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L’Autriche libère l’espion russe qui s’intéressait au "Tigre" d’Eurocopter

Laurence Monnot, le Monde

samedi 23 juin 2007, sélectionné par Spyworld

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Ni les services de renseignement allemands ni la justice autrichienne ne pourront l’interroger : le Russe Vladimir Voschschov, arrêté pour espionnage le 11 juin à Salzbourg, a été libéré. Il s’intéressait au "Tigre", l’hélicoptère de combat du producteur franco-allemand Eurocopter.

Le ministère des affaires étrangères autrichien a finalement plié sous les pressions diplomatiques russes. Enregistré comme membre de la délégation de Russie à la Conférence des Nations unies sur l’utilisation pacifique de l’espace, qui se tenait à Vienne du 6 au 15 juin, le fonctionnaire de l’agence spatiale Roskosmos bénéficie de l’immunité diplomatique. Ainsi en a statué le service juridique de l’ONU. Qu’il se soit trouvé à Salzbourg, à 300 km du lieu de la conférence, n’y change rien. Pas plus que la demande d’extradition lancée par l’Allemagne, dont les services de renseignement pistaient depuis longtemps Vladimir Voschschov, qu’ils soupçonnent d’appartenir aux services secrets militaires russes.

Au lendemain de l’arrestation, l’ambassadeur autrichien avait été convoqué au ministère des affaires étrangères russe et sermonné pour cet acte inamical. L’Autriche n’a pas souhaité mettre à mal plus longtemps ses relations bilatérales avec la Russie. Après dix jours de détention provisoire et au grand dépit du parquet de Vienne, Vladimir Voschschov a rejoint son ambassade en attendant d’être rapatrié au plus vite à Moscou.

L’indicateur autrichien, un sous-lieutenant de l’armée de l’air travaillant comme technicien d’aviation en Haute-Autriche, reste quant à lui incarcéré.

D’après le quotidien autrichien Kurier, les deux hommes se seraient rencontrés pour la première fois en 1995, lors d’un meeting aérien. Le développement de leur coopération suit le scénario du plus classique des films d’espionnage. Le Russe, alors en poste à Vienne, gagne la confiance et la reconnaissance du sous-officier autrichien impécunieux mais prodigue - il pratique la course automobile en amateur - en lui achetant des moteurs. Il lui demande ensuite de petits services, comme de le pourvoir en huile et liquide de refroidissement de moteur du "Tigre", l’hélicoptère de combat du groupe franco-allemand Eurocopter. Ce que le sous-lieutenant lui procure grâce à des collègues allemands probablement naïfs. Puis l’agent russe semble avoir exigé les plans du "Tigre", qu’il était disposé à rétribuer généreusement.

L’ampleur des informations livrées n’est pas connue. La coopération se serait poursuivie pendant plusieurs années, prenant fin avec l’arrestation des deux complices le 11 juin. Le fonctionnaire russe se trouvait en possession d’une enveloppe de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

L’Autriche tiendrait-elle toujours ce rôle de plaque tournante de l’espionnage international, comme au temps du Troisième homme (1949), le film écrit par Graham Greene ? Les rapports annuels sur la sécurité publiés par le ministère de l’intérieur autrichien mettent l’accent sur l’importance de Vienne, siège d’organisations internationales, espace de rencontre entre l’Est et l’Ouest, dans le redéploiement des activités d’espionnage russes. Obtenir une accréditation y serait aussi plus facile qu’ailleurs.


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