mercredi 18 octobre 2017

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"La menace terroriste ne baisse pas"

Propos recueillis par Esther Delord, Nouvelobs.com

jeudi 9 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), auteur de Terrorisme(s), Abrégé d’une violence qui dure, CNRS Editions, Paris, 2006

Les médias se sont emballés mercredi sur une menace terroriste dans l’est de la France, mais le ministère de l’Intérieur dément, tout en ayant renforcé les mesures de sécurité… A partir de quand peut-on parler de "menace terroriste" ?

- On parle d’une menace terroriste avérée à partir de deux indicateurs principaux : la découverte d’éléments substantiels prouvant qu’il y a un commencement d’exécution de la menace, d’une part, comme des armes ou un colis piégé ; et la revendication d’une menace, d’autre part. Il peut aussi exister un troisième indicateur plus subtil : l’infiltration d’un groupe terroriste par les forces de police, qui témoignent alors directement d’un attentat en préparation. En ce qui concerne l’affaire de mercredi, il très difficile de dire s’il s’agissait vraiment d’une menace avérée, dans la mesure où les services de police ne communiquent pas sur l’état d’une menace potentielle. Y a-t-il eu emballement des médias, en effet, ou la police a-t-elle reçu une information qui s’est révélée infondée par la suite ? Difficile de savoir.

Quels sont les risques actuels en France ? Quels groupes terroristes pourraient prendre la France pour cible ?

- La menace terroriste ne baisse pas depuis des années. Guerre d’Irak ou pas, attitude bienveillante de la France à l’égard des pays arabes ou pas : cela n’a eu aucune incidence sur le niveau de risque, très élevé. C’est d’ailleurs ce que disent les autorités de renseignement et le ministre de l’Intérieur, et ce que confirme le maintien du plan Vigipirate au niveau rouge, correspondant à un niveau élevé d’alerte. A l’heure actuelle, et en dehors du cas particulier des Corses, ce sont des groupes islamiques radicaux qui essaient de monter des opérations dans notre pays. Il n’y a pas vraiment d’organisations très structurées, il s’agit plutôt de groupes familiaux ou claniques, parfois composés de quelques personnes seulement, qui se réclament de l’idéologie d’Al-Qaida et s’autoproclament membres du mouvement. Mais la France est aussi dans un cas un peu particulier, lié à son histoire avec le terrorisme algérien. Aujourd’hui, l’ex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), qui s’est autoproclamé "Al-Qaida Maghreb" l’an dernier, signifie clairement que la France est une cible. Mais l’action des services de police a jusque-là permis d’éviter les éventuels attentats.

Quels sont les moyens mis en place pour lutter contre ces risques, au niveau national et au niveau européen ? Sont-ils suffisants ?

- Je ne sais pas s’ils sont suffisants, en tout cas ils ont démontré leur efficacité jusqu’à présent, grâce à plusieurs facteurs : la centralisation des renseignements au sein de l’unité centrale de lutte antiterroriste du Ministère de l’Intérieur, l’action conjuguée des Renseignements Généraux, de la DST (direction de la surveillance du territoire), des gendarmeries territoriales et de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure) qui permet d’obtenir une couverture de la menace tout à fait considérable sur le territoire français, et enfin la coordination étroite entre Justice, avec la section spécialisée du parquet de Paris, et sous-direction antiterroriste de la police nationale. La France se dote ainsi d’une capacité d’action immédiate et forte. La loi française favorise également le démantèlement des groupes terroristes en cours de formation. Au niveau européen, c’est une tout autre histoire. Ce qui marche très bien, c’est la coopération bilatérale, notamment entre France, Espagne et Grande-Bretagne. Mais c’est beaucoup plus compliqué au niveau collectif, surtout pour échanger des renseignements : les niveaux des services de renseignement ne sont pas les mêmes dans tous les pays européens, et puis il y a toujours des risques de fuites. En revanche, la coopération judiciaire fonctionne bien, depuis la création d’un mandat d’arrêt européen, la définition européenne d’actes de terrorisme et la mise en place d’une échelle de peine commune à tous les pays. Enfin, l’Union européenne a progressé sur l’organisation des réponses en cas d’attentat, en coordonnant les services d’urgence et en travaillant sur le terrorisme NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), entre autres.


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