lundi 16 octobre 2017

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La presse allemande sur la sellette pour divulgation de secrets

Cécile de Corbière, le Figaro

lundi 6 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Dix-sept journalistes sont dans la ligne de mire de la justice pour avoir divulgué des documents d’une commission d’enquête du Bundestag sur l’activité antiterroriste des services de renseignements.

LE RESPECT du secret d’État vaut aussi pour les journalistes. Soupçonnés d’y avoir manqué, pas moins de dix-sept rédacteurs sont dans la ligne de mire de la justice allemande. Motif : la citation de documents issus de la commission d’enquête du Bundestag, chargée d’examiner les activités des services secrets allemands (BND) dans la lutte contre le terrorisme.

Certains membres du Parti social-démocrate (SPD), parti au pouvoir avec la CDU d’Angela Merkel, ont critiqué la mise en cause des journalistes. Les enquêtes ne devaient concerner « que ceux qui ont effectivement trahi le secret d’État et non ceux qui n’ont fait qu’obéir à leur devoir d’information », s’est insurgé le vice-président de la commission d’enquête Michael Hartmann (SPD).

Engagée par le président de cette commission Siegfried Kauder (CDU), la procédure vise également à retrouver les députés à l’origine des fuites.

Cependant, les seuls indices de violation du secret d’État résident dans les articles publiés par la presse. C’est pourquoi les journalistes sont les premiers mis en cause. Plusieurs publications de renom sont concernées : la Süddeutsche Zeitung, quotidien de Munich, le Tagesspiegel et Die Welt à Berlin ou encore les hebdomadaires Der Spiegel et Die Zeit. L’opposition est montée au créneau. « Nous avons un besoin urgent de nouvelles lois pour une meilleure protection des libertés d’opinion et de la presse », a déclaré le président du Parti libéral démocrate (FDP) Guido Westerwelle. Les Verts, le FDP et Die Linke réclament un nouveau texte de loi permettant de protéger les journalistes contre toute accusation de violation du secret d’État.

Le dossier est d’autant plus sensible qu’une affaire similaire vient d’être jugée par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Suite à la publication d’un article citant des documents secrets de la police criminelle sur le terroriste Abou Moussab al-Zarqaoui, les locaux du magazine Cicero avaient été fouillés. La perquisition a été jugée illégale par la Cour, une décision venue renforcer la liberté de la presse, selon de nombreux observateurs.

Siegfried Kauder ne renie pas le résultat de l’affaire Cicero. Le député conservateur évoque toutefois « le gruyère » qu’était devenue la commission d’enquête du Bundestag. « On pouvait lire dans la presse plus d’informations classées que nous en avions à notre disposition à la commission », a-t-il souligné. Selon lui, la Chancellerie aurait même menacé de ne plus lui communiquer d’informations.

Dossiers sensibles

Créée en avril 2006 sur demande de l’opposition, la commission d’enquête est chargée d’examiner la compatibilité avec les droits de l’homme de l’action des services secrets allemands dans la lutte contre le terrorisme.

Tous les dossiers sensibles sont étudiés : la présence des agents du BND à Bagdad pendant la guerre d’Irak, le transfert de citoyens allemands ou encore les vols secrets de la CIA.

Plusieurs politiques ont déjà été entendus. Le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (SPD) a témoigné en mars, dans le cadre de l’affaire Murat Kurnaz. Le jeune homme d’origine turque a été gardé prisonnier plusieurs années à Guantanamo avant de rentrer à Brême. Malgré l’aval des autorités américaines, Berlin aurait retardé au maximum sa libération, préconisant son renvoi direct vers la Turquie. À l’époque, Frank-Walter Steinmeier était chef de la Chancellerie de Gerhard Schröder.

Pour les rédacteurs en chef des journaux aujourd’hui incriminés, « la volonté d’entraver l’accès du public à l’information concernant les recherches de la commission sur l’affaire Kurnaz » se cache derrière l’ouverture des enquêtes. « La couverture du travail de la commission sera poursuivie avec une méticulosité inchangée », ont-ils fait savoir dans une déclaration commune.


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