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Entre Casablanca et Mantes-la-Jolie, l’ombre d’une cellule djihadiste

Pascale Robert-Diard, le Monde

lundi 13 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Dans le filet à mailles serrées que constitue, pour les juges de la section antiterroriste et les enquêteurs de la direction de la surveillance du territoire (DST), l’incrimination d’"association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme", remontent à intervalles réguliers des morceaux épars du puzzle d’organisations fondamentalistes musulmanes suspectées d’être liées à Al-Qaida. Ce filet-là avait été tendu à Mantes-la-Jolie (Yvelines), cité du Val-Fourré, dans la foulée des attentats de Casablanca, au Maroc, en mai 2003, qui ont causé la mort de 43 personnes, dont 4 Français, et blessé une centaine de personnes.

Du 4 au 20 juin, il a amené devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris présidée par Jean-Claude Kross, huit hommes - dont cinq comparaissaient détenus - poursuivis pour leur appartenance à la "cellule française" du Groupe islamique combattant marocain (GICM), soupçonné d’avoir commandité les attentats de Casablanca et d’être impliqué dans ceux de Madrid en mars 2004. Il leur est principalement reproché d’avoir fourni des aides matérielles - de l’argent ou de l’hébergement - ainsi que des faux documents administratifs. Des peines de 6 mois à 10 ans de prison ferme, le maximum encouru pour ce délit, ont été requises par le procureur. Le jugement est attendu le 11 juillet.

Français d’origine marocaine ou Marocains, ils ont entre 30 et 40 ans. Leurs curriculums se ressemblent. Elevés dans des familles plutôt traditionalistes, au coeur de la "plus grande ZUP d’Europe", comme l’a dit fièrement l’un d’eux, ils ne gardent pour la plupart de leur scolarité que le souvenir d’un échec cuisant. "On est des mecs des cités, des galériens", résument-ils. Dans un coin de leur enfance et de leur adolescence, il y a les rumeurs et les récits des aînés partis en Afghanistan ou en Bosnie et rentrés auréolés de leurs faits d’armes. Il y a aussi la fréquentation régulière de la mosquée de Mantes-la-Jolie, où officiait l’imam Al-Tayeb Bentizi. "Un père" pour eux, d’autant que l’imam qui leur enseignait l’islam et l’arabe était également l’animateur du principal club de sport de la cité, où il donnait des cours gratuits de taekwondo.

Expulsé de France en 1995 en raison de la virulence de ses prêches et condamné en 2003 à dix-huit ans de réclusion criminelle par la justice marocaine pour son implication dans les attentats de Casablanca, l’imam Al-Tayeb Bentizi était apparu au fil des audiences comme un personnage central dans la destinée de ces jeunes de Mantes-la-Jolie. "Il a mis mon coeur en captivité", avait dit de lui l’un des prévenus, Fouad Charouali.

UN "MOUDJAHID À LA RETRAITE"

On retrouve l’empreinte de l’imam à chaque étape de leur parcours vers le djihad : c’est lui qui leur recommande la pratique d’un islam rigoureux, qui les accompagne en Syrie pour suivre une formation dans un institut fondamentaliste de Damas, puis qui les incite à recevoir une formation militaire dans des camps en Afghanistan. Lui encore qui les reçoit régulièrement après son expulsion au Maroc où il tient une librairie religieuse.

Parmi les huit prévenus, Mustapha Baouchi tenait une place à part. Spécialiste des explosifs, considéré par l’accusation comme le chef de la cellule française, il s’est présenté lui-même comme un "moudjahid à la retraite". "Est-ce que, pour vous, le fait de comparaître aujourd’hui devant un tribunal est la preuve de la sincérité de votre combat pour l’islam ?", lui avait demandé le président. "C’était un risque à prendre", avait-il répondu. "Que représente pour vous la mort en martyr ? - Pour moi, c’est quelqu’un qui a tout gagné en islam."

Initialement ouverte pour "assassinats, complicités ou tentatives d’assassinats", l’information judiciaire avait été requalifiée en association de malfaiteurs, l’enquête n’ayant pas pu établir de lien direct entre les prévenus et la préparation des attentats de Casablanca ou de Madrid. Mais pour le procureur Mathieu Debatisse, les membres de cette cellule du GICM constituaient "un vivier, une base arrière" destinés à apporter un soutien logistique et financier "pour un combat qui avait lieu ailleurs" et adhéraient à un groupe "qui a vocation à perpétrer des attentats terroristes". "Ils ont été formés aux deux djihads, celui des montagnes et celui des villes", a-t-il souligné.


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