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"GoldenEye" voulait les plans de l’hélicoptère franco-allemand

Maurin Picard, le Figaro

vendredi 22 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Comme aux temps de la guerre froide, un espion russe interpellé en Autriche a été libéré hier grâce à son immunité diplomatique.

OFFICIELLEMENT, Vladimir Vojjow se rendait en Autriche pour participer à la 50e conférence des Nations unies sur l’utilisation pacifique de l’espace, qui se tenait du 6 au 14 juin à Vienne. Rien de bien étonnant, s’agissant du directeur adjoint des relations internationales de l’Agence spatiale russe, Roskosmos.

Pendant toute la durée de la conférence, cependant, personne n’a aperçu Vojjow. Celui-ci s’est fait arrêter le 11 juin en gare de Salzbourg, en possession de plusieurs dizaines de milliers d’euros en liquide, et a aussitôt été mis en examen pour « activités d’espionnage ». Quelques heures plus tôt, un sous-officier de l’armée de l’air autrichienne, identifié comme un certain Harald S., était interpellé dans le Land de Haute-Autriche et incarcéré pour le même motif d’accusation.

Quel lien existait-il entre Harald S. et Vladimir Vojjow ? Le premier, obscur technicien au sol de 51 ans rattaché au 3e régiment d’hélicoptères de Linz-Hörsching, aurait vendu au second des secrets industriels concernant l’hélicoptère de combat franco-allemand Tigre. Le vice-lieutenant compte en effet parmi ses amis un ingénieur aéronautique, employé à Munich au sein de la firme Eurocopter - qui produit le Tigre. Depuis des mois, des années sans doute, le naïf ingénieur satisfaisait sans ciller la curiosité sans fin de son collègue autrichien, sur la foi de sa passion pour la mécanique. Échantillons d’huile ou de liquide de refroidissement pour commencer, puis sans doute plans détaillés de l’hélicoptère, si l’on en juge les sommes importantes déposées sur le compte du militaire.

Le petit manège va finir par être repéré par les services de renseignements allemands, qui alertent leurs homologues autrichiens. Le sous-officier de Hörsching est placé sous surveillance. Son train de vie intrigue rapidement les enquêteurs : Harald S. possède deux bolides de type Lamborghini Diablo, payés rubis sur l’ongle, 200 000 euros chacun. Difficile d’expliquer de telles acquisitions avec une modeste solde de sous-officier. D’autant que le vice-lieutenant semble fréquenter régulièrement Vladimir Vojjow, rencontré lors d’un meeting aérien en 1995, l’année de la sortie de GoldenEye, le film de James Bond dans lequel un prototype du Tigre est dérobé par des terroristes. L’amitié improbable entre le sous-officier autrichien et le dignitaire russe, en poste à Vienne en qualité d’attaché commercial de 1994 à 1999, va progressivement se muer en une fructueuse collaboration.

Expulsé immédiatement vers la Russie

Suspecté de haute trahison, Harald S. risque jusqu’à deux ans de prison. Son complice russe a eu plus de chance. Malgré le mandat européen émis à son encontre et la demande d’extradition formulée par l’Allemagne, Vladimir Vojjow, rebaptisé « GoldenEye » par la presse autrichienne, a été libéré hier et expulsé immédiatement vers la Russie. Assailli de protestations indignées émanant de Moscou, Vienne a confirmé qu’il bénéficiait d’une immunité diplomatique temporaire, le temps d’une conférence à laquelle il n’a jamais participé. « Les actions des autorités autrichiennes sont contraires à une convention de 1946 sur les privilèges et les immunités de l’ONU, selon laquelle les responsables qui font partie des délégations de leurs pays participant à des réunions de l’ONU bénéficient d’une immunité qui les protège des arrestations et interpellations », a rappelé le ministère russe des Affaires étrangères à l’ambassadeur autrichien à Moscou, Martin Vukovich, convoqué en urgence.


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