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L’ex-chef des renseignements japonais faisait des affaires avec une association nord-coréenne

Philippe Mesmer, Le Monde

mardi 19 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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La Chongryon, l’Association des résidents coréens du Japon, proche de Pyongyang, a été condamnée à s’acquitter de 62,7 milliards de yens (379,5 millions d’euros) pour le recouvrement des mauvaises créances accumulées par seize organismes de crédit qui lui sont liés. Le jugement a été rendu, lundi 18 juin, par le tribunal régional de Tokyo. L’organisation coréenne était poursuivie par la Société de résolution et de recouvrement (SRR), entreprise publique chargée de régler le problème des créances douteuses.

La Chongryon ne semble pas en mesure de pouvoir payer la somme réclamée. Elle souffre de grandes difficultés financières en raison notamment de la baisse du nombre de ses cotisants et de la fin d’une exemption d’impôts accordée jusqu’en 2006 par le gouvernement.

Le jugement ouvre la voie à la saisie de son siège, installé à Tokyo. Elle offre également un dénouement malheureux à la tentative de rachat de ce site (2 390 m2 de terrain et un bâtiment de 10 étages, le tout pour 3,5 milliards de yens) lancée par l’ancien patron des services secrets japonais Shigetake Ogata, en collaboration avec l’avocat de la Chongryon, Koken Tsuchiya.

Cette affaire a suscité l’embarras du gouvernement. Le 14 juin, la police a mené une perquisition au domicile de M. Ogata, qui fut, de 1993 à 1997, directeur général de l’Agence de renseignement et de sécurité publique, un organisme chargé de surveiller les activités "subversives" dans l’Archipel.

Les enquêteurs soupçonnent M. Ogata d’avoir, avec M. Tsuchiya, falsifié certains documents pour que le changement de propriétaire soit effectif avant le règlement de la somme due. L’opération était gérée par la société de conseil en investissements Harvest, dirigée par Shigetake Ogata. Cette entreprise devait trouver les financements afin d’acquérir le siège de la Chongryon. Dans une conférence de presse tenue après la perquisition, M. Ogata a précisé qu’il menait cette opération "par amitié", pour éviter la saisie du site.

Il semble qu’un tel arrangement a contrarié le gouvernement, qui a adopté une position très ferme vis-à-vis de Pyongyang, en raison du problème des Japonais enlevés dans les années 1970, des tirs de missiles et des activités nucléaires nord-coréennes. Cette politique n’épargne pas la Chongryon, qui fait office d’ambassade nord-coréenne au Japon.

SHINZO ABE EN DIFFICULTÉ

Dans un éditorial du 15 juin, le quotidien Asahi fait remarquer que l’enquête visant M. Ogata représente "un développement étonnamment rapide, comme si elle avait été diligentée par le premier ministre Shinzo Abe". La cote de popularité du chef du gouvernement est au plus bas, en raison de scandales à répétition qui fragilisent son administration depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2006. Le suicide, fin mai, du ministre de l’agriculture Toshikatsu Matsuoka en est l’un des derniers exemples.

A l’approche de l’important scrutin sénatorial de juillet, M. Abe tente de restaurer son image. Il a, le 13 juin, vivement critiqué l’ancien chef des services de renseignement pour son implication dans l’affaire avec la Chongryon, "organisation soumise à la surveillance des services secrets". Shigetake Ogata, lui, nie toute motivation politique.


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