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Le radar "Graves" scrute l’espace et détecte les satellites espions américains

Laurent Zecchini, le Monde

mercredi 20 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Les explications officielles du ministère de la défense paraissent conçues pour aiguiser la curiosité : "Depuis sa mise en service, "Graves" a répertorié et suivi plus de 2 200 objets. Parmi eux se trouvent plusieurs dizaines de satellites, jugés sensibles, qui passent au-dessus de la France, pour lesquels aucune information n’existe." Graves, pour "Grand réseau adapté à la veille spatiale", ce système radar peu connu qui est présenté au Salon du Bourget, constitue une première étape vers une défense spatiale de la France.

Placé sous le contrôle du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), il fonctionne 24 heures sur 24, scrutant le ciel, détectant les "objets" situés en orbite basse, à une altitude comprise entre 400 et 1 000 kilomètres. C’est un système relativement peu onéreux (il a coûté 30 millions d’euros), qui associe un site d’émission situé près du village de Broye-lès-Pesmes (Haute-Saône), un site de réception composé d’antennes omnidirectionnelles, dressées sur le plateau d’Albion, et une batterie de calculateurs surpuissants.

En se basant sur des projections théoriques, les spécialistes avaient estimé que Graves, qui a été livré à l’armée de l’air en décembre 2005, serait capable de détecter au moins 1 035 "objets". Ils étaient d’autant plus fondés à le croire, que ce chiffre correspondait peu ou prou à celui de la base de données "ouvertes" du commandement spatial de l’armée de l’air américaine, qui est diffusée sur Internet.

UN NOUVEL ÉQUILIBRE STRATÉGIQUE

"Or on a vu deux fois plus d’objets que prévu, explique le colonel Yves Blin, de la division espace de l’état-major des armées (EMA), c’est-à-dire des objets plus petits", d’une taille au moins égale à celle d’un microsatellite (surface d’environ 1 m2). Et puis, surprise : parmi eux, figuraient de 20 à 30 "anomalies orbitales", parmi lesquelles - la conclusion s’imposait d’elle même -, bon nombre de satellites espions, surtout américains.

"Cela nous a conduits à prendre contact avec nos amis américains, explique le général Patrick de Rousiers, commandant de la défense aérienne, et à faire part de notre étonnement." Les choses se sont réglées à l’amiable.

La France a admis que les Etats-Unis disposent de satellites "stratégiques" dont ils préfèrent taire l’existence, mais elle a demandé une réciprocité : que les renseignements collectés par ses satellites militaires (Hélios-2 pour l’observation, Syracuse-2 pour les télécommunications, le démonstrateur Essaim pour le recueil du renseignement d’origine électromagnétique), ne soient plus disponibles sur les sources "ouvertes" américaines, pratique jugée inamicale.

Mais Paris n’a pas voulu polémiquer. "Nous sommes dans tous les cas très dépendants des renseignements des Etats-Unis, parce qu’ils disposent de bien plus de capteurs que nous, explique le général de Rousiers, et voient des objets plus petits."

La mise en service de Graves a cependant changé l’équilibre de la relation stratégique avec Washington. Une preuve en a été fournie au moment du tir antisatellite chinois, le 11 janvier 2007. Sans attendre les informations américaines, Graves a permis aux autorités françaises d’obtenir une confirmation indépendante de cet essai.

"Nous avons désormais des éléments nous permettant de discuter de façon plus harmonieuse avec les Américains, parce que Graves renforce notre statut de partenaire stratégique", résume le colonel Blin. Les informations de ce radar unique en Europe sont notamment fournies au Centre national des études spatiales (CNES), qui peut ainsi mieux calculer les "fenêtres de tir" des fusées. Mais la fonction première de Graves est de surveiller les véhicules spatiaux évoluant à proximité de la Terre, soit 9 000 objets d’une taille supérieure à 10 centimètres, dont près de 800 satellites actifs.

Il permet aussi d’actualiser les trajectoires des satellites GPS, demain ceux de Galileo, et il aidera le CDAOA à assumer une fonction d’"alerte aux populations", en permettant de détecter d’éventuelles retombées de débris spatiaux.

En 2008, il sera complété par un démonstrateur d’alerte avancée, qui devrait permettre de préciser l’origine et la mission d’un satellite.


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