dimanche 22 octobre 2017

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Rétro 1923 : L’espionnage par TSF

Techno-science.net, Source et illustrations : Lectures pour Tous 1923

dimanche 12 août 2007, sélectionné par Spynews

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Les prémices de l’espionnage hertzien au début du siècle dernier dans la news rétro de ce dimanche.

Avertissement : Cette news rétro retranscrit des connaissances scientifiques, techniques ou autres de 1923, et contient donc volontairement les arguments, incertitudes ou erreurs d’époque.

Tout récemment, dans une lecture a l’Institut, M. Daniel Berthelot évoquait ce jour du temps de la guerre ou il entendit à Meudon, dans un humble cadre de bois, le bruit des hélices des sous-marins allemands de la baltique. Or chaque jour apporte un nouveau progrès dans l’emploi de la T. S. F. L’appareil décrit ici est une merveille nouvelle ajoutée à ce monde des merveilles.

On sait le rôle important joué pendant la guerre par la télégraphie et la téléphonie sans fil, sur terre comme sur mer. Ce que l’on connaît moins bien, c’est le rôle occulte que cette nouvelle science a pu jouer et dans quelle mesure les espions des pays belligérants ont su l’utiliser. Sur le front, des postes clandestins avertissaient l’ennemi des mouvements de troupes ; ils furent bien vite repérés. Dans les ports, des postes du même genre signalaient aux sous-marins ennemis le départ des navires, et le malheureux sort de plusieurs paquebots ou cargos inoffensifs peut leur être attribué. C’est ainsi qu’à Brindisi un certain poste clandestin, dont les messages commençaient par le mot mystérieux Tri-Kompot ou quelque chose d’approchant, signalait aux autrichiens la sortie des navires de guerre français ou italiens, et ces messages furent cause de nombreuses "bredouilles" des navires alliés.

Dans le cas de postes clandestins établis dans de grandes agglomérations telles que Marseille, par exemple, d’où partaient de nombreux navires-transports ou cargos, on se rend aisément compte de la difficulté éprouvée pour le repérage de ces postes. Au début de la guerre, on n’employait que des postes à étincelles, c’est-à-dire dans lesquels les ondes hertziennes sont dues à l’éclatement d’une étincelle entre deux sphères ou entre deux cylindres appelés éclateurs. Cette étincelle est bruyante, comme ont pu le remarquer les parisiens lorsqu’ils se promènent dans le voisinage de la Tour Eiffel aux heures d’émission. Dans ces conditions, l’opérateur clandestin ne tardait pas à révéler sa présence.

Mais bientôt l’usage des ondes entretenues ne tarda pas à se répandre. Au lieu d’employer les "oscillations amorties," créées par l’étincelle, il devint possible, en effet, grâce à des systèmes nouveaux, d’utiliser les "oscillations entretenues", c’est-à-dire des oscillations dont les dépenses d’énergie dues aux diverses résistances sont compensées par un apport d’énergie dû à une source extérieure. La lampe à trois électrodes ou "tube à vide" est le plus simple des appareils générateurs de ces oscillations entretenues. Or, son fonctionnement est absolument silencieux et l’on conçoit que, pendant quelque temps, les espions eurent beau jeu pour passer leurs messages. Ce ne fut pas pour longtemps d’ailleurs, car presque aussitôt un nouvel appareil entrait en action pour révéler la position exacte du poste.

Cet appareil est le "radiogoniomètre". On appelle ainsi un instrument destiné à rechercher la position d’un poste émetteur. Il consiste essentiellement en un certain nombre de spires de fil conducteur enroulé autour d’un cadre de forme quelconque (carré, hexagonal, en losange). Un tel cadre jouit de la propriété de donner dans un écouteur téléphonique un son maximum lorsque le plan du cadre est dirigé vers le poste émetteur et un son minimum lorsque son plan est perpendiculaire à la direction de ce poste. Ce fait s’explique d’ailleurs assez simplement.

Les ondes hertziennes se propagent, ainsi que le montrent nos dessins, sous forme de sphères ayant le poste émetteur comme centre. Lorsque le plan du cadre est perpendiculaire à la direction de l’émetteur, ces sphères sont tangentes au plan du cadre ; lorsque le plan du cadre est dirigé vers le poste émetteur, la surface du cadre recueille un nombre maximum d’ondes, et le son perçu au téléphone est maximum.

Entre la position la plus favorable et celle qui coïncide avec l’extinction des signaux, il existe, bien entendu, une série de positions du cadre pour lesquelles la réception est de plus en plus forte à mesure que le cadre se rapproche de la position la meilleure.

Les cadres ou radiogoniomètres sont donc mobiles autour d’un axe vertical. Pour repérer un poste émetteur, il suffit de faire tourner le cadre et de chercher la position pour laquelle l’intensité du son perçu est à son maximum. Le poste émetteur est alors dans le plan du cadre. Mais, direz-vous, on ne connaît ainsi qu’une seule direction sur laquelle doit se trouver le poste recherché. Certes, mais il suffit alors d’opérer - comme l’indique la figure suivante - de la même façon, en un autre endroit, avec un appareil analogue, ou avec le premier appareil transporté en un autre point, pour obtenir la position du poste émetteur au point où se coupent les deux directions. Bien entendu, on a le plus grand intérêt à multiplier le nombre de postes radio goniométriques : plus ils sont nombreux et plus la moyenne de leurs indications aboutit à un repérage précis.

Comme nous le disions au début, le radiogoniomètre fut employé pendant la guerre pour déceler la position de postes clandestins. Il servit aussi à repérer les sous-marins ennemis, qui envoyaient des signaux, par exemple pour annoncer leur arrivée dans un port allemand ou autrichien. C’est ainsi, que dans la mer du Nord et dans l’Adriatique, certains sous-marins ennemis approchant de leurs bases et annonçant leur prochaine arrivée, eurent la désagréable surprise de voir surgir, peu de temps après, un torpilleur allié qui, grâce à sa vitesse, les surprenait avant qu’ils eussent eu le temps de plonger.

Un service radio goniométrique fonctionnait aux armées pendant la guerre et permit à notre artillerie de diriger son tir sur les stations de télégraphie sans fil ennemies.

Actuellement, le radiogoniomètre est employé pour repérer les postes émetteurs qui ne sont pas en règle avec le fisc. On sait, en effet, que les radiocommunications privées sont soumises à des règlements spéciaux, entre autres au paiement de certaines taxes. L’imprudent qui voudra enfreindre ces règlements aura beau cacher son antenne dans sa cheminée ou dans son grenier, il ne tardera pas à être repéré. Le seul fait d’ailleurs qu’il soit possible d’utiliser un moyen aussi simple de repérage suffit à empêcher l’existence de postes clandestins, et il est bien rare que le radiogoniomètre soit employé pour cette tâche. Il va sans dire que les postes émetteurs de T. S. F. sont seuls soumis à une surveillance ; les postes récepteurs peuvent être établis sans difficultés.

Très fréquent est l’emploi du radiogoniomètre à bord des navires. La radiogoniométrie possède, en effet, sur les autres instruments de navigation, des avantages considérables inhérents à la nature même du procédé.

Les appareils optiques ou acoustiques permettent aux navires, dans une certaine mesure, de s’orienter à proximité des côtes, mais ces instruments sont influencés par les conditions atmosphériques qui en rendent souvent l’usage incertain. Les radio goniomètres, au contraire, sont d’un emploi régulier et sûr : ils fonctionnent le jour comme la nuit, par la brume aussi bien que par temps clair. Leur rayon d’action est beaucoup plus étendu que celui des autres instruments. Enfin, ils peuvent servir aux navires pour s’indiquer mutuellement leur position et leur route et éviter les abordages.

Rappelons, pour terminer, une amusante aventure qui montre que, dans certaines circonstances du métier d’espion, il vaut mieux employer la télégraphie sans fil que de faire des rapports verbaux, quelque danger que l’on puisse courir de se voir repérer par le radio goniomètre.

On se rappelle qu’au début de la guerre la flotte anglaise remonta vers le nord de l’Angleterre et alla prendre son mouillage dans la baie de Scapa Flow (îles Orkney). Pendant les premiers jours de la guerre, la flotte anglaise resta dans cette baie sans aucune protection de filets ni de mines. Elle était à la merci d’une attaque de sous-marins ou de torpilleurs allemands et l’on ne s’explique guère l’inertie des Allemands.

Lord Fisher, Premier Lord de l’Amirauté, en donne dans ses Mémoires l’explication plausible suivante : comment les Allemands pouvaient-ils supposer un seul instant, eux dont les navires étaient si bien à l’abri derrière un triple rang de filets et de mines, comment pouvaient-ils supposer que la première Armada du monde oserait courir un tel risque ? Il raconte à ce propos que trois espions allemands ayant été envoyés de ce côté voir ce qui s’y passait, revinrent en disant que la flotte anglaise n’était nullement protégée. Ne pouvant pas croire à pareille négligence, les Allemands firent fusiller leurs espions accusés de trahison ou de lâcheté. Trois autres espions furent envoyés immédiatement pour les remplacer ; ne voulant pas subir le sort de leurs prédécesseurs, ils s’en revinrent, déclarant que la flotte anglaise était parfaitement à l’abri à Scapa Flow.

C’étaient des sages, mais pourquoi leurs prédécesseurs n’employèrent-ils pas la télégraphie sans fil ? Il est vrai qu’à ce moment-là la T. S. F. était bien bruyante et qu’il n’était point besoin de radiogoniomètre pour déceler la présence d’un poste émetteur.

Source et illustrations : Lectures pour Tous 1923


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