dimanche 22 octobre 2017

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Moscou fait de sa contre-proposition sur le bouclier antimissile un test sur les intentions de Washington

Marie Jégo, le Monde

samedi 9 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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La proposition faite par le président russe, Vladimir Poutine, à son homologue américain, George Bush, de développer une défense antimissile conjointe à partir de la station radar de Gabala, en Azerbaïdjan, a été saluée à Moscou comme l’"événement de la décennie". Louant l’habileté diplomatique du chef de l’Etat russe, la plupart des commentateurs y voient un ultimatum adressé par leur pays aux Etats-Unis, une sorte de test de vérité qui révélera finalement les intentions réelles de Washington.

"Si, sous quelque prétexte que ce soit, les Américains déclinent l’offre russe, cela signifiera que leur but n’est pas de contrer une hypothétique menace en provenance de l’Iran ou de la Corée du Nord, mais de restreindre le potentiel nucléaire de la Russie", a expliqué, vendredi 8 juin, le président du comité des affaires étrangères de la Douma, Konstantin Kosatchiov.

"Si les déclarations américaines sont vraies et que le bouclier antimissile n’est pas dirigé contre la Russie, alors Washington doit soutenir la proposition de Vladimir Poutine", a renchéri le député Nikolaï Bezborodov, général-major et député. Moscou, qui cherche à mettre les Etats-Unis au pied du mur, n’hésitera pas à dénoncer les "noirs desseins américains" si son offre est rejetée.

En proposant le radar de Gabala, une installation gigantesque et quasiment obsolète, louée par la Russie à l’Azerbaïdjan pour exercer une surveillance sur 6 000 kilomètres vers le Moyen-Orient, la Chine, l’Asie du Sud-Est et l’Inde, Moscou espère dissuader Washington d’installer un radar en République tchèque et 10 intercepteurs en Pologne. Vladimir Poutine a affirmé que les Américains n’avaient pas besoin d’intercepteurs, mais que, s’ils voulaient vraiment en installer, ils n’avaient qu’à le faire en Turquie ou en Irak.

Toutes les craintes du Kremlin se focalisent sur l’Europe centrale. Moscou redoute que le futur bouclier antimissile ne mette en danger sa capacité de défense et, surtout, ne serve à des fins d’espionnage de son territoire, selon la paranoïa revenue en force ces dernières années parmi les représentants de l’élite politico-militaire au pouvoir.

Des experts russes sont toutefois sceptiques sur l’intérêt que peut offrir le radar de Gabala. Pavel Felgengauer souligne que cette installation n’est pas mobile et ne couvre pas tout le territoire iranien. En outre, le radar "ne peut être utilisé pour guider des intercepteurs de missiles, comme ceux qui seront en Pologne". L’idée russe est de couper court à l’intention exprimée plus tôt par les Américains d’installer, en plus du dispositif prévu en Europe centrale, un radar mobile dans le sud du Caucase.

Sur le coup, George Bush, prudent, avait jugé "intéressante" la proposition de Vladimir Poutine. Le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer a fait remarquer, vendredi, qu’il était "un peu tôt" pour évaluer ses retombées. "La localisation géographique est différente des choix qu’ont faits les Etats-Unis", a-t-il indiqué. Selon lui, le radar de Gabala est vulnérable, en raison notamment de sa grande proximité avec l’Iran.

Il est peu probable que les Etats-Unis renoncent à leur projet, comme le voudraient les Russes. Lors de sa visite en Pologne, vendredi, le président américain a insisté : "nous négocierons un accord juste qui renforcera la sécurité de la Pologne et la sécurité de tout le continent."


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