samedi 21 octobre 2017

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Londres-Glasgow : les plans secrets des terroristes

Roland Jacquard et Atmane Tazaghart*, le Figaro

vendredi 6 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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C’est l’arrestation par les Américains, en Irak, d’un djihadiste lié à al-Qaida qui a permis de démanteler le réseau.

Commandités et planifiés depuis deux ans par Abdelhadi al-Iraqi, l’une des cinq nouvelles « têtes pensantes » d’al-Qaida, les récents attentats de Londres et Glasgow reproduisent le modus operandi classique d’al-Qaida : des exécutants venus d’Irak, connectés à des « cerveaux » appartenant à un réseau britannique dirigé par l’Indo-Pakistanais Dhiren Baret, connu aussi sous le nom de Reza al-Hindi...

Pour comprendre le fil de l’enquête, il faut remonter au temps où les autorités britanniques ont tenté de « sanctuariser » leur territoire en offrant hospitalité et protection judiciaire aux extrémistes islamistes les plus radicaux. Ainsi naquit, au début des années 90, le « Londonistan », d’où étaient commanditées les actions des GIA en Algérie, du Djihad en Egypte, les attentats de Paris en 1995...

Après les attaques du 11 Septembre, la donne a radicalement changé. La Grande-Bretagne s’est dotée d’une législation antiterroriste très rigoureuse qui a permis de mettre hors d’état de nuire les principaux « califes du Londonistan ». Abou Hamza al-Masri, leader des Ansar al-Charia, et Abou Qatada, le principal théoricien du salafo-djihadisme mondial, furent arrêtés en 2003. Omar Bakri, le chef de file de l’organisation al-Mouhajiroun, devenait interdit de retour vers l’Angleterre après un voyage qu’il avait effectué au Liban, en 2004. Et Rachid Ramda, le cerveau des attentats de Paris, était remis à la France, après huit ans de procédure.

Ainsi, les têtes de l’hydre djihadiste londonienne furent coupées. Mais le cancer avait, auparavant, développé des « métastases ». Une nébuleuse de groupuscules de tous bords a donc survécu au Terrorist Act. Les autorités britanniques exercent une surveillance accrue sur ces cellules. Mais en coupant leurs têtes dirigeantes, elles les ont contraints à plus de clandestinité, estompant considérablement la visibilité sur leurs visées terroristes.

Un rapport secret remis au gouvernement Blair, au début de l’année, sous l’intitulé « Données sur la menace extérieure », illustre l’étendue de ce phénomène de morcellement de la nébuleuse djihadiste londonienne. Ce rapport signale que le MI5 a collecté des informations sur une trentaine de plans terroristes en préparation sur le sol britannique, en moins d’un an, dont une attaque de type NRBC (nucléaire, radioactif, biologique, chimique). Il estime à plus de 2 000 le nombre de djihadistes clandestins en Grande-Bretagne. Quant aux groupuscules susceptibles de commettre des actes terroristes, le rapport les évalue à 180 ou 200, pour la seule région de Londres !

Ce morcellement explique les ratages de l’enquête britannique. Ce sont les enquêteurs américains qui ont appris, plus de dix jours auparavant, qu’un projet terroriste visait l’aéroport de Glasgow. Ils ont aussitôt informé les Britanniques et ordonné de mettre des agents fédéraux sur chaque avion américain à destination ou en provenance de Glasgow. Selon nos sources, cette information a été obtenue par les Américains, après l’arrestation, en Irak, de Nashwan Abdelrazaq, alias Abdelhadi al-Iraqi, l’une des nouvelles têtes de l’internationale djihadiste liée à al-Qaida. Al-Iraqi est le commanditaire direct de cette nouvelle vague d’attentats. Selon ses aveux aux enquêteurs américains, ces attentats étaient planifiés depuis plus de deux ans et devaient intervenir précisément à Glasgow pour coïncider avec la prise de pouvoir du nouveau Premier ministre travailliste Gordon Brown, natif de cette ville.

On sait aujourd’hui, grâce aux indices relevés sur les dispositifs de mise à feu qui n’ont pas fonctionné dans les voitures piégées de Londres et de Glasgow, que huit djihadistes dont sept sont médecins, dirigés par un Irakien, Abdallah Bilel, et un chirurgien jordano-palestinien natif d’Arabie Saoudite, Mohammed Jamil al-Icha, ont mené l’opération. Ce groupe venu d’Irak avait été infiltré en Grande-Bretagne depuis un peu plus de deux ans. Exécutants, ils étaient connectés à un, ou plutôt deux « cerveaux ». Le téléphone portable du médecin irakien Abdallah Bilel et d’autres éléments révèlent un lien avec deux djihadistes en fuite. Arrêtés en avril 2004, ces deux activistes avaient été libérés et soumis au système de bracelets électroniques, fin 2006. Pendant des mois, ils ont scrupuleusement respecté les dispositions de leur assignation à résidence. Avant de disparaître début juin dernier.

Ces deux « cerveaux » font partie d’un réseau démantelé en 2004. Son leader, Dhiren Baret, britannique d’origine pakistano-indienne, a été condamné à la prison à vie en novembre 2006. Il est l’auteur d’un manuel djihadiste de 40 pages, que le médecin irakien Abdallah Bilel a utilisé pour piéger la voiture à Glasgow.

Dhiren Baret, alias Reza al-Hindi, a été recruté, en 1995, dans un camp cachemiri, par l’activiste jamaïcain, Abdullah al-Faiçal, lieutenant de Khalid Cheikh Mohammad. Outre Khalid Cheikh, Dhiren Barent a aussi côtoyé Hambali, le chef d’al-Qaida en Asie du Sud-Est.

* Experts en matière de terrorisme, auteurs de Ben Laden, la destruction programmée de l’Occident, Editions Jean Picollec, 2004.


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