lundi 18 décembre 2017

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Michèle Alliot-Marie : "J’ai une totale marge de manœuvre, personne n’a fait pression sur moi"

Michèle Alliot-Marie - ministre de l’intérieur, le Monde

vendredi 8 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Comment accueillez-vous le rapport de l’Institut des hautes études de la sécurité (INHES) sur la Seine-Saint-Denis, qui souligne la détérioration des relations entre la police et les habitants ?

Il comporte des éléments critiques répercutés par les médias, et d’autres, qui le sont moins. Des suites y ont été données. Début décembre 2006, 350 policiers ont été affectés en renfort. Au lendemain des législatives, j’organiserai dans le département une "conférence de cohésion", avec les services concernés, les responsables policiers, les associations et les maires, dont le rôle est crucial dans la prévention et l’analyse des tensions urbaines. Une relation de confiance entre la police et la population est indispensable. Les bandes organisées doivent être isolées. Elles agissent par intimidation et intoxiquent souvent les habitants. Nous devons aussi aider les associations, qui créent du lien social, dans leurs démarches.

François Fillon a déclaré que la police de proximité n’était pas une solution d’avenir. Partagez-vous cet avis ?

Tout dépend de ce qu’on entend par cette expression. La mission des policiers n’est pas de jouer au basket ou au foot dans les cités. En revanche, s’appuyer sur des fonctionnaires chevronnés, qui connaissent les lieux et les personnes dans les cités, est efficace. C’est tout de même paradoxal : comme dans l’éducation nationale, ou d’autres secteurs de la fonction publique, les plus jeunes sont affectés aux postes les plus exposés ! Il faut travailler sur la fidélisation des fonctionnaires et le renforcement de l’encadrement.

Vous avez la charge du rapprochement entre la police et la gendarmerie, après vous y être opposée…

Ce n’est pas parce que je change d’adresse que je change d’idée. Avoir deux forces de l’ordre, avec un statut différent, est une garantie pour notre démocratie. J’ai veillé à ce que les gendarmes restent rattachés à la Défense et gardent leur statut militaire, même si j’ai désormais, à l’Intérieur, la responsabilité conjointe du budget et des nominations. Les gendarmes ont un grand besoin d’écoute, et je compte bien préserver la relation de confiance que j’ai établie avec eux en cinq ans. Je me donne quelques semaines pour réfléchir à l’organisation la plus efficace pour que la police et la gendarmerie travaillent encore mieux ensemble.

Que prévoit la nouvelle loi d’orientation pour la sécurité, en préparation ?

On est en phase de discussions. Elles devraient aboutir à un projet de loi à la rentrée. Je compte faire un effort particulier sur la police technique et scientifique, qui joue un rôle clé dans le taux d’élucidation. Je souhaite que ce taux continue d’augmenter. Il est aujourd’hui d’environ 34% ; il faudrait arriver entre 40% et 50%. Il faudra également améliorer le matériel à disposition des forces de l’ordre, comme les caméras à bord des voitures en intervention ou sur les pistolets à impulsion électrique.

La criminalité est en constante mutation. Etes-vous satisfaite des instruments d’analyse actuels ?

Pour améliorer nos capacités d’analyse, je veux doter ce ministère d’une direction des affaires stratégiques. Les problèmes de sécurité évoluent, il faut savoir anticiper. Il y a dix ans, le terrorisme n’était pas une préoccupation quotidienne. On parlait moins des violences physiques au sein des familles ou des viols. Je pense aussi que l’affaiblissement des partis comme le PCF, qui permettait à certains d’exprimer une frustration sociale, risque de se traduire par la montée de mouvements radicaux et violents. Ces phénomènes doivent être étudiés par une équipe resserrée faisant appel à des spécialistes.

Etes-vous favorable à la fusion de la DST et des RG ?

Il faut raisonner en termes d’efficacité. Nos services de renseignement ont des cultures différentes. Les mettre dans un même lieu, à Levallois-Perret, permettra d’améliorer leurs échanges. Je ne pense pas qu’à court terme, il soit possible ou utile d’aller au-delà. L’idée d’une fusion me paraît pour le moins prématurée. La double compétence de la DST en matière de renseignement et de police judiciaire est un modèle propre aux services français, envié par nos partenaires, gage de nombreux succès depuis vingt ans.

Comment vivez-vous la réduction de votre périmètre ministériel, avec la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale ?

La création de ce ministère, avec une composante coopération, est une très bonne idée. En tant que ministre de la défense, j’avais souvent dit à mes collègues européens que les problèmes migratoires étaient devant nous. L’Afrique subsaharienne est déchirée par des conflits interethniques. Les gens fuient par centaines de milliers. L’effet tache d’huile pourrait les conduire vers l’Europe. On pourrait un jour avoir deux ou trois millions d’immigrés à nos portes. Par ailleurs, il est bon pour le ministère de l’intérieur de dissocier sa mission de police du quotidien de la question de l’immigration. Nous voilà recentrés sur nos missions premières de protection des Français contre l’insécurité et la violence.

On a l’impression que vous êtes dans ce ministère en résidence surveillée. L’Elysée ne vous a-t-il pas imposé les premières nominations ?

Le président de la République demande des résultats, c’est normal. Pour le reste, j’ai une totale marge de manœuvre. Après tout, j’ai la signature finale et donc la responsabilité. Personne n’a fait pression sur moi pour les nominations, qui ont eu lieu dans le cadre d’une rotation classique. J’exige toujours d’avoir plusieurs candidats pour chaque poste.[CARRE] [SIG]

Propos recueillis par Gérard Davet, Arnaud Leparmentier et Piotr Smolar


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