vendredi 15 décembre 2017

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Attentats de Londres et de Glasgow : le profil des suspects se précise

Benoît Hopquin, le Monde

vendredi 6 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Près d’une semaine après les attentats manqués de Londres et Glasgow, se dessinent par bribes les portraits des huit personnes appréhendées par la police britannique. La plupart travaillaient dans le milieu médical et sont issus de la bonne société. Les informations distillées par les responsables de l’enquête, mais également glanées en Jordanie, en Irak, en Inde ou en Australie, permettent de mieux retracer des parcours qui se croisent à plusieurs reprises.

Seule la culpabilité des deux auteurs de l’attentat de Glasgow, samedi 30 juin, ne fait plus de doute. Le parcours de l’un d’eux, Bilal Abdullah, 27 ans, est désormais connu. L’homme est né en Angleterre, où son père était déjà docteur, et y a passé ses cinq premières années. La famille rentre alors en Irak où son père devient un rhumatologue réputé. Adepte du wahabbisme, Bilal Abdullah se signale vite par son extrémisme religieux. Il disparaît un an pendant ses études de médecine.

Après l’invasion de l’Irak par les troupes américaines et britanniques, il prêche ouvertement la haine de l’Occident. Deux de ses amis seraient morts dans les rangs de l’insurrection. Des témoins affirment également que l’étudiant se repaissait des images de décapitation d’otages diffusés sur Internet. L’étudiant serait tombé sous la coupe d’un prêcheur islamiste irakien, le cheikh Ahmed Al-Qubeissi, qui prônait sur la chaîne de télévision DubaïTV la légitimité des attentats-suicides.

En 2005, ses diplômes de médecine en poche, Bilal Abdullah s’installe au Royaume-Uni, à Cambridge, où il avait fait de brefs séjours entre 2001 et 2004. Là, il fréquente le groupe radical Hizb ut-Tahrir, qui milite pour un califat dans le monde arabe. Il est ensuite embauché en août 2006 par le Royal Alexandra Hospital, à Paisley, dans la banlieue de Glasgow en Ecosse. Ses collègues le décrivent comme peu consciencieux, souvent absent, passant ses gardes à consulter des sites en arabe.

Dans la même ville travaille Kafeel ou Khalid Ahmed, 27 ans. Il conduisait la Jeep Cherokee chargée de bonbonnes de gaz qui s’est encastrée dans l’aéroport de Glasgow. Grièvement brûlé dans la tentative, Kafeel Ahmed est hospitalisé entre la vie et la mort à Glasgow. Sa biographie est plus imprécise. Indien ou Jordanien, médecin ou ingénieur selon les sources, il travaillait en Ecosse depuis trois mois. L’homme aurait étudié à l’université de Komensky, à Bratislava (Slovaquie), muni alors d’un passeport britannique et d’une bourse d’Arabie saoudite.

Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir conduit à Londres et placé devant une boîte de nuit les deux Mercedes chargés d’explosif qui ont été désamorcés, vendredi 29 juin. Se sachant repérés, ils auraient alors monté précipitamment, par désespoir, l’attentat-suicide de Glasgow.

Le rôle des six autres suspects est moins clair. Ils ont en commun d’avoir fréquenté Bilal Abdullah ou Kafeel Ahmed. Ainsi le docteur Mohammed Asha, 26 ans, présenté comme l’instigateur présumé des attentats. Ce Jordanien est arrivé au Royaume-Uni en 2005 et s’est spécialisé en neurochirurgie avant de s’installer en 2006 à Newcastle Under Lyme, une petite ville du centre de l’Angleterre. Le Daily Telegraph affirme qu’il aurait connu Bilal Abdullah par l’intermédiaire de leurs pères qui seraient des amis de longue date. Une information démentie au Monde par le frère de Mohammed Asha, Ahmed.

Les deux personnages semblent en revanche avoir noué des liens à Cambridge, Bilal Abdullah étudiant l’anglais à l’université et Mohammed Asha travaillant à l’hôpital Addenbrooke. Des témoins assurent que ce dernier aurait également été vu à l’hôpital de Glasgow. Des sources policières affirment encore que Mohammed Asha aurait aussi rencontré, à Cambridge, Kafeel Ahmed, qui y aurait séjourné à la même époque. Les docteurs Sabeel Ahmed, 26 ans, et Mohammed Haneef, 27 ans, sont, eux, soupçonnés d’être liés à Kafeel Ahmed. Selon la BBC, Sabeel est le frère de Kafeel. Fils d’une femme médecin de Bangalore, les deux jeunes gens étaient connus à la mosquée pour leur position radicale.

Sabeel et Kafeel étaient également parents et amis de Mohammed Haneef. Mohammed Haneef et Sabeel Ahmed ont étudié ensemble la médecine en Inde, puis ont exercé à l’hôpital Halton de Runcorn, dans le Cheshire. Mohammed Haneef a été interpellé lundi à l’aéroport de Brisbane, alors qu’il s’apprêtait à quitter l’Australie où il avait récemment émigré. Sabeel et Kafeel Ahmed avaient également sollicité l’autorisation de travailler en Australie en janvier 2006.

Les trois autres personnes arrêtées sont Maroua Ahmed, 27 ans, jordanienne, épouse de Mohammed Asha, et deux médecins stagiaires de l’hôpital Royal Alexandra de Glasgow, présumés d’origine saoudienne, dont les identités n’ont pas été révélées.

De ce faisceau de relations personnelles ou de coïncidences géographiques, la presse tabloïd anglaise a tiré la certitude d’un "complot des médecins", infiltrés sur le territoire britannique. D’autres journaux évoquent un ou deux émissaires d’Al-Qaida qui auraient recruté sur place des complices dans la communauté médicale.

Les familles de Mohammed Asha, Sabeel Ahmed et Mohammed Haneef protestent de l’innocence de leurs proches, dont les trajectoires auraient croisé celles de mauvaises personnes. A ce jour, la police britannique n’a fourni aucun élément permettant d’étayer ces hypothèses et de confirmer que ces liens personnels sont bien des collusions criminelles.


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