dimanche 10 décembre 2017

Accueil du site > Technologie > Biométrie et papiers d’identité : les experts encore très (...)

Biométrie et papiers d’identité : les experts encore très réticents

Estelle Dumout, ZDNet France

lundi 11 octobre 2004, sélectionné par Spyworld

logo

La technologie biométrique n’est pas encore prête pour une application à grande échelle ; son intégration hâtive dans les papiers d’identité serait une erreur. Tel est le message délivré par quatre experts devant le Parlement européen.

L’introduction d’identifiants biométriques dans les papiers d’identité se heurte à un scepticisme grandissant. Et ce alors que la Commission de Bruxelles, sous la pression du gouvernement américain, est parvenu à faire accepter par le Conseil de l’Union européenne (UE) un calendrier très resserré en la matière.

L’UE compte en effet utiliser dès 2005 ce type de données "biologiques" pour sécuriser les visas et les titres de séjour des ressortissants des pays tiers. En 2005 également, le Parlement et la Commission plancheront sur plusieurs projets de directives pour rendre obligatoire la présence de ces identifiants biométriques dans les passeports des 25 pays membres.

La commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures du Parlement européen a organisé, le 6 octobre, une audition rassemblant quatre experts sur le sujet. Elle devra se prononcer, la semaine prochaine, sur deux projets de rapports réalisés par un de ses membres, le député portugais Carlos Coelho (PPE - Démocrates chrétiens). Le premier est intitulé "Visa, titre de séjour : modèle uniforme, insertion de photo, identification biométrique" ; le second "Éléments biométriques intégrés dans les passeports des citoyens".

Selon le bulletin de l’organisation de défense des libertés civiles European Digital Rights (Edri), ont témoigné les experts suivants : Julian Ashbourn et Jonathan Cave, respectivement conseiller en biométrie auprès des gouvernements britannique, américain et japonais, et économiste à l’université de Warwick ; Paul de Hert, professeur de droit à l’université néerlandaise de Leiden ; et enfin Bernadette Dorizzi, professeur responsable du département Électronique et physique à l’Institut national des télécommunications (INT) de Paris.

La tentation de l’identifiant génétique

Durant deux heures trente, tous se sont montrés unanimes : l’introduction trop hâtive d’une technologie qui n’est pas encore prête pour une application à grande échelle pourrait engendrer des conséquences imprévisibles. Julian Ashbourn a insisté sur le fait que l’attention de tous était actuellement trop concentrée sur les aspects technologiques de la biométrie. Alors que les impacts sur la société, qui concernent inévitablement notre génération ainsi que nos petits enfants, sont passés sous silence, a-t-il prévenu. Selon lui, il faudra compter encore environ 25 ans avant que la biométrie ne rassemble un consensus suffisamment large pour être déployée massivement.

Jonathan Cave a, de son côté, souligné que la biométrie apportait un degré d’identification inutile pour la plupart des services auxquels on souhaite l’appliquer. Pour Paul de Hert, l’important est de limiter au maximum le stockage d’informations dans de gigantesques bases de données.

Bernadette Dorizzi, rapporte l’Edri, a rappelé que les systèmes biométriques étaient très loin d’être infaillibles. Elle estime que certaines technologies, comme la reconnaissance faciale, présente des taux d’erreurs de 40% ; seul l’ADN étant infaillible puisque propre à chaque personne. Si la Chine envisage d’introduire de tels identifiants sur ses cartes d’identité nationales, cela est complètement impensable dans un contexte européen, a-t-elle dit en substance.

Bernadette Dorizzi est également la coordinatrice du projet français "Biomet" de "vérification biométrique multimodale". Ce projet étudie la faisabilité de conjuguer cinq formes différentes de biométrie (empreintes digitales, forme du visage, voix, signature en ligne et forme de la main) pour y trouver plus de pertinence.

Ces témoignages semblent avoir convaincu le député Carlos Coelho, note l’Edri : « Nous devons être sûrs qu’il y a un équilibre entre les valeurs de la sécurité et celles de la liberté ». « Aucune des deux ne doit être sacrifiée au profit de l’autre », a-t-il conclu.

Pour en savoir plus : "Ines", nom de baptême de la carte d’identité électronique


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :