mercredi 13 décembre 2017

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Fuites et tensions pour le renseignement

Roland Planchar, Lalibre.be

lundi 6 juin 2005, sélectionné par Spyworld

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Des repositionnements politico-stratégiques font grincer des dents. Des morceaux choisis d’un rapport du Comité R font des dégâts.

Torpilles politiques ? Repositionnements stratégiques ? Il y a en tout cas du mouvement, autour du renseignement belge. On s’en est rendu compte voici quelques jours, à la faveur de « fuites » qui ont permis à la presse néerlandophone de faire état d’informations émanant du rapport annuel 2004 du Comité R, lequel contrôle les services de renseignement pour le compte du Parlement. Des fuites non dénuées d’intérêt, s’agissant par exemple de l’affaire Sayadi et de la candidature de Jean-Claude Leys à la Sûreté (lire ci-dessous), mais dont les effets corollaires ont plus d’impact que le contenu.

Côté politique, d’abord, les éléments exposés paraissent viser surtout des responsables socialistes francophones, du président du Comité R (réputé de cette tendance) aux cabinets Onkelinx (Justice) ou Flahaut (Défense), où on l’a en tout cas perçu ainsi, quelques jours après le capotage du dossier BHV. Hasard ? Toutes les copies ayant « fui » étaient en flamand (le rapport est publié dans les deux langues).

Tension accentuée

Côté renseignement, ensuite, on s’est plaint d’une « sélection » opérée comme pour semer la zizanie. Ainsi, dans l’affaire Sayadi, il a été fait mention de ce qu’un manque de contacts entre la Sûreté de l’Etat et son homologue militaire a contribué à l’échec d’une filature effectuée par le second, le SGRS. Commentaire, à la Sûreté :

« Ce sont eux qui se font repérer, ce qui peut arriver à tout le monde, mais c’est nous qu’on engueule... » A la Sûreté, d’ailleurs, certains pensent que leur institution est désormais dans le collimateur du Comité R : « Jusqu’en 2002, il faisait un travail vraiment objectif et constructif. Depuis... » Pour l’affaire Leys : « On parle d’une collusion avec un journaliste. Mais la personne la plus visée chez nous n’avait rien contre Leys ».

Si c’est le silence, du côté de ce Comité (qui lui-même se croit injustement attaqué), on sait cependant que la logique qu’il expose auprès des politiques est tout autre. Puisque son rôle est de contrôler et d’améliorer, il fait chaque année des recommandations. Or c’est l’application - récente - de celles-ci qui titillerait désormais certains, non une inexistante volonté de nuire. « Mais nous avons changé tout ce qu’on nous demandait, y compris de travailler avec le SGRS », dit-on à la Sûreté en faisant état d’un protocole de collaboration créé par Onkelinx et Flahaut en 2004, sur base des constats du Comité R, après l’affaire Sayadi, « et ça marche bien, on le reconnaît ». « Mais changer, cela fait un an qu’on ne fait que ça. Alors pourquoi nous chercher des poux maintenant ? »

A l’origine des fuites

Retour vers le Comité R, qui ne dit pas autre chose dans son rapport... dont une partie a curieusement été omise dans les « fuites », celle présentant précisément les réformes entreprises dans un contexte constructif.

Autre chose encore est que si le Comité R, émanation du Parlement, s’inscrit parfaitement dans ce cadre parlementaire lorsqu’il contrôle et recommande, il se déplace nécessairement vers le pôle exécutif lorsqu’il est consulté par la Justice ou la Défense pour concrétiser les mêmes recommandations. Or, certains mettent le Parlement - auquel il déplairait de « perdre son jouet », dit-on côté exécutif - à l’origine des fuites. Mais d’autres les situent bien sûr ailleurs.

Tout est possible. Rien n’est certain. Sauf que de nouvelles alliances objectives se font jour au sein des pouvoirs et des institutions. Qu’on n’avait jamais perçu une aussi grande détermination politique, côté gouvernement, en faveur du changement, depuis 15 ans. Et que cela bouge : une réunion a eu lieu mercredi au Parlement à ce sujet, d’autres ont lieu ce lundi et le suivant. Du mouvement... sans compter les remous que peuvent encore produire d’autres modifications sur lesquelles nous reviendrons.


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