mardi 17 octobre 2017

Accueil du site > Intelligence économique > Lobbying : des députés sous pression

Lobbying : des députés sous pression

Cécile Grégoriades, le Monde

jeudi 7 juin 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Une enquête réalisée auprès de plus de 80 députés et sénateurs, publiée mercredi 6 juin, révèle que deux parlementaires sur trois ont "fréquemment" fait l’objet de démarches de lobbying. Le plus souvent, ils sont démarchés sous la forme de "demandes écrites", mais aussi "d’invitations et de colloques". A l’origine de cette enquête, deux députés UMP, Arlette Grosskost et Patrick Beaudoin, coprésidents du groupe de travail parlementaire "lobbying et démocratie".

Pour Séverine Tessier, assistante parlementaire du député Christian Paul (PS) et présidente de l’association de lutte contre la corruption Anticor, les résultats de ce sondage n’ont rien de surprenant. "L’institution de badges de collaborateurs pour les lobbyistes à l’Assemblée nationale, les invitations à des voyages, ces pratiques... ça s’est toujours su dans le microcosme politique", explique-t-elle.

DES ACTIONS SOUTERRAINES

Les enjeux de pouvoir souterrains ne datent pas d’hier, expliquent les auteurs du livre Députés sous influence (Fayard, 2006), Vincent Nouzille et Hélène Constanty (également auteurs d’un blog sur le sujet). Il n’y a pas si longtemps, les entreprises pouvaient directement financer les campagnes des candidats. Même si ces pratiques sont désormais interdites, les lobbies sont toujours présents mais agissent de façon occulte. Une vidéo montre des extraits d’un reportage d’investigation diffusé sur Canal+, réalisé par le journaliste Nicolas Bourgoin, sur la complaisance des élites politiques vis-à-vis des lobbies.

Tout n’est pas blâmable, selon Jean-Pierre Cassant, secrétaire général du Syndicat des assistants parlementaires à l’Assemblée nationale : "Donner des éléments d’information à un élu n’est pas condamnable, mais le faire dans un hôtel en Egypte ou aux Bahamas, ça le devient."

Cette forme de collusion passe notamment par le recrutement par les entreprises lobbyistes d’assistants parlementaires, alors que ces derniers travaillent toujours pour leur député. Forts d’un savoir convoité et surtout d’un accès privilégié aux coulisses du pouvoir législatif, les collaborateurs parlementaires sont allègrement courtisés. Les relations entre le privé et le public sont nombreuses pour ces "petites mains" du Parlement.

DÉRIVE MARCHANDE DE LA POLITIQUE

Les entreprises lobbyistes constituent souvent un filet de sécurité pour les assistants parlementaires, qui, lorsque leur député arrive en fin de mandat, "se recyclent" dans le privé. "Il peut y avoir une assez grande perméabilité", souligne Jean-Pierre Cassant.

Ces pratiques reflètent une véritable "dérive marchande de la politique", selon Séverine Tessier, pour qui il faut instituer un véritable contrôle, et notamment sur le patrimoine des élus en fonction. Sans aller aussi loin, les analystes s’accordent à penser que davantage de transparence ainsi qu’une régulation des pratiques lobbyistes, tel que cela se fait déjà à Bruxelles ou dans les pays anglo-saxons, s’imposent en France.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :