jeudi 14 décembre 2017

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Pourrie, l’informatique de la police ?

Roland Planchar, Lalibre.be

mercredi 6 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Le syndicat Sypol dénonce une "gestion navrante" de la télématique et de l’informatique.

Il y a même eu plainte à l’Inspection générale, pour d’éventuelles malversations. Mais le syndicat SNPS dément les "bizarreries".

Voilà des mois que l’existence d’une plainte d’un membre de la DST, la Direction télématique de la police fédérale, a été portée à la connaissance du parquet de la capitale et du Comité P. Elle a été faite auprès de l’Inspection générale (AIG) de la même police. En cause : d’éventuelles malversations commises au sein du service ainsi que des retards et lacunes qualitatives dans l’informatique policière.

Rayon malversations, on trouve - vrai ou faux, cela reste entièrement à démontrer - une tendance exagérée d’un directeur à favoriser certains fournisseurs, pour des marchés portant au total sur des millions d’euros.

"Mauvais choix"

Au mois de septembre 2006, ce chef aurait même poussé le bouchon un peu loin, lors d’une réunion intercabinets où il devait être question du système information "Sys 2", celui de seconde génération pour la gestion policière de l’espace Schengen. Afin, peut-être, de pouvoir favoriser un fournisseur en particulier, il aurait - selon les doléances formulées, insistons-y - dépeint une situation inexacte auprès des politiques, sans savoir que ceux-ci, informés par ailleurs (et notamment par l’Europe) étaient au courant de la situation véritable. D’où une certaine gêne.

Rien, à ce stade, ne démontre les malversations (qui pourraient sonner selon les explications soumises à l’Inspection générale comme une prise d’intérêt) mais il est un fait que le syndicat de police Sypol.be (qui n’est pas l’auteur de la plainte) donne du crédit aux griefs formulés, nous a dit son secrétaire général, Eddy Lebon.

Côté dysfonctionnements, dont certains pourraient découler de retards engendrés par les malversations supposées, cela concernerait Schengen (mais l’Europe ne s’est jamais plainte), et aussi, par exemple, la BNG, la "banque nationale générale" qui archive les données policières (y compris les RIR, soit les "infos douces"). "Des données disparaissent : introduites le lundi, elles n’y sont plus le mardi pour des questions de certification. La BNG n’est plus alimentée correctement. Des statistiques sont faussées" , nous dit une personne ayant eu accès au système.

Sypol, pour sa part, pose encore d’autres questions : "Pourquoi le citoyen paye-t-il des milliers de licences Windows XP (à 400 euros l’unité) pendant 3 ans sans que la police les utilise ?" ou aussi "Pourquoi a-t-on créé à grands frais un système informatique de rédaction de PV compliqué à outrance et spécifique à la police fédérale alors que celui des zones de police était efficace et abouti ?" Le syndicat résume : "Mauvais choix stratégiques, gaspillages, doubles emplois, absence de consultation des acteurs de terrain" , alors que "l’utilisateur policier n’est pas satisfait" . Bref, la gestion est "navrante" .

"Le problème , nous a dit M. Lebon, c’est que le gouvernement a délégué à la police, mais sans assez de contrôles. L’arrivée d’une nouvelle direction va-t-elle permettre de changer les choses ? C’est notre espoir, en tout cas." La patate chaude au commissaire général (depuis mars) Fernand Koekelberg...

A noter toutefois que le président du SNPS, autre syndicat policier, estime que la plainte découle seulement d’un règlement de comptes entre un employé et sa hiérarchie directe. Philip Van Hamme avance même que l’information sur laquelle elle se fonde ne colle pas du tout avec la réalité. De même pour les licences Windows XP : si Sypol indique que des millions ont été jetés par la fenêtre, M. Van Hamme rétorque qu’il "n’y a pas trop de licences. Leur nombre correspond à celui des ordinateurs" .

Alors, bagarre entre syndicats ? Nous avions nous-mêmes eu vent, dans un passé récent, d’éléments tendant à montrer que des problèmes existent. Mais à quel degré, c’est toute la question. La porte-parole de la police, Els Cleemput, se veut d’une prudente objectivité : elle confirme que plainte il y a mais préfère attendre pour se prononcer, car rien n’est à ce stade prouvé. Précisément, c’est à l’enquête de dire ce qu’il en est.


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