jeudi 14 décembre 2017

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La guerre des drones

Mathieu Perreault, la Presse

mercredi 18 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Ils ont aidé l’armée de l’air israélienne à détruire une centaine de lance-missiles l’été dernier au Liban. Ils ont assassiné six membres présumés d’Al-Qaeda dans le désert du Yémen en 2002. Des soldats irakiens leur ont signalé leur reddition en mars 1991, dans l’île de Faylaka au Koweït. Une dizaine d’années plus tard, ils ont fait partie des « preuves » américaines justifiant l’invasion de l’Irak. Ils effectuent le tiers des missions de reconnaissance de l’armée américaine et accaparent près du cinquième du budget consacré aux opérations aériennes. Les drones ont le vent dans les voiles.

L’armée américaine les utilise de plus en plus, et le pionnier dans le secteur, Israël, y voit son salut face aux missiles islamistes. Cette tendance lourde de la guerre moderne envahit aussi les grands écrans avec Stealth, en 2005, et Transformers, cet été, qui met en scène des robots extraterrestres dotés d’intelligence.

« Les drones sont particulièrement importants avec l’escalade des coûts de formation des pilotes et l’aversion croissante des pays occidentaux pour la mort de soldats », explique Houchang Hassan Yari, professeur au Collège militaire royal de Kingston. « La vie des aviateurs est normalement beaucoup plus chère que n’importe quoi. »

Seulement en frais de formation, l’armée de l’air américaine estime que chacun de ses pilotes vaut un million de dollars. Quant aux avions militaires, ils coûtent rarement moins de 30 millions l’unité. En comparaison, les drones ne coûtent généralement pas plus de cinq millions et souvent moins d’un million. Le Global Hawk, un avion de reconnaissance à haute altitude, est l’exception qui confirme la règle : il coûte 57 millions$US pièce, mais est pratiquement invulnérable parce qu’il vole à 20 kilomètres d’altitude.

Moments importants

Deux moments importants ont façonné l’évolution des drones, aussi appelés « véhicules aériens sans pilote », ou UAV, selon l’acronyme anglais : la perte d’un avion espion U-2, en 1960, dont le pilote Francis Gary Power est resté prisonnier des Soviétiques pendant deux ans ; et l’anéantissement des batteries antiaériennes syriennes au Liban en 1982, par Israël.

Le premier événement a suscité la création du premier drone opérationnel par les États-Unis, le Lightning Bug, qui a fait 3400 missions de reconnaissance photographique au Vietnam avec des pertes de 16% - évitant ainsi la mort ou la capture de centaines de pilotes. Le second a convaincu les États-Unis que les drones étaient un élément essentiel de la guerre moderne.

L’exploit israélien - la DCÀ et les radars syriens au Liban étaient de fabrication soviétique et hautement sophistiqués - mérite qu’on s’y attarde.

Selon un rapport de l’armée de l’air américaine, les drones israéliens ont tout d’abord fait une reconnaissance pour identifier les fréquences des radars syriens. Ensuite, le matin de l’attaque, ils ont survolé le Liban en émettant des signatures radars semblables aux chasseurs-bombardiers israéliens.

Cette astuce a provoqué le lancement d’une première salve de missiles sol-air, laissant les batteries syriennes à sec, en plus de permettre aux chasseurs-bombardiers israéliens de dénicher les radars et d’attaquer sans danger.

Lors de la campagne du Liban, l’an dernier, Israël a consacré près de la moitié de ses missions aériennes à des drones surveillant les cachettes du Hezbollah, selon Defense News. L’objectif était de détecter chaque lancement et d’assurer une contre-attaque aérienne dans la minute suivante, afin de limiter chaque lance-missile à une seule salve.

« Il est extrêmement difficile d’abattre des missiles à courte et moyenne portée et les drones font probablement partie de l’équation », estime Keir Lieber, un politologue de l’Université Notre-Dame qui a beaucoup écrit sur la défense antimissile.

Les ennemis d’Israël ne sont pas en reste. L’été dernier, l’État hébreu a abattu au moins un drone du Hezbollah, selon le magazine spécialisé Jane’s. Les drones islamistes sont conçus par l’Iran.

D’ailleurs, note le professeur Hassan Yari de Kingston, l’un des hauts faits de l’armée iranienne l’an dernier a été de prendre des photos d’un porte-avions américain depuis un drone, pour démontrer sa capacité technologique et militaire.

Et les pilotes ?

Au-delà des considérations stratégiques et tactiques, l’essor des drones relance une vieille controverse militaire : les pilotes doivent-ils être des officiers ?

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les armées de l’air ont réussi à imposer ce statut privilégié à leurs pilotes, même s’ils n’ont pas les responsabilités de commandement généralement associées aux gradés. Mais les pilotes de drones ont beaucoup moins de risques - et de frissons - que ceux qui virevoltent à des kilomètres d’altitude.

Au départ, les pilotes de drones de l’armée de l’air américaine devaient renoncer à leur paie de pilote, ce qui rendait difficile le recrutement.

Depuis cet été, une nouvelle catégorie de pilotes a été créée, qui pourrait manoeuvrer plusieurs drones en même temps. Leur entraînement comprendra des séances du simulateur de vol de Microsoft. Leur nom non officiel : « Les enfants du Xbox. »

LES DRONES CANADIENS

Le Canada a produit deux lignées de drones, toutes deux par Canadair. Dans les années 60 et 70, un drone de surveillance tubulaire qui a connu un certain succès d’exportation, notamment en Europe. Un drone hélicoptère a aussi été mis au point à partir des années 80, en collaboration avec la marine américaine. Depuis 2003, l’armée canadienne utilise toutefois des drones français.

Les États-Unis sont convaincus que les drones sont un élément essentiel de la guerre moderne. - Photo : archives Bloomberg


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