dimanche 17 décembre 2017

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La police à l’heure des cyberindics

Christophe Cornevin, le Figaro

vendredi 15 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Via la Toile, chacun peut dénoncer crimes et délits. Les 70 policiers enquêteurs auront pour mission de démêler la vraie dénonciation de la fausse.

VINGT-HUIT millions d’internautes, vingt-huit millions de cyberindics potentiels... Nouvelle étape dans la traque des criminels : policiers et gendarmes ont décidé de développer un portail virtuel inédit pour recueillir les dénonciations des particuliers confrontés, en pianotant sur leurs ordinateurs, aux adeptes du hacking, aux pirates bancaires, aux trafiquants d’armes ou de drogues ou, coeur de cible, aux pédo-pornographes du Web... « Jusqu’alors, des internautes signalaient parfois au même moment et à différents endroits du territoire des faits similaires à un commissariat ou une brigade de gendarmerie, remarque le commissaire divisionnaire Christian Aghroum, patron de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). Les enquêtes étaient donc doublonnées à la source... »

Pour démasquer les « cybercriminels », en dévoilant leurs techniques, l’OCLCTIC rode un guichet de dénonciations électroniques (internet-mineurs.gouv.fr). Entre septembre et mars dernier, sans qu’aucune publicité n’ait été effectuée, ce portail a recueilli près de... 4 000 « signalements ».

Une démarche civique

« Ils peuvent être anonymes », rassure d’emblée le commissaire Aghroum. Un tiers des informations se sont révélées inexploitables. Mais 2 100 signalements dénoncent la diffusion d’images ou des vidéos pédo-pornographiques, 208 des provocations à la haine raciale, 82 des injures xénophobes. Le reste dévoile de façon encore trop parcellaire des trafics d’armes, d’animaux, des provocations au suicide ou encore de douteux jeux de hasard... Autant de thèmes sous-estimés qui, ajoutés à d’éventuels propos terroristes diffusés dans des « chats » ou encore des recettes de bombes sur Internet, seront désormais traités par un « super-guichet unique ».

Baptisé « plateforme de signalements de contenus illicites sur Internet », il devrait tourner à plein régime dès décembre. Installés sur une plate-forme située au siège de la direction centrale de la police judiciaire à Nanterre, les « cyberenquêteurs » - qui vont passer de 45 à 70 - ont été spécialement formés pour vérifier la réalité des signalements et les qualifier juridiquement afin d’éviter tout vice de procédure. Par ailleurs, des policiers et gendarmes « N’tech » peuvent voir en quelques clics si le signalement n’a pas déjà été effectué dans le passé ou n’a pas été traité par un commissariat ou une brigade de province. Ensuite, ils poussent leurs investigations sur les sites pour retrouver les adresses électroniques et localiser le suspect.

Ce dernier, retranché derrière son écran, se croit souvent intouchable. À tort : 124 enquêtes émanant des premières dénonciations électroniques sont actuellement menées à travers la France. Pas moins de 109 autres « tuyaux » ont, en outre, fait l’objet de télégrammes transmis à Interpol. Agissant sur la base d’une information internaute dénonçant un portail raciste anti-Blancs, les policiers ont localisé - via son adresse IP et ses logs de connexion -, puis interpellé un jeune internaute en région parisienne. L’examen technique de son site a permis de découvrir qu’il vendait en ligne de la résine de cannabis, des pistolets Beretta ainsi que des armes automatiques...

« Grâce à ce portail, nous aurons une vision précise des nouvelles tendances criminelles, note-t-on à la DCPJ. Chez les internautes, on discute beaucoup, on signale les bons comme les mauvais coups. Ceux qui nous informent le font pour éviter que trop de cochonneries traînent sur la Toile et pervertissent leurs enfants ou leurs voisins... » Loin d’être un ultime avatar du Big Brother orwellien, ce portail du crime en ligne entend donc répondre à une démarche avant tout civique.

Installés au siège de la police judiciaire, les enquêteurs du nouveau portail étudieront les dénonciations des particuliers confrontés, entre autres, aux pirates bancaires ou aux pédo-pornographes du Web. - Bouchon/Le Figaro


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