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Le conflit appréhendé

Mario Roy, la Presse

lundi 4 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Au point de vue de la lutte au terrorisme, et en particulier à la nébuleuse Al-Qaeda, la stratégie de l’administration Bush a été désastreuse. Et on peut craindre que la Maison-Blanche se laisse à nouveau entraîner dans la pire direction, à savoir un conflit ouvert avec l’Iran du président Mahmoud Ahmadinejad, ce que les extrémistes musulmans s’inspirant d’Oussama ben Laden appellent de tous leurs voeux.

Le constat a été 1000 fois répété. Mais il vient cette fois d’un homme qui a une connaissance intime de ces dossiers. Ex-analyste à la Central intelligence Agency (CIA), conseiller à la sécurité nationale américaine et expert du Moyen-Orient, Bruce Rieder sert cet avertissement dans la dernière livraison du prestigieux périodique Foreign Affairs.

Sa sortie survient au moment où, d’autres sources, on apprend que, d’une part, Téhéran est bel et bien engagé dans le support logistique de la guerre civile irakienne. Et que, d’autre part, la CIA a reçu mandat d’intensifier son activité de renseignement et de déstabilisation contre le régime des mollahs, engagé dans la course à l’arme nucléaire.

Ces deux trajectoires laissent craindre la collision.

De la même façon que l’absurde expédition irakienne a nourri l’appareil de terreur islamiste, explique donc Rieder, entrer en guerre avec l’Iran reviendrait : un, à confirmer l’agressivité de l’" impérialisme américain " dans le monde musulman ; deux, à se charger du combat contre l’" empire perse " (chiite) dont la puissance potentielle inquiète au plus haut point la mouvance benladienne (sunnite) ; trois, à étendre dans cette région du monde un chaos dont on sait par expérience qu’il fournit des recrues au terrorisme.

À ce sujet, on trouvera dans Foreign Affairs la géographie des régions et pays où la philosophie d’Al-Qaeda a étendu son influence depuis le 11 septembre 2001. Ils comprennent la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Afrique du Nord et de l’Est, le Cachemire, le Pakistan, l’Irak, les territoires palestiniens, le Liban.

Par le bras taliban, entre aussi en ébullition l’Afghanistan, où les fous de dieu ont tenté de reprendre Kandahar en 2006, où le nombre de leurs opérations offensives est passé de 1632 en 2005 à 5388 l’an dernier, où le nombre d’attentats-suicide a bondi de 27 à 139 dans le même laps de temps.

Les États où Al-Qaeda a été à peu près mis en échec, l’Égypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie, ont largement procédé par eux-mêmes à cette répression, les États-Unis ayant compté pour peu...

En somme, " Al-Qaeda est aujourd’hui un ennemi plus dangereux qu’il ne l’a jamais été ", écrit Rieder, qui remarque aussi que la production et la diffusion de vidéos publicitaires par Al-Qaeda a quadruplé entre 2005 et 2006, un assez sinistre présage.

Il n’y a pas à cela de solutions simples et à court terme, constate-t-il. Mais s’il conseille aux États-Unis de se retirer de façon ordonnée du guêpier irakien, il recommande aussi d’intensifier l’effort en Afghanistan - où, est-il utile de le rappeler, le Canada est engagé.

C’est une bonne idée. Mais il serait juste que cet effort soit plus justement partagé.

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1 Message

  • Le conflit appréhendé 5 juin 2007 18:33, par Cyril

    Lien vers l’article de la revue "Foreign Affairs" :

    http://www.foreignaffairs.org/20070...

    Même si tout le monde n’est pas anglophone,c’est peut-être une idée de le publier sur votre site ?

    Pour précision,concernant Bruce Riedel,il a été de 1990 a 1991,au sein de la CIA,numéro 2 de l’Iraq Task Force (donc en pleinie guerre du Golfe),sous les ordres de Whitley Bruner (ancien chef de station de la CIA a Bagdad)

    Voir en ligne : http://lemondedurenseignement.haute...