mercredi 18 octobre 2017

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Démission du ministre japonais de la Défense autour d’Hiroshima

Linda Sieg, Reuters

mardi 3 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Le ministre japonais de la Défense, Fumio Kyuma, a démissionné pour avoir qualifié d’inévitables les bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945.

Cette démission fragilise un peu plus l’autorité du Premier ministre et de la coalition au pouvoir dans l’archipel à l’approche des élections au Sénat le 29 juillet.

Shinzo Abe a réagi rapidement en nommant, pour la première fois dans l’histoire du pays, une femme à la tête du ministère de la Défense pour succéder à Fumio Kyuma - il s’agit de Yuriko Koike, ancienne ministre de l’Environnement et actuelle conseillère en matière de sécurité nationale.

Cette femme de 54 ans, qui parle couramment l’anglais et l’arabe, prêtera serment mercredi.

Moins d’un an après son accession au pouvoir, la cote de popularité du chef du gouvernement était déjà au plus bas après un scandale provoqué par la gestion des statistiques sur les retraites.

L’impair de Fumio Kyuama - peu en odeur de sainteté aux Etats-Unis pour avoir qualifié en janvier l’intervention américaine en Irak d’"erreur" - est un nouveau casse-tête pour Shinzo Abe, qui s’en serait bien passé dans un contexte politique difficile.

"Je regrette que mes déclarations aient semé le trouble. J’en suis tout à fait désolé", a déclaré le ministre de la Défense démissionnaire à la presse.

AU PLUS BAS

Selon un sondage publié le week-end dernier par le journal Asahi Shimbun, seuls 28% des Japonais soutiennent encore l’action de Shinzo Abe, soit son plus bas niveau dans l’opinion depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2006.

Quelques heures avant son annonce, le ministre de la Défense, pressé par l’opposition de démissionner, s’était de nouveau excusé pour ses propos, qui remontent au 31 juin.

Ce jour-là, le ministre avait estimé que selon lui, les bombardements atomiques américains d’août 1945 étaient inévitables. "Ils ne pouvaient pas être évitées", avait-il dit très précisément.

"Tout ce que je peux faire est de m’excuser auprès des victimes des bombes atomiques et des autres qui n’ont pas été directement impliqués", avait déclaré à la presse Fumio Kyuma, dont la circonscription électorale englobe Nagasaki.

"J’ai dit par le passé que les armes nucléaires étaient impardonnables et rien n’a changé dans ma position à cet égard", a-t-il assuré.

Shinzo Abe a bien tenté d’éteindre l’incendie en réprimandant publiquement son ministre.

Mais l’opposition, soucieuse de pousser son avantage avant le scrutin de la fin juillet, avait maintenu la pression pour que Fumio Kyuma s’en aille.

Un élu de premier plan d’une formation membre de la coalition au pouvoir a fait pencher la balance en réclamant, de manière oblique, le départ du ministre de la Défense.

"Il est naturel que ce dernier démissionne. Shinzo Abe, en tant que Premier ministre, porte la lourde responsabilité de nommer les membres de son gouvernement", a confié pour sa part Yukio Hatoyama, l’un des dirigeants du Parti démocrate (opposition).

MEMOIRE COLLECTIVE

Fumio Kyuma est le deuxième ministre du gouvernement à quitter ses fonctions depuis la nomination de Shinzo Abe à la tête du gouvernement en septembre.

En décembre, un ministre avait dû démissionner à la suite d’un scandale financier et au mois de mai, le ministre de l’Agriculture, impliqué lui-aussi dans une affaire, s’était donné la mort.

Plus de 360.000 personnes ont péri dans les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, survenus quelques jours avant la capitulation sans condition du Japon et présentés par Washington comme le moyen de mettre rapidement fin à la très meurtrière guerre du Pacifique.

Les bombardements atomiques tiennent une place toute particulière dans la mémoire collective des Japonais, souvent critiqués pour leur volonté de privilégier leur statut de victimes sans reconnaître pour autant les terribles atrocités commises par l’armée impériale dans les pays d’Asie sous occupation nipponne.

La coalition au pouvoir doit remporter 64 des 121 sièges en jeu pour conserver la majorité à la Chambre des conseillers (Sénat), qui compte en tout 242 membres.

Le Premier ministre ne serait pas obligé de se retirer en cas de légère défaite au scrutin du 29 juillet car il aurait toujours la possibilité de faire appel à des élus indépendants ou membres d’un petit parti conservateur.

Mais s’il enregistre une lourde défaite, il sera dans l’impossibilité de faire adopter des textes de loi, qui requièrent le vote des deux chambres (Sénat et Diète), ce qui risquerait de déboucher à terme sur une paralysie politique.


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