du statut d’"ennemi combattant". Il a fallu un avis de la Cour suprême américaine en 2003 pour que le Pentagone accepte de mettre en place ce mécanisme ressemblant à la procédure prévue par les conventions de Genève en cas de contestation du statut de prisonnier de guerre. Il a ensuite fallu que des organes de presse américains mènent une bataille juridique pour que les procès-verbaux des audiences soient rendus publics. C’est la première fois que Khaled Cheikh Mohammed s’exprime. Le procès-verbal de son audition fait 26 pages.

Pas plus que pour les centaines d’autres détenus dans le passé, les autorités n’ont autorisé la présence de journalistes pour les auditions (outre celle de Khaled Cheikh Mohammed, les dépositions d’Abou Faral Al-Libi et de Ramzi Binalshibh ont aussi été publiées).

Mais, exceptionnellement, la procédure a été entourée d’une grande publicité. Il faut probablement attribuer ce changement au souhait du nouveau secrétaire à la défense, Robert Gates, d’accélérer les procédures concernant les détenus de Guantanamo susceptibles de poursuites devant la justice militaire.

Au cours de son audition, Khaled Cheikh Mohammed se montre soucieux du sort de ses codétenus. Il essaie d’expliquer que beaucoup, parmi les Pakistanais et les Afghans prisonniers, n’ont rien à voir avec Al-Qaida et que leur détention est "injuste". Il cite le cas d’anciens espions saoudiens envoyés en Afghanistan pour tenter d’infiltrer Al-Qaida et arrêtés par les Américains en tant qu’"ennemis combattants".

Khaled Cheikh Mohammed donne une image différente de celle de l’homme à l’oeil fermé qui figure sur la sempiternelle photo de mars 2003. "Pour conclure ma déclaration, je veux vous demander d’être juste avec les autres", dit-il enfin. L’audition a duré une heure quinze minutes.

Khaled Cheikh Mohammed, ancien chef du "Comité militaire d’Al-Qaida" lors de son arrestation, le 1er mars 2003. Il a reconnu être le "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001.- AFP


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