vendredi 20 octobre 2017

Accueil du site > Défense > France > Morin : "La Défense devra établir des priorités"

Morin : "La Défense devra établir des priorités"

Propos recueillis par Alexis Brézet, Arnaud de la Grange et Judith Waintraub, le Figaro

samedi 30 juin 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Décidé à maintenir l’effort de défense, le ministre veut développer nos exportations. Mais il n’exclut pas que certains programmes soient « si nécessaire, retardés ou arrêtés ».

LE FIGARO. - Vos récentes interventions semblaient préparer le terrain à des jours douloureux pour la communauté militaire. Le maintien de l’effort de défense est-il garanti ?

Hervé MORIN. - Le président de la République a clairement annoncé que l’effort de défense serait maintenu autour de 2 % du PIB. Nous sommes les seuls en Europe - avec les Britanniques qui sont un peu au-dessus de nous - à faire un effort de ce niveau. Mais il est vrai que les programmes prévus nous emmèneraient dans les six prochaines années à un effort d’investissement accru de 40 % environ, ce qui nous mènerait à un effort supérieur à 2 % du PIB.

L’équation budgétaire est-elle insoluble ?

Le redressement d’une défense, massacrée par les socialistes entre 1997 et 2002, a un coût. Depuis 2002, des programmes ont été lancés ou relancés. Et nous arrivons aujourd’hui au temps des livraisons, avec donc des dépenses beaucoup plus lourdes et une situation difficile à partir de 2009.

Comment allez-vous procéder ?

J’ai d’abord demandé en interne un état des lieux, une « opération vérité ». Ensuite, le président de la République va lancer un livre blanc. Il s’agira d’un exercice interministériel que l’on veut le plus oxygéné possible, avec l’audition de personnalités extérieures, de chercheurs, d’experts étrangers, de parlementaires. Les travaux seront rendus au début 2008, pour préparer la future Loi de programmation militaire (LPM) au premier semestre, avec une discussion au Parlement ensuite. Dans le même temps, nous ferons une revue des programmes d’équipement.

Mais comment allez-vous « raboter » la bosse budgétaire ?

Il y a tout d’abord l’espoir que notre pays retrouve un niveau de croissance plus élevé, des recettes supplémentaires pour l’État et donc pour la défense. Il y a ensuite des mesures d’économie à prendre. J’ai lancé hier un audit associant notamment le contrôle général des armées, l’état-major et les inspections, y compris l’Inspection des finances, auxquels se joindront d’anciens grands acteurs du secteur privé, qui apporteront un oeil extérieur, un aiguillon.

Sur le second porte-avions, la décision est-elle prise ?

Le président a un principe simple : « Ce que j’ai dit durant la campagne, je le fais. » Il a indiqué qu’il souhaitait un second porte-avions. Nous sommes donc partis pour le faire. La coopération avec les Britanniques sur ce programme est un point important que je vais traiter prochainement avec mon homologue.

Et les autres programmes ? Vont-ils être retardés ?

Il faut d’abord développer des exportations, qui doivent réduire les coûts unitaires. Et cela ne me pose aucun problème de courir les capitales étrangères pour défendre les produits de l’industrie française. Nos exportations, ces dernières années, ont régressé. Je souhaite que nous ayons un vrai plan stratégique arrêté au plus haut niveau pour aider une industrie majeure pour notre pays. Cela dit, il va falloir établir des priorités. Et, si c’est nécessaire, arrêter ou retarder des programmes. Il faut aussi accélérer la dynamique européenne de mutualisation de la recherche et de développement des capacités militaires.

Vous êtes n° 12 du gouvernement alors que Michèle Alliot-Marie était n° 3, la Défense ne risque-t-elle pas de perdre du poids au sein de l’exécutif ?

Vous savez, Pierre Messmer, l’un des plus grands ministres de la Défense de la Ve République, était n° 9 ou 10. Et Charles Hernu, ministre respecté aussi, était n° 13...

Comment voyez-vous aujourd’hui le rôle du ministre de la Défense, coincé entre l’Élysée et un chef d’état-major des armées (Cema) renforcé par le décret de 2005 ?

Le Cema a une relation directe avec le président de la République pour la conduite des opérations et me tient informé en temps réel. Un autre décret dit qu’il assiste le ministre pour l’organisation et la préparation des forces. La Loi de programmation militaire est par exemple de mon ressort. Nous fonctionnons sans problème et sur ces bases notre relation est franche et directe.

L’heure est-elle à la décrue sur les opérations extérieures ?

Nous restons en Afghanistan - à la grande satisfaction de Washington comme me l’a dit Condoleezza Rice cette semaine - mais en nous recentrant sur la formation de l’armée afghane. Quant à la Côte d’Ivoire, je tiens à condamner fermement l’attentat contre la délégation du premier ministre ivoirien. Nous adapterons notre dispositif avec l’accord des Nations unies en fonction de l’évolution de la situation. Et je me rends au Liban le 14 juillet.

Les demandes des gendarmes vont-elles être satisfaites ?

Un des chantiers qui est devant moi est de convaincre le ministère de l’Économie et des Finances que non seulement les gendarmes, mais aussi la totalité des militaires, doivent avoir une parité globale de rémunération avec les fonctionnaires en tenue.

La Commission européenne prépare une directive visant à favoriser la concurrence intracommunautaire pour l’armement ? Ne risque-t-on pas d’affaiblir les industries européennes face à des industriels - américains notamment - qui ont eux un marché protégé ?

Je ne considère pas que la concurrence et le marché soient l’alpha et l’oméga de toute politique européenne, si un intérêt stratégique est en jeu.

Sur le plan politique, avez-vous les moyens politiques et financiers de faire du Nouveau Centre un vrai parti ?

Oui, absolument. Nous avons des parlementaires, assez de députés pour faire un groupe et de plus en plus de sénateurs, donc nous aurons de quoi développer une formation politique. Nous aurons des candidats aux municipales. Les maires, les maires adjoints, les conseillers généraux qui avaient passé des accords avec l’UMP sont nombreux à venir nous rejoindre. En septembre, la machine fonctionnera. Nous réunirons un congrès constitutif à la fin de l’année, et si je suis élu président, je constituerai mon équipe avec ceux qui auront le plus bossé. Notre objectif, c’est de reconstituer l’UDF, qui a été vidée de sa substance en l’espace de dix ans par Bayrou. Nous avons la capacité de réunir d’ici à septembre entre 10 000 et 15 000 adhérents.

Les députés du Nouveau Centre ont-ils une obligation de solidarité vis-à-vis du gouvernement ?

Nicolas Sarkozy ne nous a rien demandé, et nous n’avons rien signé. Nous sommes libres sur tout. Cela dit, quand on fait les choix qui ont été les nôtres, on ne se tire pas une balle entre les deux yeux en se déjugeant six mois plus tard ! Nous avons une obligation de loyauté dans la majorité.

Quelles sont les deux ou trois propositions qui vous tiennent à coeur ?

La rénovation des institutions, qu’on a fait inscrire dans la plate-forme législative commune de l’UMP, avec notamment l’introduction d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale et au Sénat. Pour les législatives, je suis favorable à un système à l’allemande, moitié majoritaire, moitié proportionnel, avec une liste nationale. Nous tenons aussi à la création d’un Small Business Act à la française et à l’inscription dans une loi organique de l’interdiction d’élaborer des budgets en déficit de fonctionnement.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :