dimanche 22 octobre 2017

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Des yeux canadiens dans le ciel afghan

Pierre-André Normandin, le Soleil, avec AFP

lundi 20 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Les Forces canadiennes souhaitent se doter de nouveaux avions sans pilote afin d’assurer une meilleure surveillance en Afghanistan, a récemment indiqué au Soleil le chef d’état-major de l’armée, le brigadier-général Rick Hillier. Le plus haut gradé canadien veut ainsi réduire la menace posée par les insurgés enfouissant des bombes le long des parcours empruntés par les convois de ravitaillement, comme celui attaqué hier.

Le climat chaud et sec de l’Afghanistan empêche trop souvent d’utiliser les drones Prédateurs actuellement employés. « Il fait un bon travail, mais il est trop limité. On a besoin d’un appareil avec une meilleure endurance, un plus long rayon d’action et une meilleure résistance au climat », a révélé le général Hillier. Le plus haut gradé canadien aimerait avoir une surveillance 24 heures sur 24 du sol afghan.

Déjà, ces avions sans pilote ont fait leurs preuves, assure M. Hillier. En juin, un drone canadien a surpris un groupe d’insurgés en train de poser un engin explosif le long d’une route. Alertée, l’artillerie a aussitôt braqué ses canons vers les poseurs de bombes pour réduire au silence cette menace.

Le même mois, une embuscade a été évitée grâce à un autre avion sans pilote ayant détecté la présence d’individus armés sur la route d’un convoi canadien. Informés, les militaires sont passés de proie à prédateurs, a rapporté M. Hillier. Ils ont modifié leur trajet pour prendre à revers les insurgés.

Beaucoup plus avancée, l’armée américaine équipe ses drones de missiles afin de frapper sur le champ des cibles repérées du haut des airs. En 2002, un tel appareil a abattu six membres présumés d’Al-Qaida au Yémen.

Affaiblis, les insurgés changent de tactiques

D’un côté, la bonne nouvelle. Harcelés depuis l’arrivée des soldats canadiens dans la région de Kandahar, les talibans ont dû se retrancher et ne forment plus qu’un groupe désorganisé incapable de mener des opérations d’envergure. D’un autre côté, les insurgés sont désormais passés en mode guérilla, faisant planer une menace invisible sur les 2500 Québécois actuellement déployés en Afghanistan, selon plusieurs observateurs.

« Le fait que leurs attaques ciblent de plus en plus les civils, qu’ils multiplient les prises d’otages et les engins explosifs improvisés laisse entendre qu’ils sont désorganisés, qu’ils posent des actes désespérés », analyse le lieutenant-colonel à la retraite Rémy Landry. « Ils cherchent davantage à avoir un impact sur les médias internationaux que sur le terrain. Ils savent que plusieurs pays ont de la difficulté à vendre mission à leur population. »

Même son de cloche chez Marc-André Boivin, du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. « D’une certaine façon, la situation s’est améliorée. L’année dernière, c’est pratiquement une armée organisée de talibans qui attendait l’OTAN. Cette année, on n’a rien vu de comparable. »

Les évaluations actuelles des forces insurgées varient d’un millier à 20 000 combattants. Difficile d’avoir un portrait précis puisque les alliances vacillent facilement en Afghanistan. « Votre allié d’aujourd’hui peut être votre ennemi de demain », résume Marc-André Boivin. Un simple fermier peut ainsi joindre les talibans pour se venger de soldats ayant tué un proche ou simplement pour recevoir de l’argent afin de subsister.

Chose certaine, les rangs des insurgés comptent de plus en plus de combattants étrangers. Le brigadier-général Rick Hillier a récemment reconnu en entrevue au Soleil que les soldats canadiens affrontaient parfois des insurgés étrangers. Ainsi, des rebelles tchétchènes ont été tués ou capturés dans la région de Kandahar. Des Pakistanais d’origine pachtoune, la même ethnie que la majorité des Afghans de Kandahar, seraient également nombreux à traverser la frontière pour prêter main-forte à l’insurrection.

Signe des divisions régnant au sein des opposants à la présence internationale, le chef du régime taliban de 1996 à 2001, le mollah Omar, a appelé samedi les Afghans à l’unité dans la guerre sainte (djihad) livrée aux forces de l’OTAN. « Les ennemis de l’Islam et de l’indépendance de ce pays ont lancé une propagande satanique sous les slogans de démocratie et de liberté et tentent de diviser les Afghans à leur profit », a-t-il indiqué dans un message envoyé aux médias de Kaboul, pour souligner la fête d’indépendance de l’Afghanistan célébrée hier.

« On reconnaît au mollah Omar la direction des talibans. Mais à partir de là, ça se complique. Les groupes sont divisés sur le terrain, note Marc-André Boivin. Les politiques changent d’un district à l’autre : attaque-t-on les écoles ? Commet-on des attentats-suicides ? C’est un mouvement très fragmenté. La plupart des insurgés s’affiche comme pro-taliban, mais ça n’en fait pas des talibans pour autant. »


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