jeudi 14 décembre 2017

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Hervé Morin, la défense du centre

Judith Waintraub, le Figaro

lundi 13 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Le ministre de la Défense doit organiser la sensibilité centriste de la majorité.

« JE FAIS une course contre la montre » : sous ses airs désinvoltes, Hervé Morin sait que le temps lui est compté. L’ancien président du groupe UDF de l’Assemblée a reçu mission d’« occuper le centre droit » déserté par François Bayrou. Pour affirmer son autorité sur les centristes qui l’ont suivi, Nicolas Sarkozy lui a donné un ministère régalien, la Défense. Qu’il échoue rue Saint-Dominique, ou sur le terrain électoral, et c’en sera fini du Nouveau Centre. « Il y a un peu moins d’un mois, confie-t-il, Sarkozy m’a prévenu que ça allait beaucoup tourner au gouvernement. Il m’a dit qu’un certain nombre d’entre nous allait exploser en vol. »

Ministre de la Défense à 45 ans, onze ans après son mentor François Léotard, qui l’avait emmené avec lui rue Saint-Dominique comme conseiller chargé des relations avec le Parlement, Hervé Morin jouit de sa promotion éclair tout en essayant de se « faire à l’idée d’être assis sur un siège éjectable ». À quand l’épreuve de vérité ? Le chef de l’État a expliqué à l’état-major de l’UMP qu’il envisageait de remanier le gouvernement en janvier, avant de soumettre ses réformes institutionnelles au Parlement réuni en congrès. Objectif : élargir encore l’« ouverture » pour obtenir la majorité des trois cinquièmes et semer un peu plus de désordre dans les rangs socialistes à trois mois des municipales. Hervé Morin pense qu’il conservera son ministère. Il ne voit pas Nicolas Sarkozy « changer de stratégie » et se séparer des centristes avant qu’ils aient pu faire leurs preuves. D’où le calme avec lequel il a pris l’épisode Le Drian.

Le soir du second tour des législatives, le chef de l’État a appelé le président PS du conseil régional de Bretagne pour lui proposer un poste à la Défense. Offre rejetée. « Il s’agissait sûrement d’un secrétariat d’État », veut croire le patron du Nouveau Centre. Les centristes restés fidèles à François Bayrou ont une tout autre interprétation de la manoeuvre. « Je serais Morin, je me ferais du souci !, ironise le sénateur UDF Jacqueline Gourault. Les centristes, Sarkozy s’en fout. Il a vécu une traversée du désert, il connaît la valeur de la fidélité. Je n’ai pas beaucoup de doutes sur ce qu’il a pensé quand Morin et les autres sont venus le voir. »

Pour les municipales, des négociations avec l’UMP

Cette bayrouiste de choc est persuadée que « les législatives ont montré à Sarkozy les limites de la technique du débauchage individuel. Il a compris que ça poussait toute une frange de notre électorat vers la gauche, et qu’il ne fallait pas en abuser ». « Faux, riposte Jean-Christophe Baguet, ex-UDF rallié à la candidature Sarkozy dès octobre 2006. L’électorat de gauche qui avait été séduit par Bayrou à la présidentielle est simplement rentré au bercail. Nos électeurs traditionnels, eux, nous ont suivis. » Le député des Hauts-de-Seine pense que « Morin est capable de fédérer ces centristes historiques, qui ne se reconnaissent plus dans la démarche de Bayrou ».

« À condition qu’on bosse, prévient l’intéressé. Les députés UDF sont venus à moi parce Bayrou voulait en faire de la chair à canon, mais l’existence d’un centre droit libre et indépendant n’est pas acquise. On doit se territorialiser pour s’affirmer localement face à la machine UMP. »

Les négociations pour les municipales entre le parti présidentiel et le Nouveau Centre serviront de test. Hervé Morin va pouvoir les suivre de très près, puisque son secrétaire d’État à la Défense, Alain Marleix, est aussi secrétaire national chargé des élections à l’UMP. Ils cohabitent depuis les législatives et leurs relations sont « excellentes » au dire de tous ceux qui les ont vus ensemble. Gros travailleur, Marleix est réputé pour son caractère affable et son inusable patience. Quant à Morin, « il est un peu brut de décoffrage, mais c’est un malin et un fonceur », juge Pierre-Christophe Baguet. « Il est carré et il ne prend pas les gens en traître : quand il m’a fait virer par le groupe UDF, il m’a téléphoné avant pour me prévenir. Et il m’a envoyé ses voeux en 2007, ce qui m’a fait marrer ».

Son caractère, le ministre de la Défense a eu l’occasion de le montrer dès son arrivée rue Saint-Dominique. Il a décidé d’y passer le plus de temps possible. « Michèle Alliot-Marie était tout le temps sur le terrain, ce qui veut dire qu’elle n’était pas ici à prendre les décisions. Moi, je refuse d’être une marionnette. »

On raconte rue Saint-Dominique que les premières semaines, les relations entre le ministre et Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées, ont été du genre « viriles ». Déjà mis sous étroite surveillance par l’Élysée et par Matignon, Morin n’a aucune envie de « laisser les militaires prendre les décisions à sa place ».

Éviter une diminution de ses crédits

Dans un domaine aussi sensible que la Défense, il est difficile pour un ministre d’imprimer sa marque. Surtout en période de restriction budgétaire. Entre un Fillon « debout sur le frein » pour éviter que les dépenses dérapent, et un Sarkozy « tenu par ses engagements devant les Français », Morin se démène pour éviter une diminution de ses crédits.

Combat difficile, et peu lisible par l’opinion. Pour faire exister le Nouveau Centre dans la majorité, son chef a besoin de sujets porteurs, et aussi d’alliés. Mais il se réserve le droit de les choisir. Frustrés d’être si peu représentés au gouvernement, les ex-centristes qui avaient rejoint l’UMP dès 2002 ont menacé un temps de quitter le parti présidentiel pour le Nouveau Centre. Morin, qui ne s’est pas émancipé de la tutelle de Bayrou pour se soumettre à celle d’un Méhaignerie ou d’un Raffarin, leur a fait savoir qu’il n’était « pas là pour récupérer les UMP fâchés ». En revanche, il a accepté les offres de collaborations ponctuelles des réformateurs.

Leur président fondateur, Hervé Novelli, est une vieille connaissance et un ami. Les deux Hervé habitent le même immeuble du XVIIe arrondissement. Aussi jaloux l’un que l’autre de préserver l’originalité de leurs mouvements , ils ont décidé de tester leur compatibilité en organisant ensemble deux colloques à la rentrée. L’un, sur l’instauration d’un small business act à la française, sera animé par Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des entreprises, tandis qu’Hervé Morin pilotera les travaux de l’autre, consacrés aux réformes institutionnelles. Tous ces projets figuraient parmi les propositions phares du candidat Bayrou. Morin a négocié avec Sarkozy leur inscription dans la plate-forme commune de l’UMP et des centristes ralliés pour les législatives. De sa capacité à les faire aboutir dépendra le poids politique futur du Nouveau Centre.


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