jeudi 14 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Daniel Vaillant : « Il faut rationaliser le renseignement français (...)

Daniel Vaillant : « Il faut rationaliser le renseignement français »

Anne Soetemondt, Marianne-en-ligne.fr

mardi 28 août 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Fin septembre, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, devrait remettre à Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, une étude sur la réorganisation du renseignement français. La fusion entre les renseignements généraux (RG) et la direction de surveillance du territoire (DST) est envisagée. Dominique Squarcini, proche de Nicolas Sarkozy et actuel directeur de la DST, est pressenti pour prendre la tête du nouveau service.

Révolution pour certains, nécessité pour d’autres. Le projet de réorganisation du renseignement français fait parler de lui. « Il faut rationaliser le renseignement français. Admettons le, il y a des doublons et parfois de la concurrence. Il est déjà arrivé qu’une opération soit menée en toute discrétion par la DST qui se retrouve par exemple à arrêter un présumé terroriste en présence d’une caméra, parce que les RG étaient au courant », déplore Daniel Vaillant, ministre de l’Intérieur de 2000 à 2002. D’où l’idée de Nicolas Sarkozy de fusionner RG et DST. Les deux services ne produisent pas le même travail. Les RG sont sur le terrain, font remonter l’information pour faire de la « prévention active » et assurer la « défense des intérêts fondamentaux de l’Etat ». La DST travaille dans le secret. Elle a des méthodes plus scientifiques et techniques pour prévenir contre des intrusions sur le sol français. A priori donc, il ne s’agit pas des mêmes missions. Pourtant, en matière d’anti-terrorisme notamment, les deux services travaillent sur les mêmes filières, à des échelons différents, et se marchent parfois sur les pieds. Ce qui n’empêche pas le renseignement français (DST, RG, DGSE etc.) d’être très performant.

« Le choix de réfléchir à une réorganisation du renseignement est un choix politique cohérent (…), concède Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat Alliance, mais certains collègues des RG s’inquiètent, légitimement, du devenir du renseignement traditionnel, leur spécialité. » Une doléance que reprend à son compte Daniel Vaillant. « Le travail de terrain des RG est très important, je suis favorable à une fusion de la direction des deux services, mais pas à une fusion des services eux-mêmes, car leurs missions sont complémentaires », soutient l’ancien ministre de l’Intérieur de Lionel Jospin. On ignore pour l’instant ce qu’il adviendra des RG. Le ministère de l’Intérieur attend le rapport Péchenard, mais Nicolas Sarkozy avait été clair sur ce point. Pendant sa campagne et lorsqu’il était place Beauvau, il s’était prononcé pour un rapprochement des deux services. La mise en cause des RG, voire de la DST, dans des affaires politico-médiatiques, comme Clearstream, explique aussi cette prise de position.

Si le projet de fusion entre RG et DST se précise, les effectifs des deux services pourront-ils travailler ensemble ? Pour Francis Nébot, conseiller technique Synergie officiers, « il faut bien comprendre que RG et DST n’ont pas la même culture. Ils ne travaillent pas de la même façon, la DST est plus secrète. Cela ne sera pas évident ». Daniel Vaillant aussi exprime une réserve sur ce point : « Pour que ex-RG et ex-DST travaillent ensemble, il faudra qu’ils acceptent de ne pas travailler les uns contre les autres ». Pour améliorer le système français de renseignement, il va donc falloir faire preuve de tact. Les concernés sont ouverts à une réorganisation, mais sous certaines conditions : conservation du maillage territorial propre aux RG, gestion « humaine » des cas particuliers et consultations. Pour lancer le mouvement, RG, DST et sous-direction anti-terroriste (SDAT) ont emménagé en mai et juin dans les mêmes locaux, à Levallois. Un premier pas vers la mise en commun d’informations et de moyens.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :