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Jeftel, une messagerie « confidentielle » aux secrets bien gardés

Philippe Astor, ZDNet France

mardi 5 octobre 2004, sélectionné par Spyworld

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Impossible de savoir sur quelle technologie repose ce service de messagerie électronique. Ce qui n’empêche pas ses créateurs anglais de garantir à leurs abonnés en mal de confidentialité, l’inviolabilité de leur correspondance.

Plusieurs milliers d’internautes russes, chinois, vietnamiens, kazakhs ou encore saoudiens se seraient empressés de s’incrire à un nouveau service de messagerie électronique payant, lancé la semaine dernière en Angleterre. Jeftel, littéralement "sans fuites" (leak proof e-mail), prétend garantir une « sécurité maximum » à ses utilisateurs. C’est en tout cas ce qu’affirme la société du même nom (de Leeds, Yorkshire) qui a créé ce système de correspondance.

Il permet d’échanger des messages électroniques directement de particulier à particulier, sans les faire transiter par les traditionnels serveurs de messagerie et autres routeurs. Il offre également des fonctions de chiffrement susceptibles de mettre en échec toute tentative d’interception. « Toutes les vulnérabilités des systèmes de messagerie SMTP se situent aux points de stockage. Nous envoyons directement des messages d’une machine à l’autre, afin d’esquiver ce problème », indique le directeur du développement de Jeftel.com, Robert Barr. « Nous avons suscité un grand intérêt au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France, en Espagne et en Nouvelle-Zélande, mais ce sont les Etats [policiers] qui nous ont surpris », explique-t-il.

Néanmoins, Jeftel s’adresse au moins autant, sinon plus, à des milieux d’affaires en mal de confidentialité qu’aux dissidents de pays non démocratiques. Pour en bénéficier, il faut que les deux correspondants soient abonnés - 25 livres par an (environ 36 euros, soit 3 euros par mois). L’ouverture d’un compte donne le droit de télécharger le logiciel maison (1 Mo) et une adresse électronique - tout un symbole - doté d’une extension ".safe" ("sûr").

La société préfère pour l’instant parler davantage de son système de parrainage (5 livres offertes pour chaque client "rabattu") que de fournir des précisions techniques sur son logiciel maison et, surtout, sur le mode de chiffrement et de certification proposé. Tous les pros de la sécurité informatique savent pourtant que l’argument numéro un d’un produit réputé infaillible est la confiance qu’il inspire - en permettant à l’utilisateur de jeter un oeil aux spécifications, au code source du logiciel utilisé, ou de vérifier le nom du ou des algorithmes qui entrent dans sa recette de confidentialité. Or ces précisions fort pertinentes manquent cruellement à l’appel sur le site de la société (et notamment dans sa section "Technologie").

Pas de spam, pas de virus, pas de viol de la vie privée

« Pour l’instant, les seules personnes à qui vous pouvez envoyer des messages [via ce système] sont les employés de Jeftel », explique un spécialiste anti-spam, pour le moins dubitatif, au quotidien en ligne The Register. Vous n’aurez pas de spam, mais vous ne pourrez pas envoyer d’e-mail à qui que ce soit d’autre.

Initialement, le service s’adresse à des firmes financières ou des cabinets d’avocats désireux de communiquer de manière confidentielle avec leurs clients. Mais selon Robert Barr, il permet également à n’importe qui de créer de petites communautés qui se mettront ainsi à l’abri de toutes les vicissitudes de la messagerie électronique : spam, virus, viol de la vie privée, etc. En effet, avant qu’un message ne soit acheminé, les deux parties doivent être authentifiées. « La plupart des gens ne communique, sur une base régulière, qu’avec 25 à 30 personnes », argumente Robert Barr, contre ceux qui mettent en doute les chances de succès de Jeftel. « Si vous souhaitez simplement communiquer avec ces gens-là, vous ne vous souciez pas du reste du monde. »

Selon Silicon.com, la compagnie Jeftel, qui espère recruter 10 millions d’utilisateurs d’ici 2007, aurait été financée par un millionnaire britannique basé lui aussi dans le Yorkshire, Jeffrey Morris. On le retrouve derrière plusieurs sociétés enregistrées à la même adresse, dont Worldwidetender.com, une sorte de place de marché permettant de s’échanger des lots de marchandises via l’internet, anonymement et par voie d’enchères.

Quant à Robert Barr, selon le Yorkshire Post, il serait connu dans la région pour avoir conduit une opération de rachat, par ses dirigeants, de la compagnie locale de transport touristique Wallace Arnold, en 1997. Il se serait lancé dans les affaires sur internet il y a seulement dix mois, en créant la société Jeftel qui compte 21 employés.

Avec Will Sturgeon et Ron Coates à Londres pour Silicon.com


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