mercredi 18 octobre 2017

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Pakistan : la Mosquée rouge, centre névralgique d’al-Qaida

Roland Jacquard et Atmane Tazaghart, le Figaro

vendredi 20 juillet 2007, sélectionné par Spyworld

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Véritable bunker au coeur d’Islamabad, la mosquée abritait un centre de recrutement et de formation de terroristes que les autorités ont tardé à neutraliser. Révélations.

La Mosquée rouge du Pakistan est tombée. L’armée régulière pakistanaise l’a reconquise de haute lutte. Mais derrière les murs lisses de ce lieu de culte s’abritaient des centaines d’islamistes et bien des secrets. A commencer par ces liens entretenus par les dirigeants de la Mosquée rouge d’Islamabad Azba. Les deux frères, Abdul Aziz Ghazi (désormais en prison) et Abdul Rashid Ghazi (tué lors de l’assaut des forces spéciales pakistanaises) avaient depuis de nombreuses années des relations régulières avec des responsables des services secrets pakistanais de l’ISI (Inter Services Intelligence) et de l’IB (Intelligence Bureau). Leur père Abdullah Ghazi avait soutenu les guerres saintes, notamment contre l’Armée rouge entre 1986 et 1990. Plus tard, il y avait fait la connaissance d’un certain... Ben Laden qui, à l’époque, combattait les troupes soviétiques en Afghanistan.

En 1998, plusieurs lignes téléphoniques avaient même été mises à la disposition des dirigeants de la Mosquée rouge par des responsables des services secrets. Parmi les numéros les plus souvent appelés, on notait ceux du camp Jalozai à Peshawar, qui, selon le témoignage d’un ancien responsable de la police, servait de centre de transit et de sélection aux apprentis djihadistes européens avant qu’ils rejoignent les corps financés par Ben Laden en Afghanistan.

A son retour du Soudan en mai 1996, Ben Laden, à peine débarqué de son avion Hercule C-130 à Jalalabad, s’était installé non loin de la frontière pakistanaise. Et c’est ainsi que, quelques mois plus tard, avait émergé une nouvelle force politique : les talibans. Ces soldats de l’islam qui revendiquent aussi le nom d’étudiants en théologie sont des sunnites inspirés par le courant de pensée déobandi.

Les premiers étudiants talibans ont commencé à fréquenter les madrasa (écoles coraniques) du Pakistan qui attirèrent, entre 1989 et 1991, plusieurs milliers de moudjahidins déçus par la démobilisation de la résistance en Afghanistan. En mai 1996, quand Oussama Ben Laden s’est installé en Afghanistan, il fit plusieurs déplacements secrets à Islamabad et séjournait dans la Mosquée rouge.

Depuis longtemps, cette mosquée était fréquentée par les plus hautes autorités religieuses et militaires du Pakistan. Les généraux y tenaient leurs rendez-vous secrets. On y verra même très souvent le père de la bombe atomique pakistanaise Abdulladir Kahn (accusé d’avoir aidé l’Iran à se procurer des secrets atomiques) et ses deux adjoints dont les travaux étaient financés par al-Qaida.

En 1997, Ben Laden fera de fréquents séjours à Islamabad à l’invitation d’Abdullah, fondateur de la Mosquée rouge. Le futur chef d’al-Qaida était accompagné de son conseiller privé Cheikh Tassir Abdullah. Il fera de nombreux dons à la mosquée et à la madrasa (école coranique). Il s’y fera même soigner par des médecins pakistanais pour son diabète. Des photos de Ben Laden entouré de religieux dans des salles de la Mosquée rouge ont souvent été distribuées dans l’enceinte des écoles coraniques les plus extrémistes.

En septembre 2001, quinze jours après l’attaque contre le World Trade Center aux Etats-Unis, des tracts étaient répandus à Islamabad : on y voyait une photo de Ben Laden dans une salle de la Mosquée rouge avec une kalachnikov à la main. Au dos de la photo : un appel à la déstabilisation du Pakistan. La fatwa signée par Ben Laden le 19 septembre 2001 « invitait les frères du Pakistan à user de tous les moyens pour combattre les forces croisées américaines et leurs alliés ».

Cette fatwa a été reprise encore récemment, après l’attaque des militaires contre la mosquée, par le numéro deux d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri.

Abdul Rashid Ghazi, le dirigeant de la mosquée, se vantait d’être l’un des professeurs de religion du chef d’al-Qaida. Il montrait à ses visiteurs les plus sûrs des photos et des lettres d’Oussama Ben Laden. Cette « proximité » n’était pas inconnue des services de sécurité pakistanais. Cela leur permettait à la fois d’être bien renseignés et de pouvoir manipuler les réseaux de l’islam radical en Afghanistan. Un agent de l’ISI résidait même en permanence à l’intérieur de la mosquée et assurait la protection des radicaux qui s’y réfugiaient. En mai dernier, en pleine crise avec les dirigeants de la mosquée, le président Musharraf avait accepté de libérer un ex-responsable de l’ISI, Khalid Khawaja emprisonné depuis plusieurs semaines. Il était accusé d’avoir introduit dans les bâtiments de la mosquée des responsables d’al-Qaida et des armes !

Ce membre de l’ISI est celui qui servait d’instructeur pour les explosifs dans les camps d’al-Qaida, notamment à Shakar Dara. C’est lui qui avait manipulé Richard Reid, cet Anglais qui avait essayé de faire exploser l’avion du vol Paris-Miami le 22 décembre 2001 à l’aide d’explosifs cachés dans ses chaussures. Reid aurait même été reçu à l’intérieur de la mosquée avec des militants cachemiris. Tout ce réseau était en fait dirigé depuis Karachi par Saad, un des fils de Ben Laden, aujourd’hui en résidence « contrôlée » en Iran. De plus, des membres du réseau ayant enlevé et assassiné Daniel Pearl, le correspondant du Wall Street Journal, se sont longtemps cachés dans la mosquée.

Plusieurs centaines de militants recherchés au Pakistan et en Afghanistan ont trouvé refuge dans la mosquée. Ils s’installaient avec des armes dans le complexe pouvant accueillir plus de 10 000 étudiants. Des cadres d’al-Qaida furent envoyés dans le centre religieux pour recruter de jeunes kamikazes. La direction de l’organisation terroriste avait confié cette mission à Taheer Yuldashev et Najimuddin Uzbek. Après l’attaque de la mosquée, le 10 juillet dernier, des centaines de militants ont ainsi été trouvés porteurs d’instructions de Yuldashev.

Un véritable service de propagande a été créé avec studios d’enregistrement audio et vidéo, journaux, imprimerie, DVD, CD-Rom, vidéos... La mosquée travaillait comme sous-traitante pour l’agent de liaison entre les talibans et Ayman al-Zawahiri, Qari Yusuf Ahmadi. Cet homme a fait enregistrer des cassettes de propagande et fait imprimer des revues djihadistes comme Tora-Bora par des responsables de la Mosquée rouge. On pouvait acheter dans la bibliothèque ou aux alentours des cassettes vidéo fabriquées par al-Qaida et sa « maison de production, As-Sahab » (le nuage). Des tee-shirts à l’effigie de Ben Laden, aussi.

Plus grave, à l’intérieur de la mosquée étaient diffusés des DVD comme l’encyclopédie du Djihad en 18 volumes, véritable manuel de guerre terroriste. Et des cassettes vidéo de martyrs avant leurs exploits kamikazes contre des intérêts occidentaux. Des étudiantes de la madrasa pour filles (Jamia Hafsa) étaient conditionnées et on y recrutait de futurs kamikazes. On leur donnait l’exemple de femmes palestiniennes en Israël. Des textes fanatiques justifiant les opérations suicides ont été trouvés sur les ordinateurs de jeunes étudiantes. Un manuel djihadiste intitulé Femmes, votre rôle est venu, car les hommes dorment était diffusé dans la partie réservée aux femmes de la mosquée.

Par ailleurs, cette Mosquée rouge avait été transformée en un véritable bunker. Elle disposait d’un hôpital de guerre, de réserves de médicaments pour les blessés d’al-Qaida. Une infirmerie et des laboratoires de produits chimiques étaient même utilisés pour fabriquer des bombes remplies d’acide. Celles-ci étaient destinées à être lancées au visage des femmes sans voile accusées de violer la charia (loi islamique) !

Des mines avaient été éparpillées à l’extérieur de la mosquée. Des souterrains ont été découverts avec des planques d’armes et des chambres aménagées pour cacher des chefs terroristes. Dans l’une d’elles, des documents ayant appartenu à un des nouveaux chefs opérationnels d’al-Qaida.

Dans les sous-sols, l’armée pakistanaise a également retrouvé des manuels de fabrication d’explosifs à partir de bonbonnes de gaz (comme celles utilisées à Londres), des masques à gaz, des pistolets munis de silencieux, des ceintures remplies d’explosifs prêtes à être employées par des kamikazes, des chaussures piégées (comme celles de Richard Reid), des téléphones-satellites et des moyens de communication. Des passages secrets étaient camouflés dans les tunnels reliant les différents bâtiments.

Mais naturellement des questions restent posées sur le développement d’une telle situation dans la Mosquée rouge, à moins de 500 mètres du siège central des services secrets pakistanais, du quartier général des forces saintes pakistanaises et à quelques centaines de mètres du palais présidentiel et du ministère de l’Intérieur !


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