mercredi 18 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Caméras de surveillance : les graves retards de Paris

Caméras de surveillance : les graves retards de Paris

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

mercredi 4 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Avec une couverture vidéo déficiente en surface, Paris n’est pas au niveau de Londres. Une réunion de crise s’est tenue hier.

LE PRÉFET de police, Michel Gaudin, n’en démord pas : « La capitale doit de toute urgence rattraper son retard en matière de vidéosurveillance. » Car si un drame survient à Paris, la police n’est pas sûre de pouvoir réagir aussi vite que Scotland Yard. « Nous évaluerons les bénéfices qu’a retirés la Grande-Bretagne de l’installation d’un réseau de télésurveillance », a assuré hier le premier ministre, François Fillon, dans son discours de politique générale. Au même moment, à la demande du ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, une réunion à huis clos se tenait à la Préfecture de police avec les acteurs du traitement technique et judiciaire de ce dossier.

- Où en sont les équipements de la capitale ?

Le dernier pointage fait état de 30 800 caméras publiques comme privées, soit deux fois moins qu’à Londres. Avantage technique pour la France : ses caméras, installées tardivement, utilisent souvent la technologie numérique, tandis que la Grande-Bretagne compte un important parc analogique, moins souple d’utilisation. Reste un problème de taille à Paris. « Si la couverture vidéo en sous-sol est bonne, elle laisse à désirer en surface », déplore le préfet Gaudin. Hier donc, tout a été remis à plat : les différents types de caméras à acheter, leur nombre, les financements possibles. Dans un premier temps, il est question de relancer le plan « 1 000 caméras » qui devrait tripler la dotation de la préfecture sur la voie publique. Ces systèmes sont l’appui indispensable des services opérationnels dans la gestion des grands événements et des situations de crise. Le plan parisien indique notamment sept sites à équiper en priorité (voir notre carte).

- La vidéosurveillance apporte-t-elle vraiment un plus ?

« Une chose est certaine, dit un expert de la PJ : pour la première fois à Londres, c’est la reconnaissance directe par caméra qui a permis de faire avancer l’enquête (la police avait d’abord travaillé sur des témoignages en 2004, NDLR). Le traçage vidéo de la première voiture piégée a conduit au second véhicule utilisé par les terroristes. Quant aux deux passagers de l’auto incendiée au terminal de Glasgow, ils ont aussi été trahis par l’image. » Les services antiterroristes français échangent actuellement des informations avec les Britanniques sur ces tentatives d’attentat.

- Qu’a changé la loi antiterroriste en France ?

Ce texte adopté en 2005 devait faciliter l’implantation des caméras et surtout permettre à la police d’accéder plus facilement aux images conservées par les acteurs privés. L’une des dispositions votées permettait aussi aux préfets de décréter l’installation d’urgence sur un site à risque. Mais la capitale n’a visiblement pas su en profiter.

- Quelles sont les vraies raisons des retards parisiens ?

Elles sont avant tout politiques et financières. Les services de la Place Beauvau évaluent le tarif d’un système moderne qui numérise, transporte et enregistre l’image à 25 000, voire 35 000 euros d’investissement par caméra. Un coût auquel il faut ajouter 10 % par an pour le fonctionnement et la maintenance. Sur certains sites, de simples webcams suffisent, pour visionner les foules ou les embouteillages. Mais pour l’identification judiciaire, il faut du matériel beaucoup plus performant. Lors du mouvement contre le CPE, la police a même expérimenté le renvoi des images par satellite considéré comme une solution d’avenir. Le seul plan des « 1 000 caméras » à Paris est estimé à 44 millions d’euros. L’État en prendra sa part, mais la Ville est également appelée à contribuer. Là où le maire fait des ouvertures, ses alliés écologistes refusent de cautionner une dérive à la Big Brother. Le contexte des événements londoniens pourrait toutefois débloquer la situation. Un officiel parisien l’assurait hier : « Côté policier, tout sera prêt dès la fin du mois. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :