mardi 12 décembre 2017

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Terrorisme : la menace intérieure

André Noël, la Presse

dimanche 15 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Le terrorisme qui prend naissance et se développe au pays représente dorénavant une menace plus importante au Canada que le groupe Al-Qaeda, estime le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) dans des rapports d’analyse obtenus par La Presse grâce à la Loi d’accès à l’information.

« Depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la menace de l’extrémisme islamiste s’est à la fois accrue et modifiée (dans les pays occidentaux) », indique un rapport rédigé l’année dernière et intitulé Les facteurs de radicalisation au Canada : la menace extrémiste islamiste de l’intérieur.

« Après les attaques de 2001, qui ont été menées par des recrues d’Al-Qaeda (AQ), entraînées, financées et dirigées par AQ, nous avons assisté à une transition. Les attaques suivantes ont été effectuées par des terroristes affiliés à AQ plutôt que par des membres en règle, puis ont été menées par des personnes inspirées par AQ.

« La dernière menace provient de jeunes gens nés dans les pays occidentaux ou qui ont immigré à l’Ouest dans leur jeune âge et qui sont inspirés par l’idée d’un djihad global contre ce qu’ils perçoivent comme une agression de l’Ouest contre les musulmans. Souvent appelés « enfants du pays » (homegrown), ces individus sont radicalisés, recrutés et organisés au niveau local, souvent sans avoir à quitter le pays.

« Ils n’ont apparemment pas de liens aux organisations terroristes formelles et se rassemblent généralement dans des groupes restreints composés d’amis ou d’associés qui partagent la même cause (...) L’extrémisme islamiste, qui constitue actuellement la principale menace terroriste, a une longue histoire au Canada. La nature de cet extrémisme a toutefois changé. Auparavant, on se contentait d’activités de soutien (aux groupes étrangers), de financement et de propagande. Désormais, les nouveaux extrémistes préparent des attentats au pays, comme cela s’est vu à Londres et à Madrid. »

Un autre document cite en exemple le groupe des 18 extrémistes islamistes arrêtés à Toronto, en juin 2006, et accusés d’avoir planifié des attentats en Ontario, particulièrement à Ottawa. La plupart des accusés, presque tous des jeunes, sont toujours détenus, dans l’attente de leur procès.

Dans une lettre adressée le 6 février 2006 à Stockwell Day, qui venait d’être nommé ministre de la Sécurité publique, Jim Judd, directeur du SCRS, souligne qu’aujourd’hui « la menace la plus sérieuse vient d’individus et de groupes liés à des interprétations extrémistes de l’islam ». La lettre, fortement censurée comme les autres rapports, note que les enquêtes sur les islamistes radicaux « impliquent des Canadiens de seconde génération ou qui se sont convertis à l’islam ».

La menace du terrorisme domestique « devient courante dans la plupart des pays occidentaux, y compris aux États-Unis, et s’est manifestée de façon claire au Royaume-Uni, lors des attentats de juillet 2005 ». Les jeunes radicaux alimentent leur haine de l’Ouest dans l’Internet, ajoute M. Judd : « Les 4500 sites web terroristes jouent un rôle clé comme véhicules de communication, mécanismes d’entraînement, transferts de connaissances et comme véhicules de recrutement et d’endoctrinement ».

Al-Qaeda a inclus le Canada dans sa liste des six pays cibles, ajoute M. Judd. « La plupart des autres membres de cette liste ont déjà été attaqués. Notre proximité à leur cible prioritaire (les États-Unis), notre rôle en Afghanistan, notre participation à l’Ouest (que plusieurs musulmans accusent d’attaquer l’islam), et l’accès relativement facile au Canada contribuent à la menace qui pèse sur notre pays. »

Deux mois après cette lettre, le Centre intégré d’évaluation des menaces (le CIEM, lié au SCRS) produisait une « évaluation de renseignements » à la suite d’une nouvelle déclaration du leader d’Al-Qaeda, Oussama ben Laden, contre les « Croisés ». Cette évaluation souligne que la déclaration ne mentionne pas spécifiquement le Canada, mais elle rappelle qu’Al-Qaeda a déjà inclus notre pays parmi les « Croisés ».

Dans sa déclaration, ben Laden a fourni des arguments moraux aux extrémistes islamistes pour assassiner des civils. Selon son argumentation, « les civils ne peuvent se cacher derrière leurs gouvernements lorsque vient le temps d’assumer des responsabilités pour l’Ouest, résume le CIEM.

Dans sa lettre au ministre Stockwell Day, Jim Judd se plaint que le SCRS est malmené, trop surveillé et sous-financé, ce qui peut entraver sa collecte d’informations sur les terroristes. « Le SCRS est le service de renseignement le plus surveillé au monde par des mécanismes externes, écrit-il. La combinaison des mécanismes externes de surveillance, des contraintes imposées sur nous par la révision de la législation antiterroriste, de l’enquête sur l’attentat d’Air India et de l’enquête O’Connor (sur l’affaire Maher Arar) ont eu un impact considérable sur le service. »

Al-Qaeda retrouve sa force de frappe

Al-Qaeda a retrouvé une capacité de nuire qu’on ne lui avait pas connue depuis les mois précédant les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, selon un rapport des services antiterroristes américains classé confidentiel intitulé Al-Qaeda en meilleure position pour frapper l’Occident. Il n’existe cependant aucune menace spécifique et crédible de nouvelles actions du réseau terroriste aux États-Unis, estiment les responsables gouvernementaux. Nombre de responsables gouvernementaux, y compris le secrétaire à la Sécurité intérieure Michael Chertoff, assurent toutefois ne pas être informés de l’existence d’une menace spécifique contre les États-Unis.

Associated Press


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