mardi 12 décembre 2017

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France-Israël : un drone très furtif

Jean-Dominique Merchet, Liberation

mercredi 15 juin 2005, sélectionné par Spyworld

Paris se fournit discrètement auprès de l’Etat hébreu pour ses avions sans pilote.

Officiellement, ces engins sont français. Mais dans le vaste hangar de Malat, filiale d’Israel Aircraft Industries (IAI), spécialisée dans les drones (avions sans pilote), ce sont des techniciens israéliens qui s’affairent autour des trois Eagle One destinés à la France. Le ministère français de la Défense est en train d’acheter à l’Etat hébreu l’un de ses futurs systèmes de combat les plus pointus, un avion de reconnaissance sans pilote. Mais il évite soigneusement de le crier sur les toits du Salon du Bourget, préférant mettre en avant EADS, le partenaire d’IAI. Pas question pour la France de s’afficher trop ostensiblement aux côtés d’Israël, alors que les marchés arabes restent l’un des principaux débouchés de l’industrie d’armement.

Pionnier. Baptisé en France SIDM (système intérimaire de drone moyenne altitude longue endurance), l’Eagle One est le fruit d’une coopération discrète entre IAI et EADS. En réalité, à l’exception des systèmes de transmission ­ « le coeur du coeur », explique-t-on quand même chez EADS ­, l’avion sans pilote et ses capteurs sont purement israéliens. Les essais en vol ont d’ailleurs eu lieu non loin de Tel Aviv et quelques dizaines de techniciens et d’ingénieurs français travaillent chez Malat... sous la responsabilité d’un ingénieur israélien parfaitement francophone.

« Depuis la fin des années 70, Israël est le pays pionnier dans le secteur des drones », se réjouit Gad Cohen, vice-président d’IAI. Près de 650 drones ont été construits en Israël et l’armée de l’Etat hébreu les utilise quotidiennement, en particulier à Gaza. Israël est le seul concurrent sérieux des Etats-Unis, où General Atomics construit le Predator et Northrop Grumman, l’énorme Global Hawk.

La coopération d’Israël avec la France remonte à 1995, lorsque le ministre de la Défense d’alors, François Léotard, a conclu l’achat de quatre drones Hunter. Ces engins, moins sophistiqués que le SIDM, ont permis aux spécialistes de l’armée de l’air française d’acquérir une première expérience dans un domaine entièrement neuf pour eux. Retirés du service en 2004, ces Hunter ont été utilisés au Kosovo ou pour la sécurisation de grands événements comme le sommet d’Evian.

Quatorze heures en observation. Lancé en 2001, le programme en cours concerne trois drones et deux stations de contrôle au sol, pour un montant de 43 millions d’euros. Les appareils devaient être livrés durant l’été 2003, mais, à la suite de difficultés techniques, ils ne devraient pas l’être avant le début de 2006, précisait-on hier chez EADS. Les trois engins formeront l’escadron Adour, basé à Cognac, avec la participation de militaires hollandais, intéressés par les capacités de ce drone.

Pesant 1,2 tonne et d’une envergure de 16,6 mètres l’Eagle One est prévu pour rester en observation quatorze heures à 1 000 kilomètres de sa base. L’Eagle One est propulsé par un petit moteur à hélice de 115 chevaux. Depuis une altitude de 25 000 pieds (7 500 mètres), ce drone pourra transmettre des images en temps réel, captées par des optiques jour et nuit ou par un radar embarqué. Contrairement à ce que font les Américains, l’armée de l’air ne prévoit pas d’armer ses drones de missiles air-sol.

« Transfert de technologie ». Après l’achat des Hunter en 1995, le programme Eagle One n’est que le deuxième étage d’une coopération plus large en matière de drone entre la France et Israël. Un troisième est déjà en cours, avec le futur EuroMale d’EADS. Annoncé au mois de juin 2004 par la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, il s’agit d’un engin beaucoup plus puissant, volant à 45 000 pieds, c’est-à-dire plus haut que les avions de ligne. Là encore, il ressemble à l’Eagle Two d’Israel Aircraft Industries. « Les autorités françaises souhaitent acquérir une autonomie complète. Pour l’EuroMale, un véritable transfert de technologie est en cours entre Israël et la France », explique-t-on chez EADS, où l’on veut croire que « l’EuroMale pourrait déboucher sur une coopération européenne ». Pour l’instant et malgré son nom, l’EuroMale n’est guère européen, même si l’Espagne, les Pays-Bas et l’Italie semblent intéressés par ce projet dont le coût est estimé à près de deux milliards d’euros. Il devrait être livré à l’armée de l’air vers 2010.


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