lundi 23 octobre 2017

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Le marché de la sécurité privée explose au Brésil

Lamia Oualalou, le Figaro

jeudi 2 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Le pays compte déjà plus de vigiles privés que de militaires sous les drapeaux.

« TRÈS BIEN, à demain donc, pour un premier diagnostic ! » Igor Pipolo range son mobile dans sa poche, et sourit : il vient de gagner un nouveau nom à sa liste de clients. À 36 ans, cet ancien tireur d’élite est devenu « consultant en sécurité », une profession en plein développement. Malgré les programmes sociaux mis en place depuis l’arrivée du président Luiz Inacio Lula da Silva, les inégalités restent très élevées. La faible présence policière dans les rues, conjuguée à la forte délinquance dans les grandes villes, terrorise les classes moyennes. Chaque jour à São Paulo, 800 personnes en moyenne sont attaquées et dépouillées de leurs biens.

« La terreur des plus riches, c’est l’enlèvement », explique Igor Pipolo. La méthode la plus courante est le kidnapping éclair. Il ne dure que quelques heures, le temps aux ravisseurs de retirer le maximum d’argent au moyen de cartes bancaires. L’enlèvement contre rançon est plus rare et reste réservé aux personnalités riches ou en vue. Il ne se passe pas un mois sans qu’un joueur vedette de football n’apprenne qu’un membre de sa famille a été séquestré. Enfin, une méthode nouvelle vient d’apparaître : le « faux enlèvement ». La victime reçoit un coup de téléphone d’un prétendu ravisseur qui l’assure avoir en sa possession sa femme ou son fils, et promet de l’exécuter s’il ne reçoit pas d’urgence une somme d’argent. Comme preuve, il énonce le numéro de sa pièce d’identité, ou de la plaque d’immatriculation de sa voiture. Des enregistrements piratés de ces données sont en vente sur les trottoirs de São Paulo. Dans la panique, la majorité des personnes obtempèrent, sans vérifier la véracité de la menace.

Dès sa prise de contact avec son client, Igor Pipolo le soumet à une batterie de questions pour évaluer les risques : a-t-il de la famille ; est-il une figure visible de l’entreprise ; combien gagnent ses employés de maison ; quelles sont ses habitudes ? « À partir de ce portrait, je recommande les réflexes à acquérir et je dresse la liste des équipements à installer : des caméras à l’entrée de la maison, des vitres fumées, un vigile à l’entrée, voire un véhicule blindé », explique-t-il. Le consultant gagne 500 réaux (185 euros) par heure de travail, et les compagnies de sécurité facturent leurs prestations une fortune. Les entreprises du secteur ont encaissé l’année dernière plus d’un milliard de dollars, en hausse de 14 % par rapport à 2005. Le Brésil compte déjà plus de 1,5 million de caméras de sécurité, dont 80 % à São Paulo, et 600 000 vigiles, plus que les effectifs réunis de l’armée de terre, de la marine et de la police militaire.

Les bunkers à la mode

Selon l’Association brésilienne de systèmes électroniques de sécurité (Abese), le chiffre d’affaires des quelque 8 000 entreprises du secteur de la sécurité devrait croître d’environ 17 % cette année, grâce au taux de change. La valorisation du réal par rapport au dollar a fait chuter le prix des caméras, systèmes de détection et autres produits, importés en majorité, « ce qui rend la sécurité beaucoup plus accessible pour tout le monde », explique-t-on à l’Abese. Or le marché offre des perspectives : seulement 420 000 maisons ou appartements sont munis de système de sécurité, contre 25 millions aux États-Unis, la référence.

Dernier symptôme de la paranoïa ambiante, plus de 90 propriétaires de maisons ont déjà installé dans leur sous-sol des bunkers de survie où ils peuvent se réfugier en cas d’attaques comme dans le film de David Fincher Panic Room tourné en 2002 avec Judie Foster dans le rôle principal. Équipées de systèmes électriques propres, de réserves d’eau et de vivres non périssables, ces miniforteresses permettent de vivre un mois en autarcie.


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