vendredi 20 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Le Kremlin brouille les ondes de la trop britannique BBC

Le Kremlin brouille les ondes de la trop britannique BBC

Alexandre Cèdre, le Figaro

mardi 21 août 2007, sélectionné par Spyworld

logo

La censure de la radio britannique à Moscou aurait des raisons politiques.

PROBLÈMES techniques sur la bande AM. Impasse juridique sur la FM. En Russie, la BBC peine décidément à émettre. Elle vient de subir un nouveau coup dur. La station moscovite Bolchoe Radio, créée pour diffuser les programmes en russe de la radio britannique, a soudainement mis fin au partenariat. Après quatre mois seulement de présence à l’antenne. Mais moins d’un mois après le rachat de la station par un groupe d’investisseurs privés. Ces derniers, selon Konstantin Eggert, rédacteur en chef du bureau des services en russe de la BBC à Moscou, ont reçu « une demande très ferme de la part des autorités russes pour stopper la diffusion de la BBC et de Voice of Russia (NDLR : autre partenaire dans Bolchoe Radio). Cette demande était très ferme... »

Du coup, lorsque ces autorités de diffusion leur ont officiellement demandé la semaine dernière de choisir entre l’arrêt de la diffusion des programmes de la BBC ou la suspension pure et simple de la licence, les propriétaires de Bolchoe radio n’ont pas hésité.

« Résultat : encore moins de liberté de la presse en Russie ! », fustige Oleg Panfilov, directeur du Centre pour les journalistes en situation d’urgence. Pour ce spécialiste des médias russes, il n’y a pas de doutes : « Avant les prochaines élections, les autorités prennent peur. Même si les médias indépendants comme la BBC ne touchent qu’une toute petite frange de la population, le pouvoir préfère les fermer... Telle est la mentalité des KGBistes au Kremlin », affirme Oleg Panfilov.

« Une source d’informations indépendante »

Aux yeux de la presse britannique, les problèmes de la BBC pourraient en fait être liés à la crise diplomatique entre la Russie et le Royaume-Uni, provoquée par l’affaire Litvinenko, l’ex-espion du KGB mort empoisonné à Londres en novembre dernier. « Il n’y a pas de raison de lier les deux. La BBC a depuis longtemps des difficultés en Russie », se contente de commenter le porte-parole de l’ambassade britannique à Moscou. « Nous nous battons pour que la BBC puisse émettre. Elle est une source d’informations indépendante, souvent dans des parties du monde où cette indépendance est loin d’être la norme... » Une manière diplomatique de dire à quel groupe, selon le Foreign Office, appartient la Russie.

En novembre dernier, au début des tensions diplomatiques entre les deux pays, la BBC avait déjà perdu la possibilité de diffuser ses programmes en russe sur une première station FM moscovite, puis sur une station de Saint-Pétersbourg. Des arrêts intervenus à la suite de problèmes présentés comme « techniques » ou de demandes de la part des autorités chargées des licences. Mais la BBC a néanmoins participé à la création de Bolchoe Radio, qui lui permettait de diffuser ses programmes en russe sur une bande FM de Moscou. L’accord réservait 18 % de la grille horaire à la diffusion des émissions de la radio britannique. La BBC espérait étendre ce partenariat à d’autres villes.

Mais l’accord sur le contenu des programmes s’est révélé ambigu. La semaine dernière, les autorités de diffusion ont imposé à Bolchoe Radio de ne passer qu’exclusivement ses programmes propres, mettant fin au partenariat avec la BBC. A priori, les émissions de la radio britannique font pourtant partie des programmes propres de la station puisqu’elle a été créée à cet effet. D’où la colère de Richard Sambrook, directeur de BBC Global News : même si les programmes en anglais ne sont pas affectés, il s’est déclaré « extrêmement déçu », rappelant que « la BBC avait noué une relation de bonne foi avec Bolchoe Radio ». Une façon de mettre en doute la sincérité des nouveaux propriétaires de la station.

« Nous ne faisons pas de politique ! Nous appliquons les restrictions des autorités de diffusion pour pouvoir conserver notre licence », se défend Igor Ermachenkov, le porte-parole de Finam, le groupe qui a racheté Bolchoe Radio le mois dernier. Qui sont ces propriétaires ? « Des investisseurs privés. » Ont-ils des liens avec le Kremlin ? « Non, c’est une entreprise commerciale. Et Bolchoe Radio est notre premier investissement dans le secteur des radios. » Des propos prudents qui n’empêchent cependant pas Igor Ermachenkov d’accuser ensuite la BBC d’être un outil de « propagande car elle est financée par le gouvernement britannique ».


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :