lundi 23 octobre 2017

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Des espions chinois au Canada

Laura-Julie Perreault, la Presse

samedi 9 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Des journalistes de la communauté chinoise payés par Pékin, des hommes d’affaires qui se transforment en informateurs, des scientifiques rapatriés temporairement pour partager ce qu’ils ont appris à l’étranger : la Chine détient un réseau tentaculaire d’espions au Canada, affirme un ex-diplomate.

Réfugié en Australie depuis qu’il a tourné le dos en 2005 au Parti communiste chinois, Chen Yonglin était de passage à Montréal hier. L’homme de 39 ans, qui dit avoir déserté la diplomatie parce qu’on lui demandait d’espionner les membres du Falun gong quand il était en poste à Sydney, se sent investi d’une mission : « Je veux que le monde connaisse mieux le parti communiste chinois, ce qu’il fait en Chine, mais aussi comment il intervient à l’étranger », affirme celui qui est aujourd’hui secrétaire de l’Association australienne des Chinois dissidents.

Selon M. Chen, il y aurait plus de 1000 espions chinois au Canada. « Ce ne sont pas tous des espions dans le sens occidental du terme. Ce sont plus des informateurs que des espions traditionnels », a expliqué l’ex-diplomate lors d’un entretien qui s’est déroulé au sous-sol du Holiday Inn du Quartier chinois.

Ses propos font écho au discours qu’a prononcé le mois dernier le grand patron du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Jim Judd. Ce dernier a affirmé que la police secrète canadienne consacre la moitié de ses ressources de contre-espionnage à déjouer les activités des espions chinois, qui, notamment, s’intéressent aux secrets militaires et industriels du Canada.

Chen Yonglin confirme les soupçons du patron du SCRS. « À cause de sa taille, de ses ressources et parce qu’il est la porte arrière des États-Unis, le Canada est stratégiquement la deuxième priorité de la Chine, sur un pied d’égalité avec l’Australie. Si la Chine ne peut pas mettre la main sur les technologies américaines parce qu’elles sont très protégées, elle peut le faire en mettant sur pied des compagnies au Canada », soutient-il.

Haro sur le Falun Gong

Cependant, estime M. Chen, le réseau d’informateurs du régime de Pékin s’intéresse encore davantage aux membres de la diaspora chinoise, plus particulièrement aux adeptes du Falun Gong, un groupe religieux qui a fait son apparition dans les années 90 et qui est en guerre ouverte avec le régime communiste chinois. « C’est vraiment l’ennemi nº 1 du Parti communiste », laisse tomber l’ancien diplomate.

Le régime demande à ses informateurs de fournir le plus de renseignements possible sur les activités du Falun Gong et sur ses membres. Dans ses dossiers, Chen Yonglin a toujours des photos d’activités du Falun Gong prises par ses ex-collègues de l’ambassade. Les personnes ainsi identifiées sont fichées dans une base de données. « S’ils veulent aller en Chine, soit on leur refuse un visa, soit on les laisse venir afin de les interroger dès qu’ils mettent le pied à l’aéroport », témoigne Chen Yonglin. En échange de leurs services, les collaborateurs reçoivent parfois une rémunération, parfois un traitement préférentiel dans le cadre d’échanges commerciaux, ajoute-t-il.

Celui qui s’est caché pendant un an avec sa femme et sa fille après avoir fait défection parcourt aujourd’hui le monde pour témoigner de son expérience dans la diplomatie chinoise de 1991 à 2005. Il a récemment paru devant la Chambre des représentants des États-Unis et devant le Parlement européen.

Au Canada, il était l’invité du China Research Association de Toronto. Des membres du Falun Gong ont aussi collaboré à l’organisation de sa visite.

Hier, l’ambassade de Chine n’a pas répondu aux appels de La Presse. Mais, dans le passé, les autorités chinoises ont nié toutes les allégations d’espionnage.


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