mardi 12 décembre 2017

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Exode des agents secrets de Sa Majesté

Sébastien Martin, le Figaro

mardi 14 août 2007, sélectionné par Spynews

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C’EST le grand malaise de l’armée britannique. Près de 20 % des officiers qui travaillent pour les services de renseignements de l’armée ont quitté leurs fonctions ces trois dernières années, selon une source militaire citée hier par le Daily Telegraph. Au total, cela représente le départ de près d’une centaine d’officiers, essentiellement engagés en Irak et en Afghanistan. La raison ? Les salaires dans les entreprises privées à la recherche de renseignements dans ces pays sont beaucoup plus alléchants.

Un an à Bagdad pour une société privée peut rapporter jusqu’à 185 000 euros, avec trois mois de vacances. En comparaison, un officier britannique en Irak gagne 70 000 euros, presque trois fois moins. Pour faire face, l’armée envisagerait d’offrir une prime supplémentaire.

Au-delà de la concurrence du secteur privé, le retrait des officiers illustre aussi le malaise général de l’armée britannique. En Afghanistan, le bilan s’est encore alourdi samedi, avec un mort de plus lors d’une attaque contre un convoi dans le sud du pays. Cela porte le total des tués à 70 depuis le début de la guerre en 2001. En Irak, le bilan est de 168 depuis 2003.

Grogne généralisée

Si les désertions ne se sont pas multipliées, contrairement aux États-Unis, la grogne s’est étendue. Périodiquement, des exemples de rébellion à l’intérieur de l’armée apparaissent. L’an dernier, Ben Griffin, un membre des services secrets SAS, a refusé de retourner à Bagdad, à cause de la façon dont ses collègues américains traitaient les Irakiens. Il a dû démissionner.

L’association Combat Stress, qui aide les anciens militaires qui souffrent de dépression, estime que le ras-le-bol est généralisé. « Ceux qui font partie d’unités spécialisées sont déjà allés au moins deux fois en Irak, explique Robert Marsh, son porte-parole. Pour eux, l’idée d’y retourner n’est pas réjouissante. » L’association connaît une forte progression du nombre de cas qu’elle traite : 759 en 2004, 939 en 2005, et 948 l’an dernier.

Le mécontentement est tel qu’une « fédération des forces armées britanniques » a vu le jour en octobre. Ses fondateurs soulignent qu’il ne s’agit pas d’un syndicat. Mais son objectif officiel est quand même de « promouvoir les intérêts professionnels, sociaux et autres » des soldats, malgré l’opposition du ministère de la Défense. Le trouble de l’armée britannique semble être là pour durer.


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