lundi 16 octobre 2017

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Livre : Dans le secret des services : La France malade de ses espions ?

Spyworld-Actu.com

dimanche 17 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Après les attentats du 11 septembre 2001, tous les regards se sont tournés vers les services de renseignement : sont-il vraiment efficaces ? Philippe Madelin se pose ici une autre question : la France malade de ses espions ? La rivalité entre services, les officines privées ou encore l’utilisation des services à des fins politiques sont-elles des éléments qui pourraient conduire à une inefficacité réelle de nos services (notons qu’il n’y a pas eu d’attentat majeur en France depuis 1996) ?

L’auteur remonte en 1871 avec la création d’un « bureau de reconnaissance et de statistique militaire ». Le budget et les effectifs alloués à ce service sont ridicules comparés à ce que l’Allemagne possède à la même époque. Un entrée bien discrète dans le renseignement. On assiste ensuite aux évènements qui ont conduit à la mise en place des structures de renseignement telles qu’on les connaît aujourd’hui (DST, RG, DGSE, DRM). De création en dissolution en passant par les rivalités entre le ministère de l’Intérieur et celui de la Défense en matière d’espionnage et de contre-espionnage (chacun voulant récupérer sous sa coupe les attributions de l’autre), cette mise en place semble après coup bien « chaotique ».

Philippe Madelin nous présente aussi les rivalités entre la DST et le DGSE. Ces rivalités ont parfois même été exacerbées par les politiques dans l’espoir que la concurrence entre services permettrait l’obtention de meilleurs résultats. En vain. Les « hommes de l’ombre » passaient plus de temps à se faire la guerre qu’à s’impliquer dans leurs activités.
Un échec pour le SDECE (l’ancêtre de la DGSE) au profit de la DST fut l’affaire Farewell. On a là un exemple d’un service de contre-espionnage (qui agit donc sur le territoire) qui va oeuvrer à l’international, terrain réservé au SDECE.

La méfiance, voire l’aversion des différents présidents de la République envers le monde du renseignement a aussi un rôle à jouer. Ne se rendant pas compte de la nécessité du renseignement, ou se méfiant des services, le développement d’un outil efficace a été ralenti, voire stoppé. On éclate les structures et on réveille de vieilles rivalités. Peu nombreux sont les hauts responsables politiques qui ont su prendre conscience de l’importance du renseignement. Le « domaine réservé » du président en la matière évite toute possibilité de changement.

L’explosion des SRP, sociétés de renseignement privées, a de quoi inquiéter les services officiels. On assiste à une véritable privatisation du renseignement et du marché de la sécurité. L’intelligence économique est aussi un nouveau marché. Philippe Madelin constate un « transfert quasi continu d’agents oeuvrant dans le public vers le secteur privé, notamment lors des départs en retraite ». On peut voir là deux problèmes : l’usage des « anciennes relations » qui sont d’une grande valeur, et le pillage des services officiels.

Fort d’un grand nombre d’entretiens, l’auteur peut nous éclairer sur toutes les facettes (et facéties) de nos services français. Sans tomber dans le tout-négationnisme, il nous explique avec une honnêteté intellectuelle (sachant reconnaître « le bon » lorsqu’il est là, en se posant des questions pour remettre en cause les thèses présentées) les maux dont sont victimes (ou acteurs) les services.
Autant dire un bon livre que nous avons apprécié.


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1 Message

  • Dans l’affaire Farewell, le colonel Vetrov avait demandé explicitement à ne pas être en contact avec les services extérieurs français.
    Historiquement, l’intégration des FTP dans la "Régulière" à la Libération avait fait que le SDECE avait des relations personnelles et privées avec les SR soviétiques.
    Vetrov connaissait bien cette culture et les "failles" du système extérieur français, failles qui s’étaient perpétuées dans le temps par assimilation des amis.
    La DST avait "doublé" les militaires, sur simple décision de Vetrov, la DST n’y était pour rien.