vendredi 15 décembre 2017

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Les présidents Bush et Poutine constatent leurs désaccords sur la défense antimissile

Philippe Bolopion, le Monde

mardi 3 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Au terme d’une rencontre "chaleureuse" dans le Maine, le président russe, Vladimir Poutine, a proposé à son homologue américain, lundi 2 uillet, des substituts au déploiement en République tchèque et en Pologne d’éléments d’un bouclier antimissile américain, perçu comme hostile par Moscou.

Les deux chefs d’Etat, qui ont exprimé leur "respect mutuel", venaient de passer près de vingt-quatre heures dans la résidence d’été de la famille Bush, à Kennebunkport, pour tenter, entre une partie de pêche et un dîner de homard, d’apaiser les tensions entre leurs gouvernements.

Apparaissant aux côtés de M.Poutine, en chemise à col ouvert, le président Bush a jugé l’initiative russe, portant sur la principale pomme de discorde entre les deux pays, "très constructive", "innovatrice" et "audacieuse". "Mais comme je l’ai dit à Vladimir, je pense que la République tchèque et la Pologne doivent faire partie intégrante du système", a-t-il insisté.

Depuis le mois de janvier, la Russie s’oppose avec virulence au déploiement, à l’horizon 2012, d’un puissant radar en République tchèque et de missiles intercepteurs en Pologne, officiellement destinés à contrer la menace iranienne. En dépit d’une offre américaine d’inspecter les futurs sites, Moscou soupçonne le projet de viser sa capacité de dissuasion nucléaire.

Vladimir Poutine avait déjà offert l’utilisation alternative d’un radar datant de l’ère soviétique, situé en Azerbaïdjan, mais jugé dépassé par les Etats-unis. "Si nécessaire, nous sommes prêts à le moderniser", a-t-il affirmé lundi. "Et si cela ne suffisait pas, nous serions aussi prêts à construire un nouveau radar, un système d’alerte précoce, dans le sud de la Russie", a-t-il ajouté.

M. Poutine a également relancé l’idée d’un centre d’alerte antimissile avancé à Moscou et d’un autre à Bruxelles. "Dans ce cas, il n’y aurait aucun besoin de placer davantage d’installations (…) en République tchèque et (…) en Pologne", a-t-il expliqué, suggérant que les consultations soient "élargies aux pays européens intéressés" dans le cadre du Conseil OTAN-Russie.

ASSAUTS D’AMABILITÉ

Ces projets, qui ont pris par surprise l’administration Bush, auraient "pour résultat d’élever à un niveau entièrement nouveau la coopération entre la Russie et les Etats-Unis", a affirmé le président russe.

"Je suis inquiet des tentatives des Iraniens de développer les technologies [et] le savoir-faire pour élaborer une arme nucléaire", a par ailleurs déclaré George Bush. Le président russe s’est dit prêt à continuer à travailler sur cette question au Conseil de sécurité de l’ONU, tout en évoquant "des informations positives" sur la coopération de l’Iran avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La question controversée de l’indépendance du Kosovo n’a pas été publiquement abordée.

La véritable victoire de Vladimir Poutine réside peut-être dans les assauts d’amabilité déployés à son égard par le président Bush, en dépit de la tonalité très anti-américaine des déclarations russes de ces derniers mois. "Parfois, il dit des choses que je ne veux pas entendre, mais je sais qu’il me dit toujours la vérité", a déclaré le président Bush, qui a affirmé "faire confiance" à son homologue, un homme "cohérent, transparent, honnête". Les deux dirigeants sont apparus détendus, plaisantant au sujet du seul poisson de la journée, pêché – et relâché – par M. Poutine.

"Le président Poutine doit être très content de lui", commente Sarah Mendelson, spécialiste de la Russie au Center for Strategic and International Studies : "Il a réussi à faire utiliser au président Bush les mots confiance et vérité , en parlant de quelqu’un qui s’est débarrassé du journalisme d’investigation en Russie". En "évitant la question de la liberté politique en Russie" en dépit de sa "rhétorique en faveur de la démocratie", le président Bush donne, selon la chercheuse, "des munitions aux critiques qui l’accusent de ne pas croire" en ce qu’il professe.


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