mercredi 1er octobre 2014

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Drones russes : les leaders sont de retour !

Red-Stars.org

lundi 20 août 2007, sélectionné par Spyworld

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Les industriels russes reprennent actuellement leur travaux de R&D en matière de drones (Unmanned Aerial Vehicles ou UAVs), un domaine où la Russie était autrefois leader. De nombreux pays font tout leur possible pour développer les technologies relatives aux UAVs, qui devraient rapporter des milliards de recettes dans la prochaine décennie. Durant une certaine période, les drones russes n’ont pas été présentés lors de salons internationaux, ce qui a quelque peu surpris les experts étrangers. Cette année, le salon aéronautique moscovite MAKS-2007 devrait marquer un tournant. Il y a aujourd’hui plusieurs dizaines de produits proposés par différentes sociétés russes. Certains sont très innovants.

On trouve encore dans les medias russes des remarques critiques quant au développement des drones russes retardé par l’absence d’un concept national à ce sujet. Au sein du tout nouveau holding aéronautique OAK, on trouve quatre divisions : militaire, civil, transport militaire & spécial, pièces détachées & composants. Les drones n’ont pas leur propre division et ne font pas partie de la division militaire. Ce que les observateurs ont fortement critiqué. Mais, les industriels russes interviewés par le correspondant de Pravda.ru à REA-2006, IDELF-2006 et TEK UAVs-2007, ainsi que sur d’autres salons spécialisés, prennent bien soin de parler des drones.

Il s’avère qu’un concept de drone en lui-même n’est pas si important que les médias veulent bien le dire. Le nouveau concept, qui est néanmoins attendu dans un futur proche, sera la troisième et dernière version du concept de base, qui existe déjà depuis 1990 environ. Le concept a été mis à jour tous les cinq ans environ. Il n’est ni engageant ni précis car « provisoire ». L’absence (ou le retard) de concept n’empêche nullement les développements techniques. Selon les contacts très informés de Pravda, il n’est qu’à moitié vrai de dire que le concept détermine ce qu’il faut faire, quand il faut le faire et où. Il y a deux façons de voir les choses. Si quelque chose de réellement avancé et techniquement réussi apparaît dans un laboratoire, ce sera très certainement inclus dans le concept. Les auteurs du concept ont profondément analysé le marché actuel et même ses perspectives de développement afin de trouver une place aux meilleurs dans le concept. D’un autre côté, le concept doit attirer l’attention des bureaux d’étude sur les niches où il y a peu ou pas d’offre sur le marché. Le concept est développé par le Ministère de la défense avec l’aide d’instituts spécialisés et des représentants de l’industrie.

Pas mal de développements proposés par l’industrie russe ont été realisés sur leur propre initiative sans client particulier en tête. Plusieurs ont été réalisés en nombres limités pour des clients particuliers. Il faut aussi garder en mémoire que, du fait de l’absence de concept et d’une législation inexistante, les activités du secteur des drones sont assez chaotiques. C’est pourquoi seuls les experts peuvent correctement analyser les développements spécifiques et sélectionner les informations utiles dans la masse d’information disponible auprès des médias russes.

Selon les sources de Pravda, la Russie a aujourd’hui un code aérien qui inclut le terme d’UAV. Mais il n’y a pas encore de lois pour réguler les vols de drones hormis pour les missions de combat. Pour les experts, c’est un sérieux point négatif de la législation actuelle. Théoriquement, devant la justice, tout vol de drone, y compris ceux réalisés par des modélistes par exemple, peut être interprété par un procureur comme illégal. Les seuls endroits où les drones peuvent voler légalement sont les centres d’essais du Ministère de la Défense et certaines zones réservées peu nombreuses car les tests de drones doivent actuellement être organisés comme ceux des missiles de croisière. On doit fermer la zone et interdire la présence de tout objet dans les airs. D’ailleurs, toutes les photos et prospectus présentant des drones de surveillance des routes, pipelines ou autres, sont de facto illégaux.

Le fait que la législation russe actuelle n’est pas totalement prête à soutenir le développement de drones, n’est pas sans raisons objectives. Il serait inopportun de donner le feu vert aux développeurs de drones dans tous les domaines à cause du danger terroriste. Ce danger existe partout dans le monde. Bien sûr, tout interdire n’est pas la solution, mais il faut savoir que dans ce domaine, faire évoluer la réglementation est très difficile. Le gouvernement doit être très sélectif. Même les industriels s’accordent à dire que l’industrie des drones doit être strictement licenciée. Aujourd’hui, peu de sociétés de l’industrie des drones ont toutes les licences nécessaires pour leurs activités. Leurs solutions devraient être assimilées à rien de plus que du modélisme aérien. Les experts sérieux voient ça autrement. Le marché des drones est très complexe et seules les sociétés les plus compétentes perdureront et rejoindront les leaders. Aujourd’hui, peu de ces sociétés disposent d’une vaste expérience et des moyens techniques adéquats (moyens d’expérimentation, centres d’essais, etc.) en plus d’être totalement certifiées et licenciées.

Développer de nouveaux drones requière des investissements considérables en R&D. Beaucoup de sociétés qui proposent des UAVs n’ont pas ces moyens financiers. Cela pose un problème pour les futurs utilisateurs, qui certes disposeront de drones peu chers, mais paieront ultérieurement le prix fort pour les moderniser et les réparer. Ce qui pourrait coûter plus cher que l’achat de nouveaux drones. Ironiquement, cette mauvaise expérience a conduit certaines structures russes à privilégier l’achat de drones étrangers. Ce point est particulièrement vrai pour les drones militaires qui sont bien plus onéreux que les drones civils.

A ce jour, il y a deux structures pour coordonner les activités du secteur des drones. Ce sont le Council of General Designers et le Council of General Staff. Elles élaborent la politique au niveau stratégique et déterminent les priorités. Ces structures ont participé à pratiquement toutes les principales décisions sur les drones ces deux dernières années.

En juin 2006, le Ministère de la défense russe, le FSB, le Ministère de l’intérieur, le Ministère des situations d’urgence, l’Agence pour l’industrie, le Service d’Acquisition de la Défense et les représentants de l’industrie aéronautique ont décidé de mettre en place un groupe de travail inter ministériel sur le développement de petits drones. Selon le service de presse officiel du Service d’Acquisition de la Défense, le groupe a été mis en place pour partager l’expérience des différentes parties prenantes et évoquer les acquisitions pour la défense.

L’année dernière, Sergey Kolyadin, alors Chef du Service fédéral d’Acquisition de Défense, avait affirmé que des drones, dont plusieurs d’attaque, correspondant aux besoins futurs des forces armées russes, étaient en développement. Selon lui, le nombre de drones disponibles dans l’Armée russe était extrêmement faible. Quelques uns étaient stockés mais ils ne seront probablement pas mis en service pour des raisons techniques. Cependant, le nombre de drones disponibles pour les opérations anti-terroristes était suffisant. Depuis, la situation n’a pas changé.

Pratiquement à la meme époque, le Vice-ministre de l’intérieur russe Mikhail Sukhodolsky avait annoncé en public que son ministère avait lancé un programme de ré équipement technique incluant un important usage de drones. Les principaux paramètres de ce programme sont mentionnés dans le Programme d’Armement 2015 et d’autres sous programmes. Les directions régionales du ministère ont des « équipes aériennes spéciales » qui utiliseront différents types d’hélicoptères et de drones. En 2007, des équipes aériennes seront créées dans les régions de Samara et Volgograd ainsi qu’en République du Tartastan. En 2008, d’autres seront créées dans les régions de Leningrad et SPb. D’ici 2010, il y aura 21 équipes.

En mars de cette année, la Commission Militaro-industrielle a organisé une réunion sur le développement des drones à Egoryevsk (près de Moscou) où se situe le centre interdépartemental pour l’entraînement des opérateurs de drones. Des représentants du gouvernement, du Conseil fédéral, de la Douma, du Ministère de la défense, de l’Armée de l’Air et des industriels étaient présents. A l’issue de la réunion, le président de MICom, Vladislav Putilin, avait annoncé que la Russie entamerait la production en série de drones pour les forces armées russes après 2010. Les premières livraisons étant prévues en 2011. Le programme d’armement étatique prévoit la livraison de drones tactiques en nombre suffisant en 2011 et de drones stratégiques en 2011-15. Aujourd’hui, des dizaines de projets de drones en sont à leur étape finale de développement.

Les développements de drones militaires sont conduits parallèlement à ceux de drones civils. Le gouvernement cherche à unifier les commandes i.e. à organiser les livraisons de matériels uniformisés à différentes structures et agences. Il est aussi planifié de trouver une solution pour que les commandes civiles permettent d’augmenter la production de manière constante. Les commandes de l’industrie pétrolière et gazière, du Ministère des situations d’urgence ou des instituts géologiques devraient être résumées et unifiées en précisant clairement les besoins spécifiques à chaque branche. La réunion à Egoryevsk a lancé ce processus.

Les UAVs sont apparus en Russie (URSS) au début des années 1970. Cependant, à cette époque, la doctrine militaire soviétique ne leur réservait aucune place. Quelques travaux ont été réalisés uniquement en raison des succès étrangers dans ce domaine. En 1969, des drones américains ont scruté le territoire chinois et ont dû atterrir en URSS. Cet accident a forcé les soviétiques à chercher une réponse. Cependant, les drones ont trouvé leur propre niche en Russie uniquement après l’énorme succès des drones israéliens lors de la guerre de 1982. Le Shmel de Yakovlev, inspiré des idées israéliennes, est apparu à cette époque. Plus tard, la Russie est vite passée aux drones stratégiques d’environ 10 tonnes avec un plafond de 20 km et une endurance de 24 heures. La version soviétique de l’actuel Golbal Hawk américain était le Sukhoï BAS-62.

La Russie a récemment amélioré ses opportunités dans le domaine des drones tactiques. Elle a également une bonne base pour créer / relancer des projets de drones stratégiques. Ces derniers sont nécessaires non seulement aux forces armées russes mais pourraient aussi trouver preneur à l’export en Inde, un pays partenaire et client traditionnel de la Russie qui a des frontières vastes et agitées à surveiller. Les Etats-Unis seront peu enclins à livrer des drones stratégiques à l’Inde pour des raisons politiques. Cela fait de la Russie le seul fournisseur potentiel étant donné que les autres pays n’ont toujours pas de drones de cette catégorie.


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