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Des officiers russes condamnés pour des exactions en Tchétchénie

Marie Jégo, le Monde

samedi 16 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Le tribunal militaire de Rostov (sud) a condamné, jeudi 14 juin, quatre officiers du renseignement militaire (GROu) à des peines de 14 à 9 ans de prison pour les meurtres de six civils tchétchènes en 2002. Pour la première fois, des militaires membres d’une unité d’élite sont condamnés pour leurs exactions sur des civils.

Par deux fois entre 2002 et 2007, les quatre officiers avaient été acquittés par des jurés. Les jugements avaient ensuite été cassés par la Cour suprême. Cette fois, le verdict a été prononcé, sans juré, par un juge et ses deux assesseurs. Le banc des accusés était presque vide. Seul le major Alexeï Perelevski s’était présenté à l’audience. Les trois autres accusés - le capitaine Edouard Oulman, l’enseigne Vladimir Voïevodine et le lieutenant Alexandre Kalaganski - sont introuvables.

Le 11 janvier 2002, les quatre hommes sont en mission autour du village de Daï, entre la Tchétchénie et le Daghestan, à la recherche de terroristes. Ils arrêtent une Jeep et ses six occupants : Saïd Magomed Aslakhanov, 69 ans, directeur d’école ; Zaïnap Djavatkhanova, 40 ans, mère de famille enceinte de huit mois ; Magomed, son neveu ; le bûcheron Chakhban Bakhaïev ; Abdoul Wahhab Satabaïev, professeur d’histoire et le conducteur du véhicule, Khamzat Toubourov.

Avant même de vérifier leurs papiers, les militaires mitraillent le véhicule. Le conducteur est tué sur le coup, deux occupants sont blessés. Les survivants, dont Zaïnap enceinte, sont torturés puis tués. Ne sachant que faire des corps, les militaires demandent conseil à leur supérieur hiérarchique, le colonel Plotnikov.

Selon les témoins cités au tribunal, ce dernier leur dit de les faire disparaître. Les cadavres sont empilés dans la Jeep, les militaires y mettent le feu et s’en vont. Ils ont oublié le corps du jeune Magomed, abattu près de la rivière alors qu’il tentait de s’enfuir. Ils laissent également derrière eux un pied dans une chaussure, celui de Zaïnap, la mère de famille enceinte, dont le reste du corps a été brûlé. Le mari de Zaïnap et ses enfants reconnaissent de suite sa botte. Les quatre autres corps calcinés sont identifiés après des mois d’analyse au laboratoire de Vladikavkaz en Ossétie du Nord. Sur les actes de décès reçus par les familles, il est écrit : "Cause de la mort : non établie".

L’aboutissement de la procédure judiciaire prendra cinq ans. Des parlementaires sont montés au créneau pour défendre le capitaine Oulman. Le nationaliste Dimitri Rogozine a expliqué sur les ondes de la radio Echo de Moscou que le verdict était "politique", inspiré par le souci de plaire au pouvoir tchétchène pro-russe en place à Grozny. Quant au colonel Plotnikov, qui a donné l’ordre de faire disparaître les corps, il n’a jamais été inquiété.


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