dimanche 22 octobre 2017

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Confessions du beau gosse du renseignement

Michèle Ouimet, la Presse

dimanche 10 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Depuis le début, je l’appelle le beau gosse. Il travaille pour les services de renseignement libanais. Décontracté, habillé en civil, mains dans les poches, cheveux courts, moustache. L’air du type au-dessus de ses affaires.

Pourtant, c’est lui qui renseigne l’armée, qui a les photos d’une cinquantaine de combattants du Fatah al-Islam et qui s’organise pour qu’aucun ne lui file entre les doigts.

Et il cause. Au Canada, un agent secret n’oserait même pas donner l’heure à un journaliste. Alors, imaginez l’aubaine. Je lui ai donné rendez-vous dans un café, à 500 mètres des combats.

Selon lui, le nombre de terroristes du Fatah al-Islam a fondu, passant de 350 à une cinquantaine. Il y a eu des scissions. Une trentaine de Palestiniens, dirigés par Nasser Ismail, ont déposé les armes.

Mais il reste un noyau dur prêt à mourir. Ce sont des pros. Ils ont reçu leur entraînement en Russie et ils se sont battus en Afghanistan et en Irak. Ils sont Jordaniens, Syriens, Irakiens, Afghans, Algériens, Tunisiens. Il y a peu de Libanais. Ils savent tout faire : fabriquer des explosifs, manipuler des armes, tirer au canon.

Ils avaient ourdi un 11 septembre à la sauce libanaise. Ils voulaient bourrer un hôtel d’explosifs où de nombreux politiciens devaient se rencontrer, faire sauter des ponts, deux tunnels et une route qui aurait coupé le pays en deux.

Ils souhaitaient créer une république islamique, sur le modèle taliban, avec Tripoli comme capitale.

Le Fatah al-Islam a tout nié. En bloc. Un des terroristes, enfermé dans Nahr al-Bared, a parlé à ma traductrice, Ingrid. Les combattants ont des cellulaires. Pendant l’entrevue, Ingrid entendait nettement le tir des mitraillettes.

« Il n’y a pas de scission », proteste Abou Salim Taha. Il nie le complot du 11 septembre. « C’est l’armée qui complote en nous provoquant », rectifie-t-il.

Ils sont très loin des civils et ils ne tirent pas sur eux, tient-il à préciser.

Au Liban, il n’y a pas que les agents secrets qui causent. Les terroristes aussi. Drôle de guerre. Et drôle de pays.


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