mardi 24 octobre 2017

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La menace circonscrite en France

Patricia Tourancheau, Libération

mardi 3 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Les tentatives d’attentats en Grande-Bretagne ont renforcé l’état d’alerte en France, déjà poussé pendant la campagne présidentielle. Les patrons des services de sécurité ont été réunis hier par la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie pour évaluer les « dispositifs et moyens de lutte antiterroriste dans notre pays ». Plusieurs projets terroristes ont en effet été déjoués par les services de renseignement. Le 2 mai, un fanatique « tellement radical qu’il en devenait fou » a ainsi été interpellé à Nancy (Meurthe-et-Moselle) alors qu’il envisageait de poser une bombe tout seul dans la région. Ce Franco-Algérien avait été repéré par la Direction de la surveillance du territoire (DST) sur un site internet intégriste en train de proposer ses services aux activistes d’Al-Qaeda Maghreb islamique.

« Menace numéro un ». Ce mouvement clandestin, algérien à l’origine, représente en France « la menace terroriste numéro un » . Il s’appelait le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) avant d’être labellisé par Al-Qaeda en septembre 2006. A l’occasion du cinquième anniversaire de l’attaque des Twin Towers, Ayman al-Zawahiri, bras droit d’Oussama Ben Laden, avait annoncé le ralliement de ce groupe devenant son bras armé pour frapper la France. « Le GSPC a rejoint l’organisation Al-Qaeda , expliquait al-Zawahiri dans sa neuvième vidéo. Que grâce soit rendue à Allah pour cette adhésion bénie qui sera une épine dans la gorge des croisés américains, français et de leurs alliés, et fera naître la peur dans le cœur des traîtres et des mécréants de France. » Ce groupe qui a pris une dimension internationale a stigmatisé à plusieurs reprises la France en raison de sa politique en Algérie, de son implication militaire au Liban et en Afghanistan. Surtout, ses thèses extrémistes ont une véritable résonance, « chez certains de nos jeunes d’origine algérienne dans nos cités », explique un officier de renseignement : « Nos collègues britanniques, eux, ont un problème avec les Pakistanais. Nous, en France, avec les Maghrébins, en fonction de nos passés coloniaux ». Acte isolé. Les services pistent donc en Europe et sur Internet des Français issus de l’immigration algérienne susceptibles de basculer dans l’action avec Al-Qaeda Maghreb islamique. Et redoutent un acte isolé de la part d’un « fou d’Allah » comme le Franco-Algérien de Nancy, prêt à s’auto-déclencher dans son coin pour le compte de l’ex-GSPC. Ils surveillent une dizaine de groupes islamistes radicaux sur le territoire et parfois à l’étranger, avec la coopération de leurs homologues en Europe et au Maghreb. Dans le collimateur, la dizaine de jihadistes qui ont fait le coup de feu en Irak et sont revenus « avec un savoir-faire et une volonté de porter le combat ici ». Des filières sont tuées dans l’œuf, bien avant le moindre début de préparation d’un acte de terrorisme. Comme le réseau de Safé Bourada, tombé en octobre 2005, déjà condamné pour les attentats du Groupe islamique armé (GIA) en France en 1995 et qui était prêt à monter une nouvelle action dans le métro, à Orly ou à la DST.

« Neutralisation préventive ». L’arme juridique typiquement française qui le permet s’appelle « l’association de malfaiteurs terroristes » (AMT). « Ces lois antiterroristes votées par le Parlement, mises en place en 1986 puis en 1996, font notre force, souligne Christophe Chaboud, patron de l’Unité centrale de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat). Notre stratégie est celle de la neutralisation préventive judiciaire. » Ainsi, en 2006, 317 suspects ont été arrêtés pour terrorisme, dont 54 écroués. Et 17 activistes islamistes (parmi lesquels 4 imams) ont été éloignés du territoire. Dans son rapport sur les perspectives pour 2007, l’Uclat soulignait la détection compliquée « de la nouvelle génération de jihadistes, de plus en plus jeunes, autoradicali sés dans des temps extr êmement brefs, sans passé judiciaire pour la plupart, sans relation avec les institutionnels du terrorisme international, et parmi lesquels les ressortissants nationaux et les convertis tiennent de plus en plus de place ».


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