dimanche 10 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Alliot-Marie sous la surveillance de l’Élysée

Alliot-Marie sous la surveillance de l’Élysée

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

vendredi 24 août 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Plusieurs nominations témoignent du rôle central de la présidence sur les questions de sécurité.

LES POLICIERS ont cru y voir le signe d’un malaise : le 20 août, Michèle Alliot-Marie ne figurait pas sur la photo au côté du président de la République, comme ses collègues Dati et Bachelot, à l’issue de la table ronde organisée à l’Élysée sur les mesures antipédophiles. Officiellement, tout va bien entre le président et son ministre de l’Intérieur. Mais dans les entourages, les langues se délient : « Il ne lui a jamais pardonné de ne pas l’avoir averti sur Cleartream », lâche un conseiller, comme on se libère d’un fardeau. Difficile dans ces conditions de s’imposer pour MAM dans un ministère où certains distillent l’idée de son départ. Les nominations aux postes clés semblent lui échapper. Elle n’a pu qu’entériner le choix du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, du préfet de police de Paris, Michel Gaudin, et du directeur de la DST, Bernard Squarcini, appelé à sceller la fusion de ce service avec les RG, alors que son ministre de tutelle a manifesté publiquement ses réserves sur cette réforme. Au coeur de l’été, trois nouveaux postes clés ont ensuite été distribués : la Direction centrale de la sécurité publique, la police aux frontières, et les CRS. Sans le moindre communiqué. Pour couronner le tout, l’Élysée confiait en plein mois d’août au criminologue Alain Bauer une réflexion sur le rapprochement des organismes publics analysant les questions de sécurité. La commande paraît anodine. Mais elle se double d’une mission « non écrite » : Bauer doit en fait jeter les bases d’un Conseil national de sécurité (CNS) rattaché directement à la présidence. Un outil stratégique qui placerait le président au coeur de toutes les décisions, même s’il n’est pas, constitutionnellement parlant, le « premier flic de France ».

Que reste-t-il à MAM ? À l’Intérieur, il se murmure depuis longtemps que « le vrai ministre de l’Intérieur, c’est Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée ». L’intéressé s’en défend, mais sa connaissance du système policier est telle qu’on croit voir sa main derrière chaque décision.

Elle avance en terrain miné

« MAM est encadrée de toutes parts », constate sobrement Bruno Beschizza, le secrétaire général de Synergie-Officiers. Et elle avance en terrain miné. Dans la délicate négociation sur le paiement des heures supplémentaires dans la police, les syndicalistes s’étonnent qu’elle n’ait toujours pas les moyens financiers de régler la crise. « Elle est dans le piège de Bercy », assure Beschizza. Un proche de Nicolas Sarkozy déplore, pour sa part, un relatif « manque de connaissance des affaires de sécurité » chez certains conseillers de MAM.

« L’Élysée a piqué une colère, à la veille des vacances, en constatant qu’une réunion interministérielle sur le plan de vidéosurveillance contre le terrorisme réclamé par le chef de l’État n’avait absolument pas été préparée », se souvient un haut fonctionnaire de police témoin de l’incident.

MAM savait qu’il ne serait pas simple de s’asseoir dans le fauteuil de Sarkozy après son passage. Mais l’Élysée avait fait le calcul que nul mieux que l’ancien ministre de la Défense ne pouvait mener à bien le grand rapprochement police-gendarmerie. Un rapprochement qui ne l’a jamais enthousiasmée quand elle défendait jalousement la tutelle de la Défense sur la gendarmerie.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :